Face à la volonté de la compagnie aérienne de « faire du Low Cost » et tirer les statuts des pilotes vers le bas, les syndicats appellent à une semaine de grève.
La restructuration semble sans fin chez Air France, suscitant une fois de plus la colère de ses salariés. En voulant imposer à une partie de ses pilotes de migrer vers sa filiale à bas coût Transavia tout en sabrant dans leur statut et leur rémunération au passage, la compagnie aérienne s’expose à une grève très suivie à partir d’aujourd’hui, et potentiellement pour toute la semaine. Un acte sans précédent depuis 1998 de la part de cette catégorie de personnel. Seule la moitié des vols prévus devrait être assurée aujourd’hui.
Augmenter la flotte de Transavia de 14 à 100 appareils
Alors que le plan Transform 2015 lancé en 2012 arrive à échéance à la fin de l’année, le PDG du groupe Air France-KLM, Alexandre de Juniac, a déjà annoncé jeudi le lancement d’un nouveau projet de réorganisation baptisé Perform 2020. Après avoir déjà raboté les coûts d’un milliard d’euros, supprimé plus de 5 000 postes et imposé des gains de compétitivité de 20 aux salariés restants, la compagnie aérienne franco-néerlandaise veut continuer sa cure d’économies à marche forcée en se recentrant sur le segment low cost et en délaissant un peu plus ses activités déficitaires.
En augmentant la flotte de Transavia de 14 à100 appareils et en prévoyant l’ouverture de nouvelles bases européennes, pour concurrencer les poids lourds du segment à bas coût comme Easyjet ou Ryanair, Air France entend imposer à ses salariés de travailler aux conditions du low cost. Ce que refusent en bloc les pilotes, dont les trois syndicats (SNPL, Spaf et Alter) exigent la mise en place d’un contrat de travail unique – sur la base des statuts Air France, plus avantageux – pour l’ensemble des pilotes d’appareils de plus de 100 places au sein des trois compagnies Air France, Transavia et Hop!.
Pour les syndicats
Le fait que les pilotes embauchés dans les futures bases européennes Transavia vont travailler sous des contrats de droit local constitue du « dumping social », a déclaré le SNPL à l’AFP. Pour la direction du groupe, il s’agit bien de tirer les statuts de ses pilotes vers le bas : « On naît low cost, on ne le devient pas. Air France a accumulé au fil des années des avantages qui font que ses coûts et ses conditions d’exploitation sont bien supérieurs à ceux de Transavia. Il n’est donc pas possible d’aller travailler chez Transavia aux conditions d’Air France », a insisté Alexandre de Juniac dans un entretien accordé au quotidien économique les Échos mercredi dernier.
Mais le mot d’ordre des syndicats de pilotes d’Air France fait grincer des dents jusque dans les rangs syndicaux. « Si les pilotes d’Air France veulent venir travailler chez nous, il va falloir qu’ils dialoguent avec nous, car leur proposition de contrat unique percute actuellement notre périmètre », explique Armand Simon, délégué syndical SNPL chez Régional, filiale d’Air France désormais incluse dans le pôle Hop !, qui regroupe également Brit Air et Airlinair.
Bien qu’il craigne également que la déclinaison du plan Perform 2020 dans les filiales ne se traduise par une nouvelle dégradation de leurs conditions de travail, le syndicaliste de Régional souhaiterait que « les pilotes arrêtent de se battre entre eux ». « Il faudrait qu’on aligne tous les statuts vers le haut plutôt que de les tirer vers le bas », estime Armand Simon.
Loan Nguyen – Huma quotidien 15 sept 2014