La bile d’un chroniqueur …

Dans Le Suicide français, Eric Zemmour ressasse ses obsessions et pourfend ses ennemis de toujours : les gauchistes abrutis, les féministes castratrices et les élites qui contribuent au déclin de « sa » France.

Le sujet

En 1970 meurt le général de Gaulle, et avec lui l’autorité paternelle supposée régir le pays et les familles de France. Les idéologues de Mai 68 en profitent alors pour dissoudre ce qui reste de ce beau régime et imposent libéralisme, féminisme et droits de l’homme – avec Les Valseuses et NTM pour étendards.

Dans les pas de Maurras, qui lui avait vanté « les quarante rois qui ont fait la France », Eric Zemmour repasse les quarante dernières années à l’aune de ses théories fumeuses sur le déclin français. Pierre Perret devient ainsi le propagateur de « la haine de soi qui tétanise le peuple »; Coluche le « grand prêtre » d’une France sans identité ni gloire « où les seules femmes qui n’ont pas été violées et engrossées par les envahisseurs sont celles qui n’ont pas voulu ». Ambiance.

Le souci

La livraison annuelle d’Eric Zemmour ne déçoit pas. On y retrouve les motifs habituels : les gauchistes abrutis, Bruxelles-la-despote, les féministes castratrices qui ont quand même des jambes qui « font tourner les têtes », les digressions continues sur l’Ancien Testament et des citations d’auteurs qu’il réinterprète à loisir, ainsi de Claude Lévi-Strauss ou Paul Veyne, pourtant pas parmi les auteurs les plus conservateurs. Zemmour appuie sa nostalgie sur celle du général, qui lui-même se plaignait du déclin français amorcé au XVIIIe siècle.

A jouer au jeu de l’âge d’or, on perd le sens des réalités. Résultat, le polémiste sombre dans le commentaire plus que l’analyse, ânonnant des vérités de comptoir sans fournir ni sources ni informations recoupées. Exemple parmi d’autres : l’auteur met sur un même pied Conseil constitutionnel et Conseil d’État sans que l’on sache en quoi tes deux institutions se ressemblent.

Le symptôme

Difficile de comprendre l’intérêt du livre en dehors du chèque que l’auteur va pouvoir encaisser. Zemmour dégueule pendant cinq cents pages sur un modèle présumé suicidaire, dénonçant pêle-mêle les institutions, les artistes et les hommes politiques qui ont fait sombrer « sa France » dans la déchéance. Le tout sans proposer la moindre alternative à sa vision sinistre.

Plus amusant, l’auteur, qui répand sa bile depuis dix ans de la télé à la radio, considère qu’il ne contribue pas au climat négatif qui règne en France. Non. Il conclut son livre sans une once d’ironie : « [Nos élites] observent goguenardes la France qu’on abat; et écrivent d’un air las et dédaigneux ‘les dernières pages de l’Histoire de France. »

En résumé: Zemmour le meilleur VRP actuel des idées du Front national. (MC)

Mathilde Carton – Les Inrocks N°984


Ce « môssieur » est chroniqueur régulier dans 4 médias: Le Figaro magazine, I-Télé, RTL, Paris Première.

Une condamnation pour « provocation à la discrimination raciale ». En mars 2010, Zemmour avait affirmé sur France Ô que les employeurs « ont le droit de refuser des Arabes ou des Noirs » et été jugé en février 2011.