Où est passée la loi sur la biodiversité?

Présenté comme l’un des principaux chantiers environnementaux de ce quinquennat, le projet tarde à apparaître dans les calendriers législatifs.

Il y a les chiffres qui claquent et le temps qui tarde.

Les premiers sont avancés par le rapport « Planète vivante 2014 ». En quarante ans, relève l’étude réalisée par le WWF, l’action de l’homme a entraîné la disparition de plus de la moitié des animaux sauvages de la planète.

Entre 1970 et 2010, l’indice Planète vivante, qui mesure l’évolution des populations de plus de 3 000 espèces, aurait ainsi chuté de 52 %. Une gamelle bien plus alarmante que celle envisagée dans le précédent rapport – on parlait, en 2012, d’une chute de 28 % – dont les modes de calculs étaient moins affinés.

Le projet de loi biodiversité est attendu depuis deux ans

Elle réveille, du coup, les attentes toujours inassouvies en matière de protection de la biodiversité, notamment en France. Europe Écologie-les Verts en appelle ainsi au président de la République afin- qu’il accélère la présentation d’un projet de loi biodiversité attendu depuis deux ans.

En mars dernier, Philippe Martin, alors ministre de l’Environnement, disait vouloir en faire « la première des trois grandes lois écologiques » du quinquennat de François Hollande, devant la réforme du Code minier et la loi énergétique.

Le projet semble, depuis, s’être perdu dans les limbes des agendas législatifs. Aucune nouvelle depuis le 26 juin, date à laquelle il a été amendé pour la dernière fois. Les associations environnementales n’en sont pas encore à s’affoler outre mesure. « Le calendrier ont eu à y trouver leur place, note Serge Urbano, vice-président du réseau France Nature Environnement (FNE). Mais nous constatons effectivement un glissement… »

Échaudé par une série de simplifications de réglementations environnementales, le mouvement associatif espère un signe clair que le gouvernement n’a pas classé l’écologie dans ses dossiers en suspens. La discussion parlementaire est d’autant plus attendue que le projet de loi sur la biodiversité est porteur de promesses, mais ne va pas sans soulever des craintes.

Dans le rang des premières, celle, par exemple, d’inscrire le principe de solidarité écologique entre espèces et activités humaines. Dans le rang des secondes, l’Agence nationale de la biodiversité, dont la création met en alerte ses futurs acteurs: Pensée depuis le Grenelle de l’environnement, elle vise à rassembler plusieurs établissements publics au sein d’une seule et même structure. Objectif: coordonner des politiques envi­ronnementales nationales.

Les associations en espèrent beaucoup. Mais côté syndicats des personnels du ministère de l’Environnement, en revanche, on dénonce fermement cette fusion adoubée par la rigueur budgétaire. Elle regroupera l’Atelier technique des espaces naturels, l’Agence des aires marines protégées et les parcs nationaux, et surtout l’Office national de l’eau et des milieux aquatiques (Onema). – Ce dernier devrait fournir près de 70 % des effectifs à l’agence.

C’est aussi son budget qui devrait la financer aux trois quarts. Or, ce dernier est greffé sur celui des agences de l’eau, lesquelles ont été ponctionnées de 210 millions d’euros l’an dernier et devraient perdre de nouveau 175 millions d’euros en 2015, 2016 et 2017.

Rien de plus réjouissant côté emplois, quand, les agences de l’eau, les parcs nationaux et l’Onema ont tous perdu des postes en 2014, souligne la CGT. Pas de quoi être très optimiste pour l’avenir des bestioles.

Marie-Noëlle Bertrand. Lu dans Huma quotidien du 02 oct. 2014