Chirac, Hollande … D’indésirables compagnes ?

C’était dans les colonnes du Figaro (c’est dire si c’est vrai ! MC). Claude Chirac enfonçait le clou : « Pour les chiraquiens, Juppé est une évidence. (…) Voir Alain Juppé aller au-devant de son destin est pour Jacques Chirac une grande satisfaction pour l’homme qu’il respecte infiniment et pour la France. »

Le même jour, lors de la remise des prix de la Fondation Jacques-Chirac, au musée du quai Branly, une caméra de BFMTV captait Bernadette Chirac refusant ostensiblement de calculer l’évidence en question. Pas un regard, pas un salut, à un fauteuil vide de distance, un vent dans les règles de l’art. Transparente, l’évidence.

Line Renaud avait l’air embarrassé ; Jacques Toubon, lui, était hilare. Selon Le Parisien, Bernadette a tout de même fini par serrer la main du « très froid ». C’est difficile à croire. Quand il a pris la parole, Juppé, imperturbable, a donné du « chère Bernadette » à la duègne. Il nous manque le contrechamp sur la chère Bernadette, le réalisateur de la sitcom devait avoir la tête ailleurs.

Samedi, c’était au tour des meilleurs ennemis de gauche de s’afficher. François Hollande et Martine Aubry ont déjeuné ensemble dans le Vieux-Lille, avant de faire une petite promenade digestive. Ils ont ensuite assisté au double de la finale de coupe Davis France-Suisse opposant des Suisses à des Français résidant en Suisse. Les vrais Suisses ont battu les Suisses fiscaux. Et l’honnêteté oblige à dire que François et Martine se sont tenus à peu près correctement, sans chaleur excessive mais sans éclats ni petites phrases assassines. Surtout si on compare ce rapprochement encore indéchiffrable à la corrida UMP qui se déroulait à Bordeaux pendant ce temps-là.

Comme au PS, l’agonie est interminable et il faut parfois se frotter les yeux pour y croire. Après les embrouilles Copé-Fillon, l’affaire Bygmalion et la demande de Fillon faite à Jouyet, alors qu’on pensait qu’elle avait touché le fond, l’UMP continue de creuser et dé se précipiter vers l’éclatement.

Maintenant que le retour de Sarkozy en grand rassembleur est un échec cuisant, même s’il gagnera évidemment la primaire de samedi prochain – mais sur quel score ? -, les nerfs sont à vif et chaque meeting contient son incident.

Après le dérapage mal contrôlé de Sarkozy devant les jusqu’au boutistes de la Manif pour tous, les huées de Bordeaux resteront dans les annales comme un formidable révélateur de la ligne de partage, désormais devenue gouffre, entre la droite dure et une sorte de démocratie-chrétienne à la française — qui reste à inventer et qui ne verra peut-être jamais le jour.

Il n’empêche qu’en croyant humilier Juppé sur ses terres, en ne faisant pas un geste pour faire taire les siffleurs, Sarkozy n’a fait que renforcer la posture d’homme d’Etat et de sang-froid de son rival.

Il s’est piégé tout seul, les images sont terribles et le renvoient à sa vieille image d’Iznogoud sans foi ni loi, le fourbe parfait qui ne sait que trahir et mentir.

Tandis que Juppé, sous les huées, a su improviser la phrase qui tue : « Vous me connaissez, et je ne me laisse pas pour ma part impressionner par des mouvements de foule. » Ce « pour ma part » fait très mal.

Le plus doué des scénaristes n’aurait pu l’inventer.

Frédéric Bonnaud Editorial des Inrockuptibles N°991