Dénonçons.

Aucun holocauste n’est tolérable, qu’ils soient récents ou anciens. Tout comme les dictatures, aucune exaction hégémonique d’un culte n’est tolérable. Pourtant le gouvernement israélien avec la bénédiction des grands états de ce monde, ne se prive pas de spolié les habitants séculaires. Si une partie du peuple israélien ne mérite aucune opprobre, dénonçant avec vigueur les extrémistes religieux et ce gouvernement ultra réactionnaire qui se sont couverts d’ignominie.

Dénonçons ce gouvernement socialiste libéral conduit par François Hollande, son ministre des affaires étrangères, offensant plusieurs états et leurs populations par des prises de positions indignes, favorisant l’expansion colonialiste du capitalisme. MC

On oubliera que cet été-là, l’été de la énième expédition punitive sur l’étroite bande de Gaza, qui ressemble de plus en plus à une réserve indienne, alors que le monde entier paraissait prêt à s’embraser, suivant ainsi la sombre prédiction de l’ancien chancelier allemand Helmut Schmidt (« Le danger que la situation s’aggrave comme en août 1914 grandit de jour en jour », le 16 niai), le chef du gouvernement le plus à droite de l’histoire d’Israël a téléphoné à François Hollande pour exiger de lui un soutien encore plus affirmé — et on oubliera que Hollande n’a rien trouvé de mieux qu’obtempérer au plus vite.

Comme on oubliera que Manuel Valls, après avoir jeté déjà beaucoup d’huile sur le feu en prenant ses aises avec la liberté de manifester, a cru habile et digne de profiter de la commémoration du soixante-douzième anniversaire de la rafle du Vél d’Hiv pour se faire le ventriloque des défenseurs les plus acharnés du « Grand Israël« , celui qui ira de la mer au Jourdain : « L’antisémitisme se répand sur internet, dans nos quartiers populaires, auprès d’une jeunesse sans repères, sans conscience de l’Histoire, qui se cache derrière un antisionisme de façade », a-t-il osé déclarer.

Et, effectivement, il faut être privé de « repères » — simplement politiques et moraux, en l’espèce — et n’avoir vraiment aucune « conscience de l’Histoire », ni de ses plus élémentaires responsabilités d’homme d’Etat, pour proférer de pareilles énormités en une occasion aussi solennelle.

Assimiler tout combat politique contre Israël, qui ne respecte ni les résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU à son encontre, ni les accords qu’il a lui-même signés (Camp David, Oslo), aux crimes de l’administration française sous l’Occupation, tout en stigmatisant une fois de plus les « jeunes Arabes de banlieue » — « classe dangereuse« , certes, mais à laquelle il paraît tout de même délicat d’imputer le Vél d’Hiv c’est vraiment très fort. Il fallait oser, Valls l’a fait.

Avouons un fort sentiment d’incrédulité.

Comme quand Hollande croit pertinent de recevoir un rabbin et un recteur de mosquée dans un souci d’apaisement. Comme si c’était ça le problème.

Mais on oubliera tout ça.

Comme on oubliera que Marine Le Pen, l’héritière encombrée du « point de détail » et autres « Durafour crématoire », a assuré la fameuse LDJ (Ligue de défense juive) de son soutien plein et entier, entonnant à son excessive façon la rengaine de l’antisémitisme avéré – et dans sa famille, on s’y connaît! – de toutes ces belles âmes, « idiots utiles » et voyous musulmans qui ne jurent que par le Hamas, en fait, si on gratte un peu.

De son côté, l’historien israélien Zeev Sternhell, spécialiste de l’extrême droite française et « colombe » notoire, déclare au Monde.fr (le 8 août) : « La droite israélienne ferait passer Mme Le Pen et le Front national pour une bande de gauchistes à côté d’elle. »

Mais que veut Netanyahou, au juste ?

« Éviter la création d’un État palestinien viable. C’est son objectif historique et il le fait de différentes façons. »

Alors on oubliera Hollande et Valls, leurs insuffisances, leurs outrances et leurs calculs de boutiquiers, mais on se souviendra que c’est cet été là que cette désespérante certitude s’est installée pour de bon, qu’il a bien fallu reconnaître l’évidence, si longtemps niée par les chancelleries occidentales et si difficile à admettre par tout un chacun, pour peu qu’il se souvienne de Rabin et Arafat, d’Oslo et Washington : la solution des deux États est morte, au mieux en coma profond, et la paix n’est même plus imaginable.

Israël est trop uni et trop fort, les Palestiniens trop divisés et trop faibles — l’hubris d’un côté, le désespoir de l’autre.

Alors ?


Frédéric Bonnaud – Les Inrocks N° 976

Palestine 3

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