Pour rafraichir la mémoire …

Pendant qu’Arnaud Montebourg et Benoît Hamon remixaient d’originale façon le vieil adage de Jean-Pierre Chevènement (« Un ministre, ça ferme sa gueule ; si ça veut l’ouvrir, ça démissionne ! »),  …

… Cécile Duflot racontait ses souvenirs de dîners entre camarades ministres (la fameuse « bande des quatre », avec Hamon, Montebourg et Taubira) au printemps 2013, après la honte de Florange : « Arnaud Montebourg fait du Arnaud Montebourg. Un vrai numéro. Il nous explique qu’il va quitter le gouvernement, dénoncer la rigueur, faire des listes européennes et évidemment se présenter en 2017 et qu’on n’aura d’autre choix que de le soutenir ! »

Oh le bel éclairage politique que voilà…

Finalement, comme on le sait, il n’y aura ni listes aux européennes, ni démission fracassante, et c’est Cécile Duflot qui finira par partir, Manuel Valls Premier ministre oblige, juste après le désastre des municipales et avant celui des européennes. Bonne copine, elle ajoute : « Finalement, l’idée de notre lettre au Président sur l’Europe fuitera, et elle ne verra jamais le jour. Certains ont été trop craintifs. Et comme il n’y avait pas de place pour le débat politique, les petits combats et les stratégies individuelles ont pris le dessus. Tous ceux qui en privé clamaient « je vais démissionner » sont aujourd’hui encore ministres. Je ne leur en fais pas le reproche. »

Non, du tout, mais elle leur rafraîchit la mémoire, et c’est justement le week-end où tout le monde ne parle que de son livre (« bonnes feuilles » dans Le Nouvel Obs, interview dans Elle) que les deux conjurés font mine de se réveiller en sursaut et entonnent enfin le chant du départ, avec un gros retard à l’allumage.

Sauve qui peut ! Non qu’ils aient tort, au fond, mais il est permis de trouver cela un chouïa tardif, un poil opportuniste, un brin politicien, les yeux rivés sur la ligne d’horizon 2022.

Ministre, l’être ou ne pas l’être,

Comment cesser de l’être tout en n’excluant pas de le redevenir, réussir sa sortie sans rater sa rentrée, telle est l’épineuse question. L’après-Hollande a commencé dimanche dernier et on peut se demander sur quelle majorité parlementaire compte s’appuyer le nouveau gouvernement Valls — l’homme qui faisait 5,63 % à la primaire socialiste de 2011.

Dans le même livre (De l’intérieur, Fayard, 17 euros), Cécile Duflot n’a besoin que d’un paragraphe pour résumer une situation politique autrement plus préoccupante que le vaudeville gouvernemental : « A force de reprendre les arguments et les mots de la droite, de trouver moderne de briser les tabous, et donc de défendre la fin des trente-cinq heures, de dénoncer les impôts, de s’en prendre aux Roms, de prôner la déchéance de la nationalité pour certains condamnés, de taper sur les grévistes, quelle est la différence avec la droite ? Une carte d’adhésion dans un parti différent ? Le fait de proclamer toutes les trois phrases « je suis de gauche » ? Formellement, factuellement, quels sujets les opposent ? A force de trianguler, ils ont fait disparaître la gauche. C’est ce que j’appelle la triangulation des Bermudes. »

Mauvais camarades, Arnaud et Benoît ont volé la vedette à Cécile. Mais la gauche (cette gauche là) en est bel et bien là, perdue en plein triangle des Bermudes. Au milieu de nulle part.

Édito de Frédéric Bonnaud- Inrocks N°978