UN COMBAT OUVRIER POUR UNE RÉPUBLIQUE SOCIALE

Qui connait encore, la révolte des canuts de 1834.

Suite à un mouvement de grève des ouvriers de la soie contre une baisse de salaire en février, des leaders d’associations ouvrières mutuellistes, responsables du journal « l’Écho de la fabrique », furent arrêtés et traduits en justice à partir du 5 avril.

Au même moment, la Chambre des pairs examinait en effet un projet de loi pour durcir encore l’interdiction de toute forme de regroupement ou d’association instaurée par la loi Le Chapelier de 1791.

En soutien aux activistes mutuellistes poursuivis, quelques centaines de manifestants se rassemblèrent devant le tribunal le 9 avril, alors que le régime de Louis-Philippe avait envoyé 10.000 hommes pour réprimer cette contestation jugée dangereuse.

La confrontation vira à l’insurrection dans les jours qui suivirent, faisant plus de 300 morts.

Loin de ne constituer qu’une simple révolte de plus, les événements de 1834 revêtent un caractère historique véritablement marquant pour Laurent Gonon, auteur et conférencier, qui rappelle que « la particularité de 1834, c’est qu’il ne s’agit plus seulement d’une révolte de canuts, mais bien de l’une des premières révoltes ouvrières au sens plus large ».

D’après lui, seul un dixième des victimes de la répression étaient issues de la soierie, les autres ouvriers mobilisés venant d’autres professions, comme le bâtiment.

Pour la première fois, les insurgés ne défendaient pas de revendications corporatistes, mais bien la liberté d’association, vitale aux mouvements mutuellistes de solidarité ouvrière, mais aussi aux organisations politiques. Cette révolte fut aussi marquante au vu de l’alliance qui se fit entre ouvriers et organisations républicaines clandestines, comptant notamment des fouriéristes.

« Louis-Philippe à bien senti qu’il ne s’agissait pas d’une révolte habituelle, c’est pour cela que la répression fut très sanglante: il fallait faire un exemple et mettre un terme à ce mouvement. Mais cela n’a pas arrêté le mouvement mutuelliste, qui s’est au contraire développé dans les années qui suivirent », explique Claire Bonici, historienne.

« Cette lutte pour essayer d’être maître non seulement de son travail, mais aussi de son quotidien, pour une République où les ouvriers disposent d’une liberté pas seulement politique, mais aussi sociale, progresse jusqu’en 1848. Mais, à partir de là, c’est la République de la bourgeoisie éclairée qui triomphe, où l’on fait des ouvriers des citoyens, mais qui doivent déléguer leur pouvoir parce qu’ils ne peuvent se dégager des nécessités quotidiennes du travail », explique Michèle Riot-Sarcey, professeur émérite d’histoire contemporaine à l’université Paris-VIII.

L.N. – HD N° 21555


 

Un peu plus d’ infos ….

Lyon, 9 avril 1834, début de la 2e révolte des canuts… et de la semaine sanglante

Le 9 avril 1834, à Lyon, débute la seconde insurrection des Canuts. Après l’échec des grèves de février puis le vote de la loi contre les associations ouvrières, le jugement des « meneurs » de février, en fait des mutuellistes, ce 9 avril, met le feu aux poudres.

« Vivre libre en travaillant ou mourir en combattant »

L’armée occupe la ville et les ponts, mais déjà les premières fusillades éclatent avec la troupe, qui tire sur la foule désarmée. Aussitôt, les rues se couvrent de barricades. Les ouvriers organisés prennent d’assaut la caserne du Bon-Pasteur, et se barricadent dans les quartiers en en faisant de véritables camps retranchés, comme à la Croix Rousse. C’est le début de la « Sanglante semaine ».

De nouvelles fusillades ont lieu avec la troupe. Les insurgés s’emparent du télégramme, du quartier de la Guillotière, puis de Villeurbanne où les casernes sont prises. Le drapeau noir flotte sur Fourvière, St Nizier et l’Antiquaille.

Le 11 avril 1834.
Les combats se poursuivent. Le quartier de la Croix Rousse est bombardé par la troupe qui a reçu des renforts, massacre de tous les habitants de l’immeuble de la rue Transnonain. Tentatives d’insurrection à Saint Etienne et à Vienne.

Le 12 avril 1834.
La troupe attaque et prend le quartier insurgé de la Guillotière, après avoir détruit de nombreuses maisons avec l’artillerie.

Le 14 avril 1834.
L’armée reconquiert progressivement la ville et attaque pour la troisième fois le quartier de la Croix Rousse, massacrant de nombreux ouvriers.

Le 15 avril 1834.
Fin de la « Sanglante semaine ». La deuxième grande insurrection des Canuts est matée dans le sang. Plus de 600 victimes sont à nouveau à déplorer. 10.000 insurgés faits prisonniers seront jugés dans un « procès monstre » à Paris en avril 1835, et condamnés à la déportation ou à de lourdes peines de prison.


 

Sur la première révolte :

Le 22 novembre 1831, à Lyon. Les ouvriers prennent possession de la caserne du Bon Pasteur, pillent les armureries. Plusieurs corps de garde de l’armée ou de la garde nationale sont attaqués et incendiés. Les ouvriers se rendent maître de la ville, qui est évacuée par les autorités. La bataille est rude. Environ 600 victimes dont environ 100 morts et 263 blessés côté militaire, et 69 morts et 140 blessés côté civil.

Le 23 novembre 1831, à Lyon. Les ouvriers occupent l’Hôtel de Ville. Une tentative de gouvernement insurrectionnel voit le jour. Mais, soit par manque de projet politique, soit par la ruse des autorités, ces dernières reprendront le contrôle de la ville à partir du 2 décembre 1831. Une armée de 26.000 hommes, 150 canons commandée par le fils du roi et le maréchal Soult, mate la rébellion. Il y a 600 morts et 10.000 personnes sont expulsées de la ville.

À l’origine de ces révoltes… :

Vers 1825, un industriel propriétaire d’une filature possède des métiers à filer du modèle A qui fabriquent 100 broches à l’heure. Admettons, le salarié qui s’occupe de cette machine est payé 10 F de l’heure, soit 10 centimes par broche.

Deux ans plus tard, l’évolution technologique met sur le marché des métiers à filer qui produisent 200 broches à l’heure. Les gains de productivité du capital technique sont importants et les industriels qui ne possèderont pas ces nouveaux métiers seront inévitablement battus par ceux qui les utiliseront. L’industriel, pour se développer, doit donc être parmi les premiers à pouvoir acheter ces nouvelles machines s’il n’est pas capable de fabriquer lui-même des machines innovantes. De manière à conserver cette capacité à investir et à suivre le progrès technologique, il va imposer le calcul suivant :

La machine va produire 200 broches mais le salarié n’a rien à voir dans ce progrès technologique, il va continuer à être payé 10 F de l’heure mais rien ne pourra l’empêcher de calculer son nouveau tarif aux pièces : celui-ci sera divisé ici par deux, il passera à 5 centimes par broches. Ce nouveau tarif sera injustement apprécié au regard des manipulations qui vont doubler et fatiguer d’autant le salarié. Les canuts vont se révolter en lançant ce slogan qui sera repris tout au long du XIX ème siècle : « le tarif ou la mort ».

Vivre libre en travaillant ou mourir en combattant ! http://rebellyon.info/Lyon-9-avril-1834-debut-de-la-2e.html

 

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