Gaza : Le blocus d’Israël, fauteur de guerre

L’espace de quelques heures, les rues des villes et des bourgs de la bande de Gaza ont retrouvé leur agitation habituelle. Profitant d’une trêve humanitaire proposée par l’ONU et acceptée par Israël aussi bien que par la résistance palestinienne, les habitants sont sortis dans les rues et la plupart des commerçants ont rouvert leur échoppe.

Devant les distributeurs d’argent et banque c’était la cohue pour retirer quelques billets et, enfin, faire des achats permettant de fêter un peu plus dignement le mois sacrédu ramadan. « Nous sommes venus pour être payés », expliquait Zakaria Ahmed, qui remercie Dieu pour l’accalmie. « Nous espérons que L’Egypte permettra un cessez-le-feu durable, que les morts cesseront et que les points de passage rouvriront. » Abou Youcef, un commerçant qui propose des objets touristiques, a retrouvé son entrain. Le voilà qui déplie des drapeaux palestiniens, propose des broderies traditionnelles. Pas d’illusions pour autant.

La trêve se terminant en début d’après-midi, il a prévu de fermer boutique plus tôt afin de rentrer chez lui. Même son de cloche chez le marchand de légumes adjacent. Pour la première fois depuis dix jours, les rues de Gaza City résonnaient des coups de klaxon des voitures prises dans des embouteillages. Gaza était redevenue Gaza. Ça n’a pas duré.

En réalité, cette trêve humanitaire visait à faciliter les pourparlers en cours au Cafre. Après une première tentative, en début de semaine, de marginaliser la résistance palestinienne avec l’annonce d’un cessez-le-feu dont .aucune organisation palestinienne à Gaza n’avait eu vent et une acceptation immédiate d’Israël de cette initiative égyptienne (prévoyant notamment l’interdiction pour les Palestiniens d’attaquer par air, par mer; par terre, d’utiliser des souterrains, de se servir des roquettes et même de lancer des opérations sur les zones frontalières, en revanche, aucune contrainte pour Israël), qui a tourné cours, il a bien fallu se rendre évidence : le pilonnage intensif de la bande de Gaza n’a pas fait plier la détermination palestinienne.

Blindés, pièces d’artillerie et unités d’infanterie ont été déployés massivement à la frontière, avec quelque 40 000 mobilisés, en vue d’une éventuelle Opération au sol… Peine perdue. L’armée israélienne, qui « demande au cabinet de sécurité d’autoriser une incursion terrestre à Gazaet de rompre ce qui est perçu comme un match nul entre les deux camps », selon le quotidien israélien « Yediot Aharonot », avoue sans le vouloir l’impasse dans laquelle s’est fourvoyé Tel-Aviv. Son but est clair : sous prétexte de « frapper le Hamas », il impose en réalité une punition collective à la population palestinienne dans le but d’isoler la résistance. C’est le contraire qui se produit.

Cette fuite en .avant israélienne inquiète maintenant les alliés les plus indéfectibles d’Israël, à commencer par les États-Unis. D’où cette seconde initiative égyptienne proposée aux parties en présence, prenant en compte, pour une négociation, les conditions palestiniennes d’un cessez-le-feu : la levée du blocus israélien, l’ouverture de Rafah par l’Égypte, l’accès libre de Gaza à la mer, la libération des prisonniers libérés dans le cadre d’un accord précédent mais réincarcérés ces dernières semaines, la possibilité pour les Gazaouis de se rendre à la mosquée d’al-Aqsa à Jérusalem. Des demandes somme toutes légitimes,, qui auraient pu aboutir hier.

Des discussions qui incluaient non seulement le Hamas, mais également un représentant de l’Autorité palestinienne (qui revient ainsi dans le jeu après avoir été, sinon silencieuse, en tout cas peu entreprenante depuis le début de la guerre), ainsi que de hauts responsables des services de renseignements israéliens. Jeudi, en fin d’après-midi (17juillet 2014), les bombardements israéliens avaient repris et les roquettes palestiniennes transperçaient le ciel. « Il y à encore des contacts, nous certifiait Ihab Ghoussein, directeur du département de presse du Hamas. Mais les Israéliens refusent nos demandes. Les Palestiniens n’ont rien à perdre maintenant. Les Israéliens nous tuent et détruisent nos maisons. Israël pensait qu’on allait abandonner. Ils doivent maintenant payer le prix politique du bain de sang qu’ils ont fait couler. »

Akram Attala, analyste politique à Gaza, estime qu’il y a « quelque chose de nouveau dans cette guerre. Comme d’habitude, les Israéliens ont tapé fort, mais il y a également eu des centaines de roquettes palestiniennes qui se sont abattues sur la majorité des villes-israéliennes. Ce qui touche la sécurité d’Israël et sa force de défense. Or, c’est un État qui vit de la force et qui voit qu’en face, il y a maintenant une force palestinienne. Ce qui n’était pas tout à fait le cas avant ». Selon lui, cette guerre aura pour conséquence’ le renforcement du Hamas.

Toutes les organisations palestiniennes sont impliquées

Cette force, la résistance ne la tient pas seulement des armes dont elle dispose. D’abord, contrairement à ce qui est souvent avancé, ce n’est pas seulement le Hamas et sa branche armée qui sont impliqués, mais bien toutes les organisations palestiniennes de la bande de Gaza, y compris le Fatah. Surtout, la population, à sa manière, résiste.

En refusant, par exemple, d’obtempérer aux ordres d’évacuation des quartiers, comme les habitants en sont sommés par l’armée israélienne. Surtout; le blocus inhumain imposé depuis sept ans par Israël conduit les Gazaouis à se ranger de façon déterminée derrière la résistance. « Même en dehors de la guerre, si on va vers Beit Hanoun (au nord de la bande de Gaza – NDLR), les Israéliens nous tirent dessus. Si on va .au sud, à Rafah, les Égyptiens nous empêchent de passer. Et nous n’avons pas le droit de prendre la mer ! » s’emporte Youssra Harara, venue acheter de quoi manger au moment de la trêve humanitaire. « On dépense notre argent pour envoyer nos enfants à l’université et quand ils en sortent, ils n’ ont pas de travail. »

Le blocus affecte profondément la vie quotidienne des Gazaouis : fioul, gaz et gasoil sont quasi introuvables et l’eau potable se fait rare. L’embargo sur les médicaments a même été critiqué par l’Organisation mondiale de la santé. Les chiffres sont alarmants : 70% des habitants de Gaza vivent en dessous du seuil de pauvreté, près de 40 % de la population est au chômage et le PIB dégringole.

À quoi rêve Alaa El Khoudri, vingt et un ans, petit vendeur dans une épicerie ? rien! « On est une famille de quatorze personnes. On vit dans deux chambres. J’espère que viendra le jour où je pourrai construire une maison. Mais c’est impossible. Avant, les grands commerçants nous fournissaient la marchandise à crédit. Maintenant, il faut payer cash. Le problème est que les clients n’ont pas d’argent et achètent à crédit. Avant, on vendait pour 1300 shekels de produits par jour. Maintenant, si on arrive à 400 shekels, on est content, dit-il. Quant à ma maison, non seulement je n’ai pas l’argent, mais en plus, les Israéliens, avec le blocus, empêchent les matériaux nécessaires d’arriver dans la bande de Gaza. »

Youssra Harara acquiesce. « Pour arriver à construire une maison, il faut dix ans. Elle est détruite en cinq minutes par les Israéliens. Est-ce que c’est normal ? » La vie à Gaza se résume à une survie, comme elle le montre : « On ne mange jamais de poulet, ni de viande. Si j’ai 10 shekels, j’achète des tomates, des patates, des concombres, on met un peu de sel dessus et on mange. Toutes les familles palestiniennes sont dans le même cas, de Beit Hanoun à Rafah. »

Ici, c’est comme une prison,mais en plus grand. Nous n’avons plus rien

Assis dans son échoppe où les clients se font plus rares, revendeur de pain et de biscuits, Ayoub el Zahana, sexagénaire, paraît exténué. « Ici, c’est comme une prison, mais en plus grand. Nous n’avons plus rien. Quand les salariés ont leur paye, on vend pendant deux ou trois jours et puis ensuite, plus rien. Je souhaite la paix. Mais depuis 1948, Israël fait la même chose, souffle cet homme issu lui-même d’une famille de réfugiés palestiniens. « Nous voulons la paix, pas Israël. Pourquoi n’avons-nous pas le droit d’avoir notre État ? Depuis sept ans, c’est toujours la même chose, des souffrances et la guerre. Nous n’avons mémé plus le gout de la vie. »

Comme toutes les personnes rencontrées, Youssra Harara n’en peut plus. Pas tant à cause de la guerre elle- même et des souffrances occasionnées, que des conditions extrêmes clans lesquelles elle et sa famille sont obligées de subsister. « On ne veut pas grand-chose, on veut respirer! s’emporte-t-elle, criant presque. On veut vivre, tout simplement. On est avec les résistants parce qu’ils font ç’a pour nous, pour nous défendre .Si Israël veut qu’on le respecte, il faut qu’il nous respecte. Si la situation ne change pas; on attaquera tous Israël, c’est sûr.

Contre le mur d’enceinte du Parlement palestinien déserté, un panneau publicitaire a résisté aux bombardements. Une large affiche vantant un film diffusé par la chaîne al-Aqsa, « le Jardin de la mort ». On y voit un combattant palestinien transportant un soldat israélien inconscient. En fond, se dessinent un char et deux hélicoptères de type Apache. Le film a fait fureur, parait-il!

Pierre Barbancey – Huma quotidien WE

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