Attention à la manipulation des statistiques

Il y a quelques semaines l’Insee a publié les résultats du bilan démographique de 2013. L’espérance de vie augmente légèrement, 85 ans pour les femmes et près de 79 ans pour les hommes.

La fécondité de l’année reste stable, autour de 2 enfants par femme. Au final, la population continue à augmenter légèrement et notre pays, avec environ 800.000 naissances par an, peut programmer aisément les investissements à faire du fait de cette stabilité du nombre de naissances depuis des décennies.

Le point négatif serait la mortalité infantile qui ne décroît plus depuis plusieurs années, alors que de nombreux pays européens ont maintenant de meilleurs résultats que la France. Tout irait donc, à peu près, pour le mieux.

Pourtant, même si le phénomène a peu à voir avec les années 1990, quand d’aucuns nous prédisaient une France se dépeuplant, faute d’enfants, on voit encore aujourd’hui des articles dans la presse s’inquiétant des petites variations de fécondité d’une année à l’autre.

Que leurs auteurs se rassurent, une telle inquiétude semble inutile: le nombre d’enfants qu’ont les femmes au cours de leur vie est au-dessus de 2, nos cours de récréation ne sont pas près d’être silencieuses et la population française n’est pas près de diminuer.

Toutefois, quand le site Internet Atlantico titre « Le taux de natalité au plus bas depuis la fin de la Première Guerre mondiale » (1); il cherche visiblement à affoler ses lecteurs.

Le taux de natalité de la France métropolitaine, soit le nombre de naissances divisé par la population, était de 12,2 % en 1918 et en 2013.

Vu la déprime démographique des années de guerre, les « années creuses », la comparaison de ces taux laisse à penser que la situation actuelle est inquiétante, mais comparer des taux de natalité n’a aucun sens si les autres données caractérisant la fécondité ne sont pas prises en compte.

En 1918, 15 % des enfants mouraient avant l’âge de 1 an, et moins de 0,4 % aujourd’hui.

De même, la fécondité de l’année 1918, c’est-à-dire le nombre d’enfants nés cette année divisé par le nombre de femmes en âge de procréer, était de 1,56 alors qu’elle est de 1,99 en 2013 et, au final, il naissait environ 300.000 enfants en moins en 1918 qu’en 2013, dont 15 % allaient donc mourir très rapidement.

En somme, avec le même taux de natalité qu’en 1918, il naît aujourd’hui bien plus d’enfants en nombre absolu ou par femme, et ces enfants ont bien plus de chances d’avoir eux-mêmes un jour des enfants que ceux nés en 1913.

Les taux de natalité baissent aujourd’hui, en particulier parce que la population augmente aussi du fait que l’on meurt de moins en moins à âge jeune, mais cela n’a rien à voir avec la situation de la fécondité.

Laisser croire par des titres comme celui d’Atlantico qu’il en serait autrement est, dans le meilleur des cas, une erreur manifeste.

Éric Le Bourg, centre de recherches sur la cognition animale, UMR CNRS 5169 université Paul-Sabatier, Toulouse.

 

(1) http://www.atlantico. fr/pepites/66-millions-habitants-en-france-et-taux-natalite-au-plusbas-depuis-fin-premiere-guerre-mondiale-953552.html

 

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