En 3 mois : Plus 30% pour les dividendes et rien pour les salariés.

Depuis que (une fois de plus) les mauvais chiffres de léconomie française sont tombés, les ministres se relayent afin d’occuper, la scène médiatique. Après François Rebsamen, Manuel Valls, c’était au tour de Michel Sapin, 18 aout 2014, d’attraper le témoin dans « Libération »; pour tenter de convaincre les Français des « bienfaits » de la: politique de l’offre: « Les entreprises ont d’abord un problème de marges. (…) Tant qu’elles n’auront pas retrouvé une partie de ces marges, et avec la perspective de les retrouver entièrement elles seront dans une situation très difficile notamment pour embaucher. »

Rappelons que c’ est, officiellement, pour compenser la perte de 40 milliards d’ euros de marges essuyée par les entreprises depuis la crise de 2008 que le gouvernement a mis en place un crédit d’ impôt de 20 milliards d’euros auquel il a ajouté le pacte de responsabilité pour un total.de 41 milliards d’ euros.

Un calcul une fois de plus discrédité après la publication par le Financial Times d’une étude réalisée par le fonds d’investissement Hendreson Global Investors. Selon les données récoltées, les entreprises européennes auraient distribué entre avril et juin dernier pas moins de 115 milliards d’euros de dividendes, soit une hausse de 20 % par rapport à l’an dernier.

Un vrai gaspillage de l’argent public.

Et l’étude nous apprend que le gonflement de l’enveloppe pour les actionnaires vient essentiellement de la part versée par les entreprises françaises, qui a progressé de plus de 30%, grâce notamment à l’apport des banques comme la Société générale ou encore le Crédit agricole. Or 2013 s’était déjà avérée être une année faste pour les actionnaires qui avaient empoché quelque 36,8 milliards d’euros, déjà en progression de 9,2 %.

Même avec des marges en baisse, n’en déplaise au gouvernement, les entreprises semblent avoir fait leur choix : la croissance est à plat, le chômage en hausse, mais le capital se porte au mieux. L’étude réalisée en juin par le syndicat SNB CFE-CGC sur l’utilisation du crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (Cice) dans les banques confirme cette tendance.

Selon le syndicat, qui a récolté auprès des comités d’entreprise les projets d’utilisation des fonds, « l’essentiel (pour ne pas dire la totalité) des utilisations annoncées du Cice correspond à des projets, actions et dépenses déjà largement engagés : soit dans le cadre de l’activité normale de l’entreprise : formation, rénovation et entretien du réseau d’agences; soit dans le cadre d’investissements déjà largement, et depuis longtemps, engagés et budgétés : innovation technologique, banque digitale et multicanal, nouveaux concepts d’agences ».

Les 135,5 millions d’ euros accordés aux banques sont donc un pur effet d’ aubaine. À ce titre, les 26 millions touchés par la Société générale ou les 40 millions du Crédit mutuel sont de-prodigieux exemples de gaspillage d’ argent public. Si le Crédit mutuel a choisi d’affecter l’ argent des contribuables dans l’achat « de tablettes et de visioconférences », la Société générale, elle, souhaite investir dans les « mobiliers et immobiliers ».

Le scandale s’accentue lorsque l’ on sait que cette banque a dégagé, au second trimestre, un bénéfice net supérieur aux attentes de 1,03 milliard d’euros, auquel s’ ajoutent les 2,2 milliards d’ euros de bénéfices engrangés pour l’ année 2013.

D’ailleurs les chiffres de l’Insee publiés jeudi montrent que si les entreprises ont commencé fin mai à toucher le crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi, l’investissement a reculé au deuxième trimestre. Et ce n’est pas, en appelant les entreprises à « saisir cette chance.) pour investir, innover et embaucher », pour reprendre les mots du ministre des Finances, que celles-ci vont modifier leurs comportements.

La remise en cause du Cice est indispensable alors que ce dispositif va monter en flèche, son montant devrait augmenter de 50 % (le taux passant de 4 % à 6 % de la masse salariale ne dépassant pas 2,5 fois le Smic).

D’ailleurs, le patron du Medef, Pierre Gattaz, si revendicatif habituellement, ne devrait pas, selon les informations du quotidien le Monde, présenter lors de l’université d’été de son organisation la « douzaine de mesures turbo pour générer de l’emploi rapidement » qu’il avait promise il y a peu.

Bien que la liste ne soit qu’un résumé des éternelles doléances du patronat, le message, explique le quotidien, aurait été « potentiellement inaudible pour l’opinion ».

Clotilde Mathieu – Huma quotidien 19 aout 2014

 

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