Un livre jaune, pour tuer le code du travail !

La fenêtre de tir semble parfaite pour le Medef.

Alors que les chiffres du chômage sont, à la surprise générale, en très légère baisse pour le mois d’août, avec moins 11.100 personnes en catégorie A (n’ayant pas du tout travaillé), le patronat en a profité pour dégainer son plan « Un million d’emplois, c’est possible ».

Avec sa voix doucereuse, Pierre Gattaz, président du Medef, se pose en sauveur de l’économie française. « Comme nous le savons tous, la France s’enfonce aujourd’hui dans la crise et le chômage risque de perdurer, voire de se dégrader, alors que nous avons tout pour réussir, tout pour gagner, tout pour revenir auplein emploi d’ici à 2020. »

Surfant sur une situation catastrophique du marché de l’emploi, avec plus 5 millions de personnes inscrites à Pôle emploi, et bénéficiant d’un gouvernement particulièrement bien disposé à son égard, le Medef a donc présenté son programme de casse sociale. « Notre modèle économique et social hérité de la Libération et basé sur le modèle des Trente Glorieuses a vécu », estime le patron des patrons.

Dans un show à l’américaine, Pierre Gattaz et ses lieutenants Jean-François Pilliard, Geoffroy Roux de Bézieux, Patrick Bernasconi, vice-présidents du Medef, déclinent leurs recommandations. Elles s’articulent en quatre axes : engager un nouveau dialogue économique au-plein emploi améliorer la compétitivité sur une reprise, favoriser l’investissement pour la croissance et, enfin, utiliser les leviers à court terme pour libérer des dynamiques de créations d’emploi.

Le patronat a conservé quelques-unes de ses idées chocs

Partant du principe que l’entreprise doit être au centre de tout et que « la loi ne doit servir qu’à fixer un cadre général », le Code du travail, qualifié de « magma législatif », serait relégué au second plan.

Le Medef propose aussi de « lier tout dialogue social dans les entreprises à un constat économique » et de rendre le contrat de travail plus flexible. Quant aux accords sur l’assurance chômage et la sécurisation de l’emploi, le patronat veut déjà les renégocier !

Bien qu’il s’en défende, le Medef tente aussi de remettre en cause les trente-cinq heures, en appelant à « revoir le principe d’une durée légale imposée à toutes les entreprises, en prenant en compte la diversité des situations, des secteurs d’activités et permettre la fixation négociee d’une durée du travail au niveau de l’entreprise ».

Malgré les récentes fuites dans la presse, le patronat a conservé quelques-unes de ses idées chocs, comme le paiement sous le Smic des jeunes et la suppression de jours fériés. On les retrouve, lissées dans la bible patronale rebaptisée « le petit livre jaune ». Avec notamment l’abaissement des seuils sociaux (qui prévoient entre autres la mise en place d’un comité d’entreprise pour un minimum de 50 salariés), ce qui pourrait créer entre 50 000 et 100 000 emplois sur trois ans.

La mise en place de contrats aidés dans le secteur marchand pour les personnes éloignées de l’emploi, trop chères à recruter pour le Medef, aurait le même impact sur l’emploi. Enfin, augmenter la durée annuelle du travail en supprimant des jours fériés pourrait générer 100 000 emplois supplémentaires d’après de savants calculs patronaux. Le Smic, c’est que ces chiffres fantaisistes ont unanimement été remis en cause par les économistes et sont bien loin du million d’emplois promis.

Outre l’urgence de la situation rabâchée par Pierre Gattaz, l’Allemagne est citée à de nombreuses reprises en exemple. En matière de « coût du travail », de marge des entreprises et de réformes du marché du travail…, l’outre-Rhin est décidément le pays de cocagne.

Déjà bien servis en matière de cadeaux fiscaux, les patrons en veulent encore. Geoffroy Roux de Bézieux propose de transformer « le crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (LICE) en véritable baisse de charges pérenne à partir de 2017 ». Jugeant que les 40 milliards de crédit d’impôt du CICE et du pacte de responsabilité ne vont pas suffire à faire baisser « le coût du travail» et ne créeront pas plus de 389 000 postes d’ici à 2018. « Ce document est un appel à un travail important pour le futur: celui de bâtir ensemble un nouveau consensus social », martèle Pierre Gattaz. Toutes ces vieilles lunes patronales sont bien connues depuis la contre-attaque néolibérale dans les années 1970.

Ces tentatives de flexibilisation du marché du travail ont été combattues pied à pied par les salariés ces dernières années, au niveau local ou national, notamment lors de la lutte contre le contrat première embauche (CPE) en 2006.Si le Medef sort de plus en plus souvent le bazooka pour détruire le système social français, c’est qu’il profite d’un contexte politique bien particulier. Nicolas Sarkozy, remis sur les rails, pourrait briguer la présidence de l’UMP, avant se lancer dans la campagne pour la présidentielle.

Pour le patronat, le moment est idéal pour présenter son pensum régressif, espérant qu’en cette période de crise il trouve un large écho à droite et une faille pour faire infuser ses idées. Les syndicats n’ont pas tardé à réagir. Pour la CGT, « les préconisations moyenâgeuses du Medef, c’est une aggravation assurée du mal-travail et du manque d’efficacité des entreprises ».

Quant à la CFTC, pourtant signataire du pacte de responsabilité, elle dénonce « des propositions qui tirent la France vers le bas ». Triomphant lors de cette présentation, le patron des patrons perd toutefois de sa superbe au sujet du pin’s « un million d’emplois » qu’il arbore à la boutonnière. Si une partie de l’objet est fabriquée en France, une autre provient de République tchèque, comme l’a confirmé un brin gêné, ce grand défenseur de l’emploi français. Mais on n’est plus à un mensonge près.

Cécile. Rousseau – Huma quotidien 25 sept 2014

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