Notre modèle alimentaire et agricole est en danger

Nous dénonçons, au nom de nos organisations, le potentiel accord de libre-échange avec les États-Unis appelé Tafta. Nous appelons la Commission européenne à abandonner le projet en l’état. Les négociations de cet accord portent sur des termes qui risquent de déstructurer profondément le monde rural et agricole.

En effet, la libéralisation des marchés telle qu’elle est prévue dans le cadre des négociations mettrait en péril les filières agricoles européennes.

En premier lieu, nous jugeons l’opacité et le caractère antidémocratique de la négociation inacceptables.

Que dire d’un président qui nous annonce qu’il faut négocier vite au risque d’une accumulation de peurs ? Mais comment ne pas avoir peur : aucune consultation officielle digne de ce nom n’a été organisée avec les différentes organisations.

Le récent rapport publié par le Parlement européen, s’il fait état d’un certain nombre d’opportunités pour le secteur agricole européen (fromages, vins), révèle les risques qu’il fait peser sur les filières animales et végétales…

La mise à mal de la filière allaitante, pilier de l’aménagement des territoires ruraux, provoquera inévitablement l’accélération du déclin économique de ces zones (…). Enfin, la réticence des États-Unis à reconnaître le dispositif européen d’indications géographiques protégées fait peser de grands dangers sur des pans entiers de nos territoires…

L’absence de convergence réglementaire ou la mise en place d’une convergence réglementaire s’alignant sur le « moins-disant » dans le cadre de cet accord est dangereuse pour tout le monde.

La menace d’un retrait des produits de qualité et locaux en faveur des marchandises au processus de production moins réglementé est bien réelle avec quelques réjouissances au programme : bœuf et produits laitiers aux hormones, poulets chlorés… Alors que les États-Unis refusent de prendre en considération nos indications d’origine, les Européens devraient, eux, accepter des normes dangereuses ?

De deux choses l’une :

  • soit les négociations ne sont pas équilibrées,
  • soit le secteur agricole est une fois de plus la variable d’ajustement des négociations internationales.

Nos organisations ne rejettent pas l’idée d’un commerce agricole international qui existe depuis des millénaires. Mais nous estimons que les échanges doivent avant tout renforcer la sécurité alimentaire des pays sans mettre en danger leur souveraineté alimentaire, en respectant en premier lieu les agriculteurs, dont la grande majorité exerce leur profession sur des exploitations de type familial. Mettre en danger ce modèle, c’est mettre en danger les populations rurales dans leur ensemble.

TAFTA – Les négociations continuent malgré une opposition croissante des citoyens.

Les déclarations floues de Cecilia Malmstrôm, nouvelle commissaire européenne au Commerce extérieur (en charge du Tafta), sur sa stratégie lors de son audition précédant sa nomination au poste ne sont pas rassurantes.

Les parlementaires européens doivent aussi rapidement s’employer à s’opposer au démantèlement de notre modèle agricole et alimentaire. En tout cas, nous y veillerons pour que demain le métier d’agriculteur puisse encore se conjuguer au futur en Europe.

Auteurs : Simon Besnard, président du Mouvement rural de jeunesse chrétienne, et Thomas Diemer, président de Jeunes agriculteurs.