Ces intégristes au pouvoir, contre la loi Taubira.

Elues de la République, grâce à l’UMP qui les a accueillies sur ses listes aux élections municipales. Catherine Giner à Marseille, Caroline Carmantrand à Asnières et Delphine Julien à Chambéry, choisies comme adjointes en charge de la famille dans leur municipalité, sont des figures de l’opposition au mariage homosexuel et se sont activement engagées contre la promulgation la loi Taubira.

« Attribuer cette responsabilité-là, c’est presque de la provocation. Ce quatrième mandat de Jean-Claude Gaudin, c’est vraiment la prime aux réactionnaires », déplore l’ex-tête de liste Front de gauche et conseiller municipal à Marseille. La nomination de la responsable Provence de la Manif pour tous (LMPT) à ce poste le préoccupe énormément. Et pour cause : elle illustre selon lui la porosité croissante entre la droite dite classique et les intégristes. « C’est la preuve qu’il ne s’agit pas seulement d’un calcul électoral mais d’une véritable adhésion aux idées qui remettent en cause les valeurs de la République. Cela leur donne une légitimité et cela les banalise. » C’est justement le but des militants LMPT, qui de plus en plus tombent le masque et quittent une posture « apolitique » dans laquelle ils se drapaient à la moindre question.

Le mouvement et sa présidente, Ludovine de La Rochère, ont lancé pendant la campagne une « charte des municipales » signée par plus de 1300 candidats. Parmi eux, des ténors, comme Éric Woerth, Hervé Mariton ou Laurent Wauquiez. Ces derniers s’engagent ainsi à soutenir l’abrogation de la loi Taubira, une fois au pouvoir, mais aussi à déléguer une personne en accord avec la charte dans les écoles et les conseils d’administration des collèges et des lycées de leur commune… Sur les 672 têtes de liste signataires, 85 % sont aujourd’hui maires.

« La mobilisation LMPT contre la réforme de civilisation Taubira a structuré la droite. Ceux qui l’ont compris ont été élus », considère Arnaud Bouthéon, coprésident de Sens commun, mouvement issu des manifestations qui a officiellement rejoint l’UMP. Une union politique qui rappelle l’adhésion très rapide des personnalités de droite aux revendications des anti-mariages pour tous. Le président de l’UMP, Jean-François Copé, lui-même défilait sous les drapeaux roses et bleus, sans se soucier des extrémistes à ses côtés. Maire de Meaux, il a de nouveau donné l’exemple aux municipales puisque Franck Bouvrain, ancien coordinateur de LMPT, est désormais conseiller municipal délégué à l’artisanat, aux foires et aux marchés.

Et ce n’est pas tout.

À La Roche-sur-Yon, Anne-Sophie Fagot, représentante de Sens commun en Vendée, est devenue adjointe à la famille, petite enfance, éducation et rythmes scolaires. Une délégation confiée par le maire UMP Luc Brouard qui scandalise les élus socialistes. Dans un communiqué, ils dénoncent une connivence avec « celles et ceux qui refusent l’égalité des droits pour les couples et les familles dans leur diversité ». L’un des seuls barons de l’UMP favorable au mariage pour tous, Alain Juppé, s’est lui aussi plié à l’exercice de l’ouverture avec le fondateur de LMPT Gironde, Édouard du Parc, désormais conseiller municipal à Bordeaux.

Dans la course à qui mettra un signataire de la charte sur sa liste, les élus de droite et d’extrême droite ont été très nombreux à ouvrir grand leurs bras. Même le centriste François Bayrou est allé chercher son joker, en la personne de Frédéric Dayan, nouveau conseiller municipal de Pau. Un dernier pour la route ? Laurent Hénart, membre de l’UDI et maire de Nancy, a choisi Pierre de Saulieu, responsable LMPT Lorraine, comme conseiller délégué aux écoles. « Nous serons particulièrement vigilants (…) à ce que la liberté pédagogique des enseignants ne soit à aucun moment remise en question et à ce que cette délégation ne permette pas d’instaurer dans notre ville un climat de défiance envers l’école publique et les valeurs d’égalité, de laïcité et de progrès social qu’elle incarne », prévient l’opposition de gauche.

« La séparation entre la sphère religieuse privée et la sphère politique publique vole en éclats. »

Un travail identique sera sans doute également engagé à Asnières, repassé à droite en mars, où le maire UMP Manuel Aeschlimann a fait coup double : Hortense Callens est conseillère municipale déléguée à l’éducation et aux relations avec les parents d’élèves, en plus de Caroline Carmantrand, maire adjointe à la famille et à la petite enfance. La première, catholique pratiquante, est mère au foyer avec sept enfants. La seconde est cofondatrice des Mères veilleuses, un mouvement anti-loi Taubira. Toutes les deux se sont fait connaître au sein d’un groupuscule qui entonnait des chants religieux en plein conseil municipal pour protester contre le mariage pour tous. « Il y a des lobbies qui sont près des hommes politiques. Il faut qu’on fasse pareil, déclarait la nouvelle adjointe au micro de France Info. Aeschlimann avait sûrement besoin de nos voix. Je ne suis pas complètement naïve. Mais ce n’est pas grave. Moi, ce que je vois, c’est que je vais pouvoir faire passer mes idées. C’est ce que j’appelle faire de l’entrisme. » Luc Bérard de Malavas, adjoint PS sortant à la jeunesse et aux sports, se déclare fondamentalement révolté d’assister à une « vraie remise en cause de la laïcité. La séparation entre la sphère religieuse privée et la sphère politique publique vole en éclats ». Selon lui, Aeschlimann a joué à fond la carte d’un intégrisme pour lequel des groupes catholiques et musulmans tractaient main dans la main.

Une bataille qui risque de se poursuivre lors des élections européennes, puisque LMPT proposera une nouvelle charte.

Soisic Pellet et Aurélien Soucheyre