L’Énergie fossile, est-elle toujours d’actualité !

Un excellent article sur l’énergie fossile et les conditions dans lequel son exploitation n’est pas prête de s’éteindre au profit des énergies renouvelables qui continuent dans les conditions actuelles a posé les limites de son exploitation et diffusion. MC

Le troisième âge du carbone

A l’heure du changement climatique, quand on parle d’énergie et d’économie, les apparences sont souvent trompeuses. La plupart d’entre nous croient (ou veulent croire) que l’âge des énergies renouvelables détrônera bientôt la deuxième ère carbonique, l’âge du pétrole, de la même manière que le pétrole avait, il y a longtemps, supplanté le charbon. C’est exactement ta vision offerte par te Président Obama dans son allocution de juin 2013, qui a suscité tant d’éloges. Il est vrai que nous aurons besoin des énergies fossiles un peu plus longtemps, a-t-il concédé, mais les énergies renouvelables ne tarderont pas à les dépasser.

Beaucoup d’experts partagent ce point de vue, nous assurant que le recours au gaz naturel « propre » combiné à l’expansion des investissements dans les énergies solaire et éolienne permettra une transition en douceur vers un avenir tout en énergies vertes dans lequel l’humanité ne déversera plus de dioxyde de carbone ou d’autres gaz à effet de serre dans l’atmosphère. Tout cela semble prometteur, en effet.

Seule ombre au tableau : en réalité, ce n’est pas cette voie-là que nous sommes en train d’emprunter.

L’industrie de l’énergie n’investit pas significativement dans les énergies renouvelables. Au lieu de cela, elle reverse ses profits historiques dans de nouveaux projets de combustibles fossiles, principalement liés à l’exploitation du pétrole et du gaz dits « non conventionnels ».

Le résultat est sans appel : l’humanité n’entre pas dans une période qui sera dominée par les énergies renouvelables. A la place, elle ouvre la voie à la troisième grande ère carbonique, l’âge du pétrole et du gaz non conventionnels. Le fait que nous nous embarquions dans une nouvelle ère carbonique est de plus en plus évident et devrait tous nous déconcerter. La fracturation hydraulique — technique qui permet, grâce à l’utilisation de colonnes d’eau envoyées à haute pression, de briser les formations de schiste souterraines et de libérer les réserves naturelles de gaz et de pétrole qui y sont emprisonnées — est mise en œuvre dans un nombre croissant de régions américaines et de pays étrangers. Dans le même temps, l’exploitation de pétrole lourd très carbonique et de sables bitumineux s’accélère au Canada, au Venezuela et ailleurs.

Certes, de plus en plus de fermes éoliennes et de panneaux solaires sont en cours de construction, mais il y a un hic : dans les décennies à venir, l’investissement dans l’extraction et la distribution de combustibles fossiles non conventionnels devrait devenir au moins trois fois plus élevé que les dépenses dans les énergies renouvelables. Selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE), organisation de recherche intergouvernementale située à Paris, l’investissement mondial cumulé dans l’extraction et la transformation de nouveaux combustibles fossiles atteindra une somme estimée à 22.870 milliards de dollars entre 2012 et 2035, tandis que les investissements dans les énergies renouvelables, l’hydroélectricité et l’énergie nucléaire s’élèveront à seulement 7.320 milliards de dollars. Durant cette période, les investissements dans le pétrole seul, estimés à 10.320 milliards de dollars, devraient dépasser les dépenses pour l’énergie éolienne, solaire, géothermique, hydraulique, nucléaire, les biocarburants et toutes les autres formes d’énergies renouvelables combinées.

En outre, comme l’explique l’AIE, une part sans cesse croissante de cet investissement vertigineux dans les combustibles fossiles sera consacrée à des formes non conventionnelles de pétrole et de gaz : les sables bitumineux canadiens, le pétrole brut extra-lourd vénézuélien, les gaz et pétrole de schiste, les profonds gisements énergétiques marins d’Arctique et autres hydrocarbures tirés de réserves autrefois inaccessibles. L’explication est assez simple : l’offre mondiale de gaz et de pétrole conventionnels — carburants issus de ressources facilement accessibles et exigeant un minimum de traitement — est en train de fondre. Compte tenu d’une augmentation de la demande globale de combustibles fossiles estimée à 26 % entre aujourd’hui et 2035, une part de plus en plus importante de l’approvisionnement énergétique est amenée à être assurée par les combustibles non conventionnels.

Dans un tel monde, une chose est sûre : les émissions mondiales de carbone vont grimper au-delà de nos pires prévisions, ce qui signifie que les intenses vagues de chaleur deviendront monnaie courante et que nos quelques zones encore sauvages seront éviscérées. La planète bleue sera un jour — peut-être plus proche que ce que l’on imagine — une terre rude et inhospitalière. A la lumière de ce constat, il vaut la peine de prendre du recul et de la profondeur, en explorant chaque âge carbonique afin de comprendre comment nous nous sommes retrouvés dans une telle situation.

La première ère carbonique

La première ère carbonique a commencé à la fin du XVIIIe siècle avec l’introduction de la machine à vapeur, alimentée avec du charbon, que toutes sortes d’entreprises industrielles ont rapidement adopté. Initialement utilisé pour alimenter les usines de textile et….

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Auteur de l’article : Michael Mare, professeur au Hampshire College, auteur de The Race for What’s Left (Picador, 2012). Ce texte est la traduction de l’article « The Third Carbon Age. Don’t for a Second Imagine We’re Heading for an Era of Renewable Energy », publié en août 2013 sur le site Tom Dispatch (www.tomdispatch.com/ blog/175734). Nous remercions The Nation Institute et Michael Klare de nous avoir autorisés à le reproduire.

Traduction en français d’Antoine Machut, paru dans la Revue « L’Économie politique N° 62 » – Éditeur : Alternatives Économiques.