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Une campagne « Stop au racket ! » appuyée sur le nouveau dépôt d’une proposition de loi de renationalisation du réseau. Alors que le débat s’aiguise sur des sociétés concessionnaires jamais plus profitables qu’aujourd’hui, « il fallait au regard des profits réalisés, dénoncer un véritable racket à l’encontre des usagers d’autoroutes », dit André Chassaigne, député.

Les concessionnaires, avec 14 milliards d’euros déjà engrangés depuis 2005; sont assurés d’en toucher 32 au terme des contrats conclus avec l’État. Opposés à la privatisation, la campagne « Stop au racket ! » décortique un chiffre aisé à comprendre: « Sur 100 euros de péages versés, ce sont entre 20 et 24 euros qui vont directement dans les poches des actionnaires. » « Vous en connaissez beaucoup d’entreprises avec de telles marges? » s’emporte le député de l’Oise Patrice Carvalho.

Le diagnostic de sociétés d’autoroutes gavées est partagé par tous, la Cour des comptes dans un rapport en 2013, l’Autorité de la concurrence en septembre dernier qui notait que « l’État a une occasion de changer la règle du jeu à l’avantage du consommateur ».

Idem pour la mission d’information parlementaire qui, hier, dévoilait les premiers éléments de ses travaux pour juger que le futur plan de relance autoroutier sous la houlette du ministre de l’Économie, Emmanuel Macron, tombait dans l’habituel travers : rendre la vie belle aux sociétés concessionnaires.

Le plan prévoit en effet un rallongement de quelques années des concessions s’étirant aujourd’hui entre 2028 et 2033, en échange d’investissements, et de la promesse d’une baisse des péages pour les usagers. « On peut légitimement se poser la question du maintien dans le temps de ce qui deviendra immanquablement une rente si les contrats sont toujours prolongés », estime prudemment Bertrand Pancher, député et président de la mission parlementaire.

Pierre Laurent, sénateur, prend moins de gants, « …ce rackets de 32 milliards, est scandaleux, à comparer au niveau de déficits au nom desquels on écrase les dépenses publiques. Cet argent peut servir à développer l’infrastructure des transports de manière écologique. »

Un investissement vite rentabilisé Le député Patrice Carvalho ajoute que les « collectivités peinent à financer les routes départementales (ex-nationales) et les voies communales. Or avant, l’État finançait ces routes avec le produit des péages autoroutiers : c’était normal, elles mènent, ces routes, aux accès autoroutiers.

Aujourd’hui, la charge en incombe aux départements et aux communes sans moyens suffisant, pointant en outre que l’abandon de l’écôtaxe complique encore le financement de travaux nécessaires. « On dit, renchérit André Chassaigne, que ça coûterait cher, une renationalisation. Cet investissement via un emprunt, selon plusieurs études, serait vite rentabilisé. Vaut-il pas mieux que cet argent aille dans les poches des actionnaires ou qu’il serve à financer la transition écologique ? »

Le rapporteur de la mission, Jean-Paul Chanteguet, défend lui aussi un emprunt obligataire pour racheter le réseau, et le confier en régie aux sociétés d’autoroutes. Les formules existent donc, reste la volonté politique.

D’après un article signé par Lionel Venturini