Et si la VIe république réglait tout !

La VIe République serait-elle l’embryon d’un nouveau « programme commun » ? Dimanche, la nécessité de changer les institutions a fait consensus entre Benoît Hamon, Cécile Duflot et Pierre Laurent.

Pour l’éphémère ministre de l’Éducation, « écrire la constitution de la VIe République pour dans deux ans et demi » est « le premier chantier indispensable, immédiat » pour « redonner espoir dans le progrès ». « Ça ne marche pas, la Cinquième, ça ne peut plus marcher d’ailleurs », a-t-il lancé, sous les applaudissements de quelques centaines de militants, en appelant à « trancher maintenant ».

Rebondissant sur ces propos, l’ancienne ministre du Logement, Cécile Duflot, a résumé l’aspect le plus décrié de la « Ve République présidentialisée » : « Le président de la République décide, compose un gouvernement comme il le souhaite, choisit une ligne politique », en l’occurrence « ultra-minoritaire », et « ensuite il faut s’aligner. Soit vous votez contre et vous êtes un traître. Soit vous votez pour et vous vous reniez. » Un « choix douloureux » auquel « ont été soumis les parlementaires socialistes », a-t-elle souligné. Avant de dénoncer le « chantage invraisemblablement scandaleux » qui a accompagné le dernier vote de confiance, non sans ironie. « Si le résultat d’un vote de confiance c’est qu’on dissout l’Assemblée nationale, je propose qu’il n’y ait plus de vote de confiance et qu’on dise : “Le Président décide, l’Assemblée lève le bras”. »

Cette VIe République sera-t-elle un régime présidentiel ou parlementaire ? Benoît Hamon laisse le choix ouvert. Dimanche, il s’est contenté de réclamer que cette constitution « redore les blasons des contre-pouvoirs et fasse que l’exécutif soit responsable devant le parlement ».

La veille, dans un entretien à Mediapart, son ex-collègue à la Culture, Aurélie Filippetti, jugeait également urgent de « relancer le chantier […] d’un changement institutionnel », sans avancer d’autre proposition que celle-ci : « Il faut une VIe République, avec une répartition moins monarchique du pouvoir, […] un pouvoir plus horizontal, et des contre-pouvoirs plus structurés. »

Sur la question, le communiste Pierre Laurent est plus précis quand il réclame une VIe République « pour nos institutions », le parlement mais aussi l’organisation territoriale « en train de changer profondément sans aucun débat national ». Et une république « sociale » qui donne « de nouveaux droits aux travailleurs », ces droits n’ayant pas évolué, selon lui, depuis les lois Auroux de 1982. Si la perspective de passer à la VIe République revient en force dans les débats de la gauche, ceux-ci ne font que commencer. Son contenu et les moyens de la mettre en œuvre étaient au centre d’une table ronde de l’université d’Un monde d’avance, samedi.

Bastien François (EELV) souhaite « sortir de l’exception par le régime parlementaire » pour revenir à « un régime démocratique normal ». « La VIe République, c’est n’est pas une révolution », assure-t-il dans une allusion voilée à la « révolution citoyenne » de Jean-Luc Mélenchon (Politis n° 1320). Ce ne semble pas l’avis d’André Bellon, ancien parlementaire socialiste et surtout président l’Association pour une constituante. Constituante qu’il décrit comme « le seul processus qui permet d’éviter le FN ».

L’enjeu n’étant rien de moins que de « reconstituer le peuple ».

Michel Soudais – Article paru dans Politis n°1322

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