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De quoi le sarkozysme est-il encore le nom aujourd’hui ?

Le problème de l’ancien président, c’est de se croire en 2007, lorsque personne alors ne lui disputait longtemps ni la présidence du parti, ni l’investiture UMP pour la présidentielle.

Sept ans ont passé sans que sa réflexion ne l’amène à considérer que la posture de l’homme providentiel, chère à la droite, a du plomb dans l’aile.

Même si Nicolas Sarkozy s’entoure pour sa campagne pour la présidence de l’UMP de jeunes loups tel Gérald Darmanin, le maire de Tourcoing, bientôt trente-deux ans, il aura du mal à se défaire des habits de l’homme de l’échec de 2012.

« Il faut couper les branches mortes, n’importe quel veau pourrait battre François Hollande », n’a pas hésité à déclarer à RTL le député de Paris Bernard Debré.

« Il faut rompre avec les pratiques d’un autre âge », renchérit son homologue des Hauts-de-Seine Thierry Solère, soutien lui de Bruno Le Maire à la tête du parti.

Sarkozy n’est plus seul à vouloir et pouvoir incarner une droite nouvelle

Jamais, lorsqu’il fut à l’Intérieur ou à l’Élysée, il n’y eut en public ces mots acerbes à son égard. Sarkozy compte, un peu trop, sur un rassemblement naturel de la droite autour de lui, oublieuse du bilan 2007-2012, et quand bien même ses ténors admettent que la question du projet n’est pas réglée. C’est que la droite a compris qu’il lui fallait changer. Changer de nom parce que celui de l’UMP est associé, aux affaires comme feu le RPR, changer de logiciel parce que l’actuel gouvernement lui prend une bonne partie de l’oxygène qui la faisait respirer hier.

Sarkozy n’est plus seul sur ce terrain à vouloir et pouvoir incarner cette droite nouvelle, lui qui en novembre 2004 s’était fait élire à la tête du parti avec 85 % des voix.

Ses opposants les plus certains à ce jour pour la présidentielle de 2017 n’entendent pas se laisser marcher sur les pieds.

L’ancien premier ministre de Sarkozy, François Filon, a réuni cette semaine une soixantaine de parlementaires sur 199, pour expliquer que l’UMP n’était pas « une caserne ». Il serait bon, ajoute Fillon, « qu’une nouvelle génération prenne ses responsabilités », « pour gérer notre mouvement et surmonter ses épreuves financières et judiciaires ».

Derrière la posture du sauveur de la nation qu’il entend adopter, profitant de la faiblesse incroyable de l’actuel locataire de l’Élysée, il est contesté au sein de l’UMP d’une manière inédite. « Tout changer, la rupture, c’était déjà la promesse de 2007. Et c’est parce que cette promesse n’a pas été tenue que nous avons perdu en 2012 », analyse Xavier Bertrand, député de l’Aisne, et autre postulant à l’investiture pour la prochaine présidentielle.

Alain Juppé comme François Fillon comptent sur le respect des statuts du parti pour qu’il y ait une primaire ouverte aux sympathisants de droite et du centre en 2016. Autant les adhérents UMP se rallieraient sans trop de problèmes à l’homme de la défaite de 2012, sans même connaître son projet qu’il devrait dévoiler dans les grandes lignes ces prochains jours, autant pour le cercle plus large de l’électorat de droite en France, les choses ne sont plus aussi simples.

L’image de l’ex-chef de l’État s’est brouillée avec ses mises en cause dans plusieurs affaires en cours d’instruction, et sa mise en examen pour corruption dans un volet de l’enquête sur un possible financement occulte libyen de sa campagne de 2007.

Dans les sondages, les sympathisants de droite le mettent à jeu égal avec Alain Juppé pour la présidentielle, incarnation d’une droite qui n’a pas transgressé ses valeurs, voire le placent en second quand on agrège à l’électorat de droite l’électorat centriste. Et les Français, dans leur ensemble, selon OpinionWay, sont indifférents (64 %) à son retour. Seul son noyau dur du premier tour de 2012 est encore là pour le soutenir (82 %).

Si Sarkozy convainc de changer le nom du parti, surtout pour pouvoir slalomer entre les rendez-vous avec la justice qui l’attendent sans que le nouveau parti ne soit associé aux affaires de l’UMP, les nouveaux statuts pourraient ne plus prévoir cette obligation à laquelle l’ancien président ne s’est jamais publiquement rallié. Bloqué qu’il est sur les années Chirac: à droite, on est candidat « naturel ». C’était avant.

Lionel Venturini

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