FN : Faire du faux avec de vrais chiffres …

La présidente du Front national aime à jouer avec les statistiques, mélangeant « étrangers » et « immigrés tout en gonflant les chiffres de l’agence Frontex.

Petite mise au point.

Agiter les peurs sur l’immigration. Ce vieux fonds de commerce du Front national trouve toujours une caisse de résonance lors des échéances électorales. Et ce scrutin européen n’échappe pas à la règle. À l’approche du 25 mai, le parti d’extrême droite multiplie les sorties outrancières et les manipulations de chiffres. Dernier exemple lors du meeting de Marine Le Pen, samedi, à Lens (Pas-de-Calais). La présidente du FN et candidate aux européennes a bombé le torse pour livrer son tableau apocalyptique.

Nous nous trouvons submergés par l’immigration, une immigration qui est devenue absolument considérable », a-t-elle lâché, allant jusqu’à évoquer une « bombe à fragmentation ». Une rhétorique guerrière que contredisent les chiffres bien connus mais sur lesquels le FN aime entretenir l’amalgame.

Une « submersion » imaginaire

Environ 3,8 millions de personnes de nationalité étrangère vivent en France, soit 6 % de la population. Un chiffre stable depuis les années soixante-dix. Difficile de parler « d’invasion ». Le flux annuel d’étrangers obtenant un titre de séjour ne varie guère ces dernières années. Quelque 193.600 personnes ont obtenu le droit de séjourner en France en 2012, soit à peu près le même nombre qu’en 2011.

En fait, le FN, afin de gonfler les chiffres, aime à mélanger la notion d’« étranger » (une personne qui réside en France et ne possède pas la nationalité française) et celle, plus vaste, d’« immigré » (un immigré qui, par exemple, acquiert la nationalité française n’est plus « étranger » mais reste, selon l’Insee, un immigré). La France métropolitaine se situe ainsi au 6e rang pour le nombre d’immigrés (6,6 millions). Mais, en pourcentage de la population totale (10,7 %), elle n’occupe plus que la 54e place. La « submersion » telle qu’imaginée par Marine Le Pen est donc toute relative.

Évidemment, sur le plan européen, la présidente du Front national a beau jeu d’agiter le spectre de l’immigration « clandestine ». Le 7 mars dernier, elle a notamment brandi une augmentation de « 48 % » de cette dernière. Un chiffre pour le coup exact. Mais totalement sorti de son contexte. Car ce pourcentage, diffusé par l’agence Frontex, ne représente pas l’immigration clandestine – par nature difficile à comptabiliser. Mais l’augmentation du nombre de migrants « détectés » en train de franchir les frontières de l’Union.

« Comme le précise l’agence Frontex elle-même, cette hausse est due principalement à l’augmentation des identifications aux frontières maritimes italiennes après le drame de Lampedusa mais aussi à la situation humanitaire dramatique en Syrie », souligne Marie-Christine Vergiat, députée européenne Front de gauche.

De fait, ce que Marine Le Pen se garde bien de préciser c’est que l’évolution des chiffres de Frontex montre surtout le lien étroit entre l’arrivée de migrants dans l’UE et les conflits internationaux.

En 2011, 140.000 migrants avaient tenté de rejoindre l’UE en raison des révolutions arabes. Des chiffres qui ont baissé en 2012 avant de remonter en 2013, avec des migrants principalement syriens et érythréens. Mais pas « d’invasion » non plus.

Au final, seuls 80.000 réfugiés syriens ont introduit une demande d’asile auprès des pays de l’UE, alors que leur nombre dans les pays voisins de la Syrie est estimé à 2,4 millions par le Haut-commissariat aux réfugiés. Mises à part la Suède et l’Allemagne, les pays de l’UE traînent des pieds pour leur accorder.

Mais visiblement pas assez au goût de Marine Le Pen.

Laurent Mouloud – Huma quotidien.

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