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Comme le disait Léo Ferré, «  le problème de la morale c’est que c’est toujours la morale des autres ». C’est vrai aussi dans le domaine international.

Bien sûr, le troisième assassinat d’un otage par l’État islamique révulse les consciences. Mais je ne crois pas que le bombardement de la population civile par des avions de guerre soit légitime et moral.

Pourquoi autant d’émotion dans un cas et autant de silence feutré dans l’autre?

Je ne parle pas seulement de ce qui s’est passé à Gaza mais aussi en Afghanistan et en Irak. Il est souvent de bon ton de dire que ce que l’on appelle nos valeurs occidentales n’est pas forcément partagé par le reste du monde. En fait, ce que ne partage pas le reste du monde, c’est le double discours et la morale à géométrie variable.

Trop souvent, les médias montrent les effets et ne se soucient pas de montrer les causes. De l’Ukraine à la Palestine et au Soudan, etc., on est dans la problématique générale de la sortie de la guerre froide, sortie qui a été très mal gérée. Les Occidentaux ont confondu monde occidental et communauté internationale. Mais l’époque du casque colonial est terminée. Le tournant c’est lorsque Gorbatchev a accepté de signer un communiqué pour dire que l’Irak a violé l’ordre international en envahissant le Koweït en 1990.

L’Union soviétique a dit qu’il fallait bâtir un nouvel ordre mondial fait par l’ONU et a rompu avec la politique de soutien à ses alliés pour s’engager sur cette voie. En fait, ce rôle voulu pour l’ONU ne s’est pas réalisé. Pour Bush, les États-Unis avaient gagné la guerre froide. Aujourd’hui, de l’Ukraine à la Palestine en passant par l’Irak, c’est ce tournant que nous payons. On n’a pas su créer les conditions d’une nouvelle sécurité collective alors que l’unilatéralisme s’avère de plus en plus comme une impasse. »

Pourquoi assiste-t-on à un recul de la diplomatie et à une banalisation des interventions militaires ?

Dans le cas du conflit israélo-palestinien, l’erreur tragique des Occidentaux a été de ne pas vouloir négocier avec le Hamas sous prétexte que ce sont des terroristes. Je dis cela alors que je ne suis pas pro-Hamas. Mais la réalité est que ce mouvement a gagné les élections. On ne choisit pas avec qui l’on négocie. On négocie avec ceux qui existent, avec ceux qui comptent, avec ceux qui représentent leur peuple.

La diplomatie, c’est tout sauf l’entre-soi sinon on va vers l’impasse. C’est là où l’on voit le piège de la morale ou du moralisme dans les relations internationales car cela nous emmène vers des solutions beaucoup plus immorales que la négociation. On ne fait la paix qu’avec ses ennemis, jamais avec ses amis. Si on voit unes paix entre Israéliens et Palestiniens, il faut que le Hamas soit considéré comme un interlocuteur. À propos de l’Otan, il faut savoir que dans l’Histoire, jamais une alliance militaire n’a survécu à la disparition de la menace qui l’a créée.

Pourquoi l’Otan existe encore maintenant?

On voit bien que dans la crise ukrainienne, celui qui met de l’huile sur le feu est le secrétaire général de l’Otan, Rasmussen. Plus la menace grandit, plus cela justifie son existence. Rasmussen est un pompier pyromane. »

PASCAL BONIFACE, directeur de l’Institut de relations internationales et stratégiques Iris.