Lettre à Bernard Tapie

J’avoue ne pas toujours partager les écrits de Christophe Conte qui paraissent dans les Inrockuptibles chaque semaine, l’irrévérence ne sied pas à tous ceux qu’il caricature. j’ai vu l’émission en question, ce fut un plaisir de voir une Audrey Pulvar, bien dans sa peau, claire dans ses questions, ne se démontant jamais devant ce qui est devenu une baudruche. Oui je reconnais que la satire de Christophe Conte relate le comportement d’un Nanard ayant perdu de sa verve et gagné en gesticulation digne d’une guignolade. MC

On t’a tous vu l’autre dimanche, sur I-Télé, frapper la table de ton gros poing pour esquiver par l’intimidation les questions d’Audrey Pulvar à propos de l’arbitrage dans l’affaire du Crédit lyonnais. On t’a vu ensuite renvoyer Audrey à ses casseroles – les vraies, celles de la cuisine, pas les tiennes – lorsqu’elle prétendait vouloir parler foot avec toi.

On t’a entendu pérorer, souffler, t’agacer d’un rien, vider des seaux de bile sur les journalistes et jouer les arbitres éclairés du monde politique, proposant un open bar de démagogie à l’heure de l’apéro, où tout le monde fut servi selon son grade. On connaît bien ton numéro de cirque, il n’impressionne plus personne, même les clowns du Pas-de-Calais foutent plus la trouille que toi. Et tout cela ne serait qu’écume insignifiante si ne tintaient dans ta poche des millions d’euros d’argent public dont la justice dira bientôt s’ils te furent ou non loyalement et légitimement accordés.

Tu étais sans doute satisfait, comme toujours, au sortir de cet échange vociférant, d’avoir maté du journaleux, de la journaleuse surtout, et de buzzer encore un peu comme au bon vieux temps où ton avis importait. Mais dans le brouhaha médiatico-twitterien déclenché par tes mauvaises humeurs phallocrates, personne ne s’attarda sur la partie la plus hilarante de l’interview.

Interrogé à propos du Front national, tu répondis que ses électeurs étaient stupides ». Il y a quelques années, tu les traitais de salauds, on notera la nuance, mais la démonstration qui suivit allait surtout retourner la stupidité à l’envoyeur. Je te cite : Penser qu’on peut sortir de l’Europe [sic) et revenir au franc, c’est un cours de sixième. On a une dette de deux milliards, si demain on revient au franc on aura une dette de trois milliards… »

Ô grand économiste que tu es, Nanard, Pulvar a bien fait de te brancher sur le sujet. Sache toutefois qu’au moment où je t’écris, la dette de la France ne s’élève pas à deux mais à deux mille milliards, et qu’avant la fin de cette chronique elle aura encore augmenté. Même un élève de sixième encarté au FN, tout stupide soit-il, est au courant. Tes analyses de ta situation financière, à peine recevables sur le comptoir du bar-tabac Bonnemère-dans-ton-cul-parisien, tu serais dès lors bien inspiré de te les fourrer dans la lucarne.

En t’entendant, totalement à la ramasse sur les chiffres d’un pays où tu prétends encore occuper un rôle, je repensais à l’Etat qui a creusé un peu plus son gouffre en t’accordant 405 millions d’euros de dédommagement dans l’affaire Crédit lyonnais/Adidas. Si tu sais si bien compter, un chèque de 4,50 euros et trois Carambar auraient pu tout aussi bien faire l’affaire. Je pense aussi aux journalistes de La Provence, de Corse-Matin et Nice-Matin qui t’ont dans les pattes, j’espère pour eux que tu supervises plus volontiers les pages sport que la rubrique éco.

Je t’embrasse pas, n’y compte pas.

Christophe Conte – Les inroks N° 988

 

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