Eux, ils défendent les « mal » et les « pas » logés.

Le collectif des associations unies a installé lundi une trentaine de tentes le long du canal Saint-Martin à Paris pour défendre les mal-logés et sensibiliser sur ce problème, la ministre du Logement Sylvia Pinel. Une rencontre décevante selon le porte-parole du collectif et directeur adjoint de la fondation Abbé Pierre, Christophe Robert.

INTERVIEW – Julien Rebucci – Pourquoi avez-vous choisi d’installer cette trentaine de tentes, a Paris ?

Christophe Robert. Ça fait deux mois que le nouveau gouvernement est en place. Nous avons rencontré Sylvia Pinel, la ministre du Logement il y a un peu plus d’un mois, puis le Premier ministre Manuel Valls, il y a 3 semaines, pour leur faire part des tensions qu’on ressent sur le terrain vis-à-vis des personnes qui sont soit sans-abri, soit mal logées. On a échangé avec le gouvernement sur cette situation du mal logement, sur les difficultés que rencontrent ceux qui, pendant l’hiver, accompagnent les personnes en difficulté, car ils n’ont pas de logement et sur les lieux d’hébergements temporaires qu’on a ouverts pour y remédier. Mais on n’a pas senti d’intérêt manifeste sur la question du logement en général et en particulier concernant les personnes en difficulté.

Julien Rebucci – Votre collectif qui regroupe 34 associations avait-il d’autres revendications ?

Christophe Robert. Il y a un autre sujet d’inquiétude qui recoupe cette problématique, c’est le gel annoncé par le gouvernement des aides au logement, les APL. Nous avons voulu mener notre action pour dire que ce n’était plus possible. Nous avons choisi la journée du 9 juin, car elle correspond à la journée de solidarité. De plus, elle se situait avant le Conseil des ministres (du mercredi 11 juin) qui doit clarifier la manière dont le gouvernement compte financer les 50 milliards du plan d’économie prévu par le gouvernement.

Julien Rebucci – Quel est votre sentiment par rapport à la prise de conscience du problème par le gouvernement ?

Christophe Robert. Le sentiment global qu’on a eu, c’est que le gouvernement se réorientait vers les ménages qui risquaient de rentrer dans le barème de l’impôt et qui ne vont finalement pas y entrer comme l’a annoncé le Premier ministre. On parle donc des classes moyennes inférieures qui sont certes fragilisés. On a tout à fait conscience que nous devons être attentifs à cette catégorie de la population. Mais ça ne doit pas se faire avec un effet de balancier qui laisse de côté les plus fragiles. Et notamment les plus pauvres, les modestes et les mal-logés à qui on doit donner le plus rapidement une nouvelle perspective.

Julien Rebucci – Combien de personnes sont en situation de mal logement aujourd’hui en France ?

Christophe Robert. Il y trois millions et demi de personnes mal logées dont 140 000 SDF. Par contre, les aides aux logements qui vont être gelées touchent, elles, 6,3 millions de ménages. Donc là, avec cette mesure, le gouvernement, en réalité, nuit au pouvoir d’achat des ménages les plus pauvres car ce sont eux qui en bénéficient – les modestes -, mais aussi les classes moyennes inférieures. En gros, la quasi-totalité de ceux qui bénéficient de ces aides aux logements font partie des 30% des ménages aux revenus les plus bas en France.

Julien Rebucci – Cette action prévue au mois de juin, est-ce aussi une façon de mettre en avant le fait que les mal-logés ne sont plus du tout protégés hors période de trêve ?

Christophe Robert. Il y a effectivement cette dimension-là. L’opinion publique est bien moins sensibilisée à ces questions en cette période de l’année. Simplement, en accompagnant les mal logés au quotidien, on a remarqué que ceux qui sont en difficulté pour payer leur loyer, parce qu’il y a eu une flambée des coûts du logement et des loyers ces dernières années et qui rencontrent des difficultés également sur le front de l’emploi, sont entrés dans une période de grosse menace en ce qui concerne l’expulsion locative. La trêve s’est terminée le 31 mars et on craint de voir augmenter une fois de plus le nombre de personnes expulsées de leur logement.

Notre revendication portait donc sur la mise en place d’une vraie politique offensive de prévention des expulsions locatives. De plus, on a assisté ces dernières semaines, au retour à la rue de nombreuses personnes, en dépit des annonces de fin de la gestion hivernale dans plusieurs grandes villes comme à Lyon, Marseille, Lille ou Paris. Là aussi on a voulu alerter le gouvernement en leur disant : “Quelle indignité, quelle hypocrisie”. Ces gens n’ont pas besoin d’une épée de Damoclès tout au long de l’année.

On a abordé ce point avec le cabinet de Sylvia Pinel en leur disant qu’il fallait absolument qu’ils reprennent la main sur ces questions-là pour offrir des perspectives dignes à ces personnes. Et en leur offrant des perspectives, en ne les laissant pas se demander “Mais qu’est-ce qui va bien pouvoir m’arriver demain ?” On parle de gens qu’on est en train de mettre à la rue, tout simplement.

Julien Rebucci – Comment s’est passé le rendez-vous ? Que vous a-t-on dit ?

Christophe Robert. On a rencontré la directrice de cabinet de Sylvia Pinel, ainsi que la conseillère chargée des questions d’hébergement et de logement et le délégué interministériel à l’hébergement. On a été déçus, il n’y a pas eu d’annonces concrètes. On nous a confirmé le gel des APL jusqu’en octobre 2015.

On nous a fait des affirmations de principes sur la question hivernale de l’hébergement avec la volonté de construire plus de logements sociaux et accessibles, de mettre en place une politique plus importante de lutte contre les expulsions. Mais ce ne sont des principes, c’est gratuit. Mais comment y arriver ? Avec quels moyens ? Et quels dispositifs ?

Le seul point qui nous rassure un peu et qui nous laisse espérer que nous aurons prochainement des réponses concrètes, c’est la promesse d’une rencontre entre la ministre et les 34 associations, début juillet, pour nous présenter la feuille de route du ministère sur la recherche de solution pour les mal-logés. Elle devra nous dire comment elle compte sortir de cette catastrophe sociale.

Julien Rebucci – Vous sortez relativement déçus de cette réunion, le mouvement peut-il reprendre ces prochains jours ?

Christophe Robert. Pour commencer, nous allons communiquer, à la suite de la rencontre d’hier au cabinet. Sur la question du gel des APL, maintenant qu’on a une fin de non-recevoir, on va très vite se tourner vers les parlementaires pour les sensibiliser et les associer à notre volonté de faire infléchir cette décision injuste et mauvaise du gouvernement. Donc, il y a cet enjeu immédiat autour des parlementaires qui vont débattre aujourd’hui du projet de lois de finance rectificative. De là à savoir comment on va prolonger notre mouvement d’ici la réunion prévue début juillet, même si je suis porte-parole du collectif (des associations unies – ndlr), je dois d’abord rencontrer les 33 autres associations. On va prévoir une réunion très rapidement pour tirer les conséquences de notre réunion au ministère.

Julien Rebucci – Vous n’excluez donc pas de poursuivre le mouvement ?

Christophe Robert. Pas du tout ! Si ça continue comme ça, on poursuivra évidemment. C’est maintenant que l’on doit agir contre l’exclusion, la pauvreté et en particulier le mal logement compte tenu de son caractère déterminant. On ne peut plus entendre le gouvernement nous dire qu’on attend une éventuelle reprise pour que les APL puissent être dégelées. Non, nous sommes en profond désaccord avec eux sur ce point, on ne peut pas attendre. On restera très mobilisés.

Julien Rebucci – lesinrocks.com – Permalien

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