EST-CE, TOUJOURS EN PRATIQUANT QUE L’ON APPREND ?

Apprendre le métier par la pratique, c’est depuis toujours le principe de l’apprentissage. En France, il a toutefois fallu attendre 1919 et la loi Astier pour que naisse légalement l’enseignement par alternance. En 1928 est créé le « contrat d’apprentissage ».

En 2012, 297.295 personnes sont entrées en contrat d’apprentissage, du CAP au bac + 5. À ce chiffre, il faut ajouter 156.000 personnes en contrat de professionnalisation. À la différence du contrat d’apprentissage, le contrat de professionnalisation peut concerner des plus de 25 ans et ne relève pas de la formation initiale mais continue.

La place de la pratique dans la formation a aussi inspiré le développement des stages en entreprise dans de très nombreuses formations. Ainsi, par exemple, les élèves de CAP en lycée professionnel doivent effectuer 12 semaines de stage en entreprise (on parle maintenant de « période de formation en milieu professionnel »).

PRATIQUES, COMPÉTENCES ET ESTIME DE SOI

Pour des élèves très majoritairement en échec scolaire, ce passage par la pratique n’est pas seulement nécessaire pour acquérir des compétences, il peut aussi se révéler positif en termes d’estime de soi. « Dans l’entreprise, ces jeunes sont considérés comme des adultes. Nous avons souvent des éloges en entreprise pour des élèves en très grande difficulté tant sur le plan scolaire que comportemental », explique Nelly Gillard, enseignante en vente en 4e et 3e SEGPA (sections d’enseignement général et professionnel adapté). « Un de mes élèves qui refuse systématiquement de participer au nettoyage de la classe était très fier d’avoir nettoyé et rangé la réserve du magasin dans lequel il était en stage », poursuit-elle. Ce changement de statut par la pratique directe est encore plus fort en apprentissage. « Les jeunes en BTS négociation commerciale-relations clients sont en relation avec des vrais clients. En BTS tourisme, ceux qui sont en stage chez des tour-opérateurs négocient des vrais contrats », souligne Sébastien Malige, responsable du service communication et professionnalisation au CFA Stephenson (Paris).

EN CAS DE RUPTURE DU CONTRAT D’APPRENTISSAGE

Si l’apprentissage par la pratique peut se révéler très gratifiant, il peut aussi se révéler difficile. « L’apprenti doit faire face au rythme de l’alternance (une semaine à l’école, une en entreprise); comme tous les salariés il n’a que 5 semaines de congés payés. Il faut être endurant, fiable… », ajoute Sébastien Malige. Et parfois dans l’entreprise, cela ne se passe pas bien. Au point que certains préfèrent jeter l’éponge : 28 % des contrats d’apprentissage sont rompus (chiffre Dares pour l’année 2012).

Ces ruptures ne signifient toutefois pas un abandon de l’apprentissage: dans 20 % des cas, un nouveau contrat est signé.

Le taux de rupture varie selon les secteurs : il atteint les 38 % dans la restauration et n’est « que » de 21 % dans le bâtiment. « Les raisons de la rupture peuvent être diverses : beaucoup sont liées à une mésentente entre l’apprenti et le maître d’apprentissage », note Marie-Hélène Toutin, chargée d’études au centre associé de Lille du Centre d’études et de recherches sur les qualifications (CEREQ) et auteure de plusieurs études sur les ruptures de contrats d’apprentissage. « Certains apprentis peuvent arrêter parce qu’ils se sentent exploités avec des salaires réglés en retard, des heures supplémentaires obligatoires mais ni payées ni récupérées. Ils peuvent aussi dénoncer le fait que les tâches dont ils doivent s’acquitter ne correspondent pas à celles exigées par leurs formations. » Si une minorité d’employeurs peuvent être qualifiés par la chercheuse de « moutons noirs », certains artisans cessent de prendre des apprentis « parce qu’ils ne peuvent s’occuper de leurs apprentis comme ils le voudraient ».

Mélanie Mermoz

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