Ils n’ont pas fait la guerre aux palestiniens pour rien !

Il n’y a jamais rien d’innocent à guerroyer. En dehors d’énormes difficultés économiques Israël entend confisquer les terres palestiniennes à son profit. Ainsi au nez et à la barbe des états du monde entier, l’État israélien se comporte ni plus ni moins comme toutes dictatures cherchant l’expansion de son territoire.
Dans aucun conflit, de quelque côté que l’on se tourne, il n’y a ni bon ni méchant, il n’y a que des intérêts économiques. Dans tout conflit il faut déplorer l’atteinte physique aux populations alors que les bénéficiaires de tout ce genre de conflit sont à l’abri dans d’autres états.
Qu’il n’y avait aucune condamnation internationale est bien le signe que les intérêts économiques sont dominants dans ce monde, les pouvoirs en place n’ayant plus qu’une fonction décorative. MC

Le gouvernement Netanyahou, confronté à des difficultés économiques et politiques, a décidé de frapper autrement les Palestiniens.

Une semaine après le début du cessez-le-feu à Gaza, Israël a annoncé dimanche sa décision de s’approprier quatre cents hectares de terres en Cisjordanie, dans les environs de Bethléem. Le gouvernement de Benyamin Netanyahou a présenté cette décision comme un acte de représailles à l’enlèvement et à l’assassinat de trois jeunes colons, le 12 juin, près de la colonie de Gush Etzion.

On se souvient que le Premier ministre israélien avait immédiatement attribué cet acte au Hamas, en dépit du démenti de cette organisation et du peu de crédibilité de cette accusation. Il avait ordonné une rafle parmi les militants du mouvement islamiste, qui avait ensuite riposté par des tirs de roquettes depuis Gaza. Ces tirs avaient aussitôt servi de prétexte aux bombardements israéliens.

La surenchère de la violence israélienne pouvait commencer. Dimanche, l’organisation anticolonisation La Paix maintenant a dénoncé une « confiscation sans précédent » par son ampleur depuis 1980. Cette appropriation, évidemment totalement arbitraire, constitue d’une certaine manière un retour vers ce qui est le cœur du conflit israélo-palestinien : la question coloniale en Cisjordanie. C’est face à de telles décisions que l’on aimerait entendre la « communauté internationale »…

C’est aussi un acte de politique intérieure pour un Premier ministre en difficulté, et en chute libre dans les sondages, après cinquante jours de bombardements et le massacre de plus de 2 000 Palestiniens, pour la plupart civils, dont 577 enfants. Terrible prix de ce que le pacifiste israélien Uri Avnery a qualifié de « guerre pour rien », puisque Israël n’est pas parvenu à désarmer le Hamas.

Depuis une semaine, Benyamin Netanyahou doit faire face aux critiques de plus extrémistes que lui. Il est aussi aux prises avec des difficultés économiques. Avec le ministre de la Défense, Moshé Yaalon, et le ministre des Finances, Yaïr Lapid, il a demandé dimanche au Conseil des ministres une réduction de 2 % du budget de chaque ministère – à l’exception de la Défense – pour la fin de l’année en cours.

Il s’agit de dégager 2 milliards de shekels (environ 425 millions d’euros) pour rembourser une partie de l’effort de l’offensive militaire sur Gaza, qui aurait coûté près de 4 milliards de dollars. Les ministères les plus touchés seraient l’Éducation, les Affaires sociales et la Santé.

Ce qui a entraîné une vive altercation avec le ministre des Affaires sociales, Meïr Cohen. Ces choix de financer la répression des Palestiniens aux dépens du social, de la santé et de l’éducation sont malheureusement consubstantiels à l’État d’Israël, ou en tout cas à la politique de ses gouvernements successifs.

Le problème économique a donc évidemment pesé lourd dans la décision d’accepter le cessez-le-feu, alors que l’objectif affiché d’éradication du Hamas n’a pas été atteint. Mais, comme le souligne Uri Avnery  [1], si les pertes économiques ont été importantes, ce sont pour Israël « les pertes invisibles » qui comptent le plus. Pris sous le feu des roquettes, les habitants de kibboutz proches de Gaza ont été contraints d’émigrer vers le nord.

C’est l’un des mythes fondateurs, selon lequel les Israéliens ne fuient jamais, qui a volé en éclats. À cela, Uri Avnery ajoute l’importance d’une nouvelle « perte de légitimité à travers le monde […]. Le courageux petit pays est devenu un monstre brutal ». Une autre conséquence est évidemment l’antisémitisme : « La nouvelle fureur à l’encontre d’Israël, note Uri Avnery, ressemble parfois à l’antisémitisme d’autrefois, et parfois elle est réellement antisémite. »

Parmi les effets invisibles du massacre perpétré par Israël, il y a aussi cette « masse énorme de haine ». Et Uri Avnery s’interroge : « Combien, parmi les enfants que nous avons vu quitter leur maison en courant avec leur mère, vont-ils devenir les “terroristes” de demain ? »

Enfin, le vieux pacifiste (91 ans) rejoint l’analyse de Michel Warschawski (voir Politis n° 1316) : « En Israël même, le fascisme, ignoble et évident, a redressé sa tête répugnante. “Mort aux Arabes !” et “Mort aux gens de gauche !” sont devenus des cris de guerre légitimes. On peut espérer qu’une partie de cette vague va refluer, mais une partie va rester et devenir quelque chose de normal. » Et Uri Avnery conclut à la façon de Pyrrhus : « Encore une victoire comme celle-là et nous sommes perdus ! »

Il est vrai que les Palestiniens de Gaza pourraient dire la même chose. Si le Hamas peut considérer qu’il a remporté une victoire politique, les Gazaouis, qui, après avoir compté leurs morts, n’en finissent pas de compter leurs blessés (on parle de 11 000, dont beaucoup handicapés à vie) et qui survivent sur les ruines de leurs maisons, n’ont guère le goût de la victoire.

Nota Bene : [1] « The War or Nothing », publié sur le site de l’organisation Gush Shalom (le Bloc de la paix) le 30 août, a été traduit pour l’AFPS : FL/SW.

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