Les services publics face à l’austérité

Ce n’est pas un secret, les services publics sont sous pression. Depuis trente ans, on nous dit qu’ils ne sont pas efficaces, que le privé est plus performant…

Vous connaissez sûrement la musique.

Derrière tout ça, il y a la volonté des grandes entreprises multinationales et de ses représentants politiques d’avoir accès à de l’argent public pour faire un transfert de l’État aux actionnaires

Après la Seconde Guerre mondiale, dans les pays les plus développés économiquement (pour ainsi dire les membres de l’OCDE), les services publics se sont développés grâce à la pression du mouvement ouvrier organisé et du besoin des élites de construire des politiques de redistribution des richesses pour aider le développement du marché. Ainsi des secteurs comme l’électricité, l’eau, le gaz, la téléphonie… étaient gérés par l’État en France, Belgique, Royaume-Uni ou aux États-Unis.

Les services publics n’ont pas été mis au service de la majorité de la population, ni des travailleurs. Ils ont été construits pour suivre les intérêts des États lorsqu’ils ont choisi, malgré une opposition féroce du mouvement ouvrier et d’une grosse partie de la société, d’être privatisés, libéralisés ou transformés pour rendre service à une minorité tout en gardant la propriété publique.

Après trente-cinq ans de privatisations et vingt-cinq ans d’offensive idéologique contre la propriété publique, un premier bilan s’impose à l’égard de la situation des services publics. Les services sont aussi anciens que la civilisation. Elles sont une convention sociale basée sur les besoins de chaque société.

De la même manière que certains bateliers étaient payés par l’État pour permettre le transport au Moyen Âge, et les juges étaient aussi payés par la communauté dans les royaumes anciens, Babylone ou en Anatolie.

Aujourd’hui un débat sur le rôle de services publics s’impose. Il ne concerne pas seulement leurs statuts, mais aussi la façon dont ils sont gérés et par qui. On veut que des services publics à propriété d’État ou municipaux agissent comme le font les multinationales.

Au moment de la lutte contre la privatisation de l’eau à Thessalonique, on s’est trouvé face à deux autres entreprises publiques, une israélienne (Megkorot 100 % de capital public) et Suez Environnement (avec presque 60 % des capitaux publics) qui se sont portées candidates au rachat.

La lutte qui existe aujourd’hui en Europe contre la privatisation et pour la remunicipalisation doit ouvrir aussi un débat sur le type de gestion : une gestion plus ouverte, démocratique, où les entreprises sont mises au service de la société, où les travailleurs et usagers ne sont pas qu’une voix mais peuvent aussi disposer d’un droit de veto!

Le processus de remunicipalisation qu’on voit un peu partout montre comment les entreprises publiques du futur devraient agir : sortir de la logique marchande et agir dans le domaine des collaborations entre publics. Et pour montrer qu’on fait mieux que le privé, il faut ajouter aux critères de performance et d’efficacité des critères sociaux. Une entreprise qui coupe l’eau aux citoyens est une entreprise qui ne remplit pas sa fonction, elles n’ont pas été créées à cette fin.

Pablo Sanchez – FSESP