Sortir de la violence faite aux femmes

L’Institut de santé génésique vient en aide aux femmes victimes de tous les types de violence. Avec vingt-cinq professionnels, tous bénévoles, il assure une prise en charge globale.

UNE EXPÉRIENCE PILOTE EN MANQUE DE MOYENS FINANCIERS

Aucune subvention n’est allouée à l’Institut de santé génésique (ISG), selon sa directrice, Frédérique Martz. À l’exception de celle de la mairie de Saint-Germain-en-Laye. Le conseil général devrait mettre la main au porte-monnaie. Actuellement, le centre fonctionne avec des donations préfigurant une fondation. Alors que les services publics envoient régulièrement à l’institut des personnes qui ont besoin d’aide, ni les services du ministère des Droits des femmes ni le gouvernement ne prennent part financièrement à cette expérience pilote. « Il nous faut de l’argent pour payer les professionnels, lesquels ne peuvent indéfiniment travailler bénévolement », précise Frédérique Martz. L’humoriste Florence Foresti en est marraine.

°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°

C’est un lieu unique, pensé par des professionnels engagés.

Un lieu magique pour des femmes qui y entrent cassées, en ressortent débordantes de vitalité. L’Institut de santé génésique (ISG), situé à Saint- Germain-en-Laye, dans les Yvelines, département aussi grand que riche d’Ile-de-France, a ouvert, depuis sa création en janvier 2014, plus de cinquante dossiers concernant des victimes de violences conjugales, d’inceste, d’excision ou de viol.

Elles ont à leur disposition des assistantes sociales, des juristes, des psychologues, des médecins généralistes et des gynécologues. En un même espace. Et cela change tout. Ces femmes devaient auparavant effectuer un parcours du combattant pour tenter de fuir l’ombre qui les submerge depuis une dizaine, voire une vingtaine d’années.

« Moins de 1% des victimes arrivent dans le parcours de plainte »

Sarah (1) quitte le bureau de l’assistante sociale, sourire aux lèvres. « J’avais tant réfléchi, tant pleuré avant de prendre la décision de divorcer. Il y a dix-sept ans, je recevais les premiers coups de mon mari, j’étais enceinte de deux mois… Il refusait que je travaille… J’étais isolée… » À quarante-trois ans, cette mère de trois enfants commence enfin à respirer. Le jour où elle a franchi les portes de l’institut, découvert par le bouche-à-oreille, elle a retrouvé « l’espoir » et « le courage » d’aller au bout de la séparation avec l’époux. « J’ai été agréablement surprise de trouver ici tous les professionnels dont j’ai besoin pour m’en sortir. J‘ai pu être emmenée aux urgences pour de graves problèmes de perte de poids, voir une juriste et une psychologue, avec qui j’ai pu évoquer ma peur des menaces et des choses qui me faisaient mal depuis si longtemps », raconte Sarah.

Son époux l’ayant privé de compte bancaire, elle était venue au départ pour simplement « comprendre le fonctionnement du système et accéder a (ses) droits ». Fraîchement peint, l’Institut de santé génésique, implanté au cœur du centre hospitalier de Saint-Germain-en-Laye, est modestement équipé, mais parfaitement fonctionnel.

Vingt-cinq bénévoles se relayent pour accueillir les victimes, les renseigner, les orienter, les soulager. Il est l’œuvre de Frédérique Martz et Pierre Foldès. Une femme et un homme qui se sont lancés dans l’aventure, désespérés par l’échec du système de prise en charge. « Moins de 1 % des victimes arrivent dans le parcours de plainte », rappelle Pierre Foldès, chirurgien renommé dans la reconstruction du clitoris mutilé.

« Il fallait rassembler dans une même unité toutes les compétences nécessaires afin de suivre complètement les victimes de violences. Fragilisées, elles peuvent vite se décourager et vivre une errance prolongeant d’autant plus leur incertitude d’être sur le bon chemin du retour à la vie normale », souligne Frédérique Martz, directrice de l’institut. Lequel est « le prolongement de mon engagement chirurgical, confie le médecin. Avant d’opérer les femmes,je prends le temps nécessaire pour les écouter. » C’est d’ailleurs, dit-il, « la privation de parole » qui est le dénominateur commun des personnes accueillies. « Toutes les histoires racontent la confiscation de la parole, la mise en marge de nécessaires», s’indigne le docteur qui se revendique « militant ».

Une violence psychologique

Les deux fondateurs ont su s’entourer de professionnels passionnés par cette expérience, intéressés par la cohabitation des différents corps de métiers, et par « le travail de cohésion », précise Lucie Robin, juriste. « C’est un confort à la fois pour nous et pour les victimes qu’il faut prendre en charge dans leur globalité », poursuit-elle.

Sarah et les autres femmes, lui sont adressées par Claudine Sebilo la discrète infirmière. « Elles arrivent systématiquement en pleurs. Et, comme une fleur, elles repartent avec le sourire », confie-t-elle, émue. Son rôle est de les recevoir dès qu’elles pénètrent dans le pavillon. La plupart d’entre elles sont orientées chez la psy, dans un bureau à proximité de celui de l’infirmière.

Pauline Gaudeau, jeune psychologue, mesure la « profonde détresse morale » commune aux personnes. « Elles subissent des violences répétées, soutenues, sont privées de liberté, en couple avec des hommes dont l’emprise sur elles est grande. On les empêche de voir le monde, de travailler » témoigne Pauline Gaudeau.

Une violence économique.

Elles sont nombreuses, les victimes, à pénétrer dans l’institut camouflées. « Elles s’excusent en pensant qu’elles sont des privilégiées, puisqu’elles sont censées échapper à ce fléau », raconte l’infirmière. L’assistante sociale, Anne-Joëlle Caradant, confirme : « Nous recevons les femmes de toutes les catégories sociales. Elles sont extrêmement démunies, de la plus riche à la plus pauvre. »

Une tâche supplémentaire incombe à l’équipe de Frédéric Martz et Pierre Foldès. A tour de rôle, elle est chargée d’accompagner ces nouvelles pauvres à la banque alimentaire. Ce jour-là, quelques minutes après avoir opéré sa patiente, le chirurgien en personne se dirigeait vers leur partenaire pour remplir le papier d’une personne au bord de l’évanouissement. « Elle n’a pas mangé depuis plusieurs jours », explique Pierre Foldès.

Un homme atypique dans un institut pilote, en quête de subventions.

Mina Kaci

(1) Le prénom a été changé.