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Entre 2000 et 2010, environ 40 % des fermes laitières ont disparu en France alors même que la taille moyenne des troupeaux a progressé de 48 %. Pourtant un industriel du BTP tente d’installer dans la Somme (Picardie) une gigantesque ferme laitière de 1 000 vaches. Cette ferme-usine n’est pas tant destinée à produire du lait qu’à fournir des déjections pour « alimenter » une unité de méthanisation. Au-delà de sa taille disproportionnée qui rend impossible tout respect des animaux (1 000 vaches enfermées sur 8 500 m2), ce projet consacre une logique d’industrialisation forcenée de l’agriculture et réduit les vaches à un rôle de productrices de lisier. Il constitue un cheval de Troie pour une agriculture encore plus industrielle et cynique. C’est pourquoi, où que nous habitions, nous devons nous mobiliser pour bloquer ce projet

Un projet de m…

Une ferme de 1 000 vaches n’a aucune justification alimentaire ni économique. En outre, elle contribue à aggraver la surproduction en faisant baisser les cours, ce qui fragilisera encore plus les élevages à taille humaine : ce gigantisme est donc néfaste aux éleveurs laitiers herbagers respectueux des attentes sociales et environnementales.

Le but principal de cette usine à vaches n’est de toute façon pas de produire du lait ou de la viande, mais des déjections (lisier). Ce lisier doit en effet permettre de faire tourner une unité de méthanisation, de façon à produire de l’électricité en profitant des subventions à la méthanisation ! La motivation du groupe Ramery n’est pas agricole ni alimentaire mais financière : il s’agit pour cet industriel du BTP de placer son argent dans un processus industriel qui lui permettra de capter des aides publiques pour le faire fructifier. Nos impôts iraient donc indirectement enrichir un « chasseur de primes » dont le bien-être animal est le cadet des soucis !

Une injure l’écologie et à l’éthique

Ce type d’entreprise ne mérite pas l’appellation d’élevage, tant les conditions concentration­naires empêchent tout respect des fondamentaux physiologiques des animaux. Il est matériellement impossible de s’occuper quotidiennement et correctement de 1 000 vaches, sauf à mobiliser 50 salariés à plein temps, ce qui serait contradictoire avec l’objectif économique de l’opération (il est prévu 13 salariés, soit 30 emplois de moins que ce que créeraient 20 fermes de 50 vaches). Entassées sur un seul site, ces vaches ne disposeront de toute façon ni d’espace décent dans le bâtiment, ni de mobilité extérieure (elles ne pourront pas aller pâturer), ni d’attention quotidienne, ni d’alimentation cohérente avec leur physiologie : c’est une aberration en matière d’éthologie (mode de vie animal) et une indignité éthique.

La vache n’est dès lors plus un animal sensible mais une usine à lait et à déjections !

Les deux solutions seront soit un abus de traitements préventifs pour réduire les risques, soit des soins vétérinaires de choc, massifs et dangereux. Dans les deux cas, cela conduira à une surmédicamentation, donc à un lait malsain et à une course à la résistance des maladies.

Enfin, un tel nombre de bovins nécessite une consommation d’eau

considérable (40 000 m3 par an), qui ne pourra pas être assurée par le circuit municipal, trop chloré. Il faudra donc puiser directement dans la nappe phréatique locale, qui sera elle-même polluée par l’épandage du digestat (nitrates), les résidus de médicaments (notamment antibiotiques), etc. Il faut ajouter à cela les grandes quantités d’eau qui seront utilisées pour nettoyer la salle de traite et le hangar. Cette eau-là pourra provenir du réseau d’eau potable… mais ce sera celle du village voisin car le captage le plus proche a été fermé à cause de sa contamination par les pesticides.

Nous pourrions ajouter à la liste les nuisances et pollutions dues aux passages incessants des camions et tracteurs utilisés pour apporter les aliments (40 tonnes par jour) et évacuer les digestats à épandre !

Une incohérence agronomique et zootechnique

La ferme-usine de M. Ramery ne pourra pas assurer directement l’alimentation des animaux : il faudrait en effet environ 1 000 hectares de pâturages pour permettre de les nourrir sur place ; or il est matériellement impossible et grotesque d’imaginer mener tous les jours des animaux sur de telles distances et les ramener matin et soir pour la traite. Le gigantisme annule par définition toute cohérence agronomique.

Les vaches seront donc nourries à base d’aliments concentrés dont la matière première est importée du Brésil et contribue à la déforestation, à la pauvreté et à la fragilité alimentaire de ses populations. N’oublions pas, par ailleurs, que le soja brésilien est très massivement OGM et/ou très fortement traité aux pesticides. Qui plus est, il est aberrant de prétendre produire de l’électricité… en mettant en œuvre un système dont le bilan énergétique est très négatif, compte-tenu du transport à longue distance des aliments du bétail et des émissions de CO2 qu’il engendre.Des hommes dont le rôle sera de distribuer des granulés à des vaches en batterie, d’administrer des traitements

Systématiques et automatiques, d’épandre des « digestats » azotés issus de la méthanisation sur plusieurs milliers d’hectares et de surveiller le fonctionnement de machines gigantesques (salle de traite et méthaniseur), sont-ils encore des éleveurs ? Une ferme qui cherche à produire le plus de lisier possible, pour qui le lait n’est qu’un sous-produit sans qualité ni valeur, et qui utilise les animaux comme s’ils étaient une matière première inerte, est-elle encore un élevage ?

Le non-respect du permis de construire

Décidé à passer en force, l’industriel a déjà engagé la construction de bâtiments sur le site prévu. Mais ces premières constructions ne respectent pas le permis de construire qui lui a été accordé ! Déplacé par rapport au plan initial, l’un des bâtiments se retrouve sur une zone archéologique. Agrandi par rapport au projet autorisé, le bâtiment principal dépasse l’écart admis pour une « rectification » du permis. Si les ministres souhaitent, comme ils l’ont annoncé, utiliser les textes possibles pour bloquer le projet, c’est très simple pour eux : il leur suffit de refuser le permis de construire modificatif.

Vous aussi, dites « Non ! » à ce nouveau grand projet inutile, qui engagerait une dérive injustifiable.

Pour plus d’informations : Association Novissen : http://www.novissen.com  –  Vidéo La vache en colère : http://bit.ly/video-1000vaches