Moyen orient. La troisième Intifada aura-t-elle lieu ?

Des attentats au couteau à Tel Aviv et en Cisjordanie, une mosquée brûlée près de Ramallah. Des voitures qui fauchent et tuent des passants à Jérusalem. Un jeune Palestinien tué par un policier lors d’une manifestation. Comme souvent dans ce conflit, tout est aussi question de symbole. Le 11 novembre 2014 marque les dix ans de la mort de Yasser Arafat. Les provocations de la droite religieuse israélienne visent la mosquée at-Aqsa, troisième lieu saint de l’Islam.

A-t-on affaire à une troisième intifada ?

Yoaz Hendel, historien militaire israélien, répond que les deux premières intifadas ont été « reconnues » et « nommées » a posteriori. « En décembre 1987, lorsque la première intifada a débuté, l’armée et les services de renseignement israéliens sont complètement passés à côté. »

Le ministre de la Défense de l’époque, Yitzhak Rabin, n’avait pas jugé nécessaire d’écourter son voyage de deux semaines aux Etats-Unis. Même constat pour la deuxième intifada. En septembre 2000, les troubles semblaient concentrés à Jérusalem, et politiciens comme militaires ont attendu des semaines avant de relever le niveau d’alerte aux frontières de la Cisjordanie. Si les grandes révoltes palestiniennes ont été – à leurs débuts – sous-estimées, voire ignorées par Israël, c’est paradoxalement à cause de sa supériorité militaire.

C’est en regardant CNN ou les chaînes de télévision européennes que les responsables israéliens ont réagi.

Aujourd’hui, les médias étrangers ne jouent plus ce « rôle ».

Qui s’intéresse encore au conflit israélo-palestinien ?

Depuis les Printemps arabes, l’attention occidentale s’est fixée ailleurs. Au Caire, à Tunis ou à Tripoli. Puis nos regards se sont portés vers l’Irak, la Syrie, et enfin vers l’État islamique et ses décapitations télévisées. Il n’y a guère que Gaza et les opérations meurtrières de Tsahal, tous les deux ans, qui rameutent les caméras.

En fait, si ce conflit a quitté la une des journaux; c’est aussi parce que le sinistre mur qui sépare Israéliens et Palestiniens remplit son rôle. Tout comme les populations civiles, les armes, les explosifs et les terroristes ne passent plus. L’emprise sécuritaire sur les Palestiniens, en Cisjordanie, à Gaza comme en Israël même, est presque totale. La meilleure preuve, ce sont ces attentats commis récemment. Des opérations « low cost » et sans préparation.

On est loin de ces « tunnels » creusés par le Hamas pour « infiltrer Israël » et décrits par l’armée israélienne pour justifier l’intervention à Gaza. Là, on a affaire à des « terroristes » armés de leur permis de conduire ou de couteaux de cuisine. Rien de spectaculaire, ni de sophistiqué, rien qui mérite des envoyés spéciaux et des débats enflammés.

Notre dernière chance d’apprendre rapidement – et donc a posteriori – que la troisième intifada a débuté sera purement circonstancielle : il se trouve que pour des raisons logistiques et linguistiques, les médias occidentaux couvrant la région ont leurs bureaux en Israël. Une telle concentration de journalistes étrangers a au moins un avantage : nous aurons des images.. Vite.

Anthony Bellanger – Inrocks N°990