Traitement des épluchures, restes alimentaires, et … compost !

Vers de terre et lombrics de toute la France, unissez-vous. Le terreau promis n’est pas encore pour demain. Mais peut-être pour après-demain. Il faudrait que le projet de plan de réduction et de valorisation des déchets et le projet de loi de transition énergétique sur lequel il s’appuie soient tous deux adoptés.

Ce n’est pas gagné, à voir l’empoignade qui, en coulisses, oppose d’un côté les experts du ministère de l’Environnement, poussés aux fesses par les associations environnementales et les pro-composts, de l’autre les représentants des collectivités locales, soutenus mollement par les industriels.

L’un des objets de cette nouvelle bataille d’Hernani est la généralisation à l’horizon 2025 du tri à la source des biodéchets ménagers. Vos trognons de pommes ou restes de riz trop cuit trouveront alors place dans l’un des 25.000 composteurs partagés déployés dans les quartiers ou en pied d’immeuble, grâce à l’engagement espéré d’ici à 2020 de 500 collectivités dans le compostage domestique collectif de proximité.

A moins que vous ne versiez vos épluchures et fanes de radis dans des poubelles spéciales, collectées par des camions dédiés vers des centres de tri pourvus de composteurs industriels. Tout cela grâce à la mise en place de schémas de gestion des biodéchets « adaptés au contexte local », dont la mise en œuvre sera facilitée par « des mesures réglementaires et des incitations économiques appropriées ».

Le hic réside dans la mise en application de cet objectif aussi louable qu’ambitieux.

Premières à s’égosiller, les collectivités locales, par la voix du représentant d’Amorce, Nicolas Garnier, dénoncent « le choix de l’idéologie » pour le compostage et surtout le coût de la mise en œuvre d’une telle filière de valorisation des déchets ménagers, qui reposerait in fine sur une hausse des impôts locaux. Le jeu en vaut-il la chandelle, à 200 € la tonne collectée, contre 10 à12 € la tonne de compost revendue ?

Les industriels, représentés par la Fédération nationale des activités de la dépollution et de l’environnement (Fnade), comprennent l’embarras des collectivités locales, qui sont aussi leurs clientes. « La collecte sélective des déchets biologiques représenterait du chiffre d’affaires pour nous. Mais elle coûterait cher, souligne, beau prince, le délégué général Vincent Le Blan. Il est dommage qu’on annonce sa généralisation sans étude d’impact économique, alors que sa mise en œuvre est difficile, notamment dans les hyper centres urbains. Nous demandons plus de pragmatisme. »

Dans le camp d’en face, pour les pro-collectes et valorisation des déchets alimentaires, ce n’est ni le coût ni la mise en place de la nouvelle filière qui posent problème. Mais l’actuelle façon de faire des collectivités territoriales. Celles-ci ont misé sur des usines de tri mécanique biologique (TMB).

Ces TMB essaient de séparer les déchets organiques des ordures ménagères résiduelles par un procédé industriel dont l’efficacité a été mise en cause dans plusieurs évaluations de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie.

La dernière, attendue début décembre, que personne n’a vue, mais dont tout le monde semble connaître les résultats, mettrait en évidence la mauvaise qualité du compost issu de ce traitement. Et ces TMB, chargées de valoriser 70 à 80 % des déchets biologiques, n’atteindraient que 20 à 30 % d’efficacité. C’est ce que dit le réseau Compost Plus, héraut d’une quinzaine de collectivités qui ont, elles, mis en place avec succès une vraie filière de compostage.

Or, ces installations de TMB se construisent encore, avec l’autorisation des services de l’État. « Il y a un vrai problème de cohérence entre les ambitions politiques affichées au niveau national et les décisions des élus locaux sur le terrain, concernant des installations qui désengagent leur collectivité de toute réflexion sur le tri à la source des biodéchets pour au moins quinze ans », dénonce Delphine Lévi Alvarès, de Zero Waste France.

La France est donc face à un choix : amortir les gros investissements déjà réalisés ou décidés, pour une faible efficacité ; ou consentir à de nouveaux investissements de moindre importance, afin de créer une vraie filière de compostage, seule à même de produire le bon compost dont la qualité agronomique a été saluée dans une récente étude de l’Inra, mais qui ne rapporte qu’un tout petit radis.

Stéphane Guérard – Huma quotidien – 25 nov. 2014