Municipales : Le FN n’ est pas si gagnant que ça ?

Au second tour des municipales, le Front national remporte plus d’une dizaine de villes. Un record historique qu’il convient de nuancer…


Avec plus d’une dizaine de villes dans son escarcelle, le FN a transformé l’essai du premier tour et bat son record des municipales de 1995 où il avait remporté trois mairies (Orange, Marignane et Toulon).

Mais hormis la mairie du septième secteur de Marseille (150 000 habitants) remportée par Stéphane Ravier, le FN remporte que deux villes moyennes : Béziers (70 000 habitants) et Fréjus (50 000 habitants) à la faveur d’une triangulaire. Et doit ensuite se contenter de villes plus petites comme Hénin-Beaumont (26 000 habitants), Mantes-la-Ville (18 000 habitants), Le Pontet (17 000 habitants), Beaucaire (16 000 habitants), Hayange (15 000 habitants), Le Luc (9 500 habitants), Cogolin (11 000 habitants) ou bien encore Camaret-sur-Aigues (4 500 habitants).

En 1995, le FN avait réussi à remporter la mairie de Toulon qui était à l’époque la 13e ville de France (avec plus de 100 000 habitants) et le premier port militaire français.

Les têtes d’ affiches échouent

Si l’on excepte Robert Ménard à Béziers et Steeve Briois à Hénin-Beaumont, les têtes d’affiches du FN lors de ces municipales ont tous échoué. Que ce soit Florian Philippot à Forbach, Gilbert Collard à Saint-Gilles ou bien encore Louis Aliot à Perpignan.

En 1995, le frontisme municipal était incarné par des leaders émergents avec Daniel Simonpieri à Marignane, Jean-Marie Le Chevallier à Toulon et enfin Jacques Bompard à Orange. Aujourd’hui la nouvelle génération de maires frontistes est constituée pour la plupart d’inconnus du grand public. Résisteront ils à la pression médiatique et politique ? C’est tout l’enjeu.

Des marges de manœuvres limitées

Elu sur la promesse de faire baisser les impôts, le FN aura vraisemblablement des difficultés à tenir ses engagements. Le mouvement d’extrême droite ayant raflé des villes sinistrées économiquement comme Hénin-Beaumont ou bien encore Fréjus dont l’endettement est abyssal. Quant à Stéphane Ravier à Marseille, il n’aura aucun pouvoir réel en tant que maire de secteur.

Dans les années 90, tous les maires frontistes s’étaient posés en bons gestionnaires, promettant de maîtriser les dépenses et les impôts locaux. Une promesse tenue à Orange – au prix de coupes radicales dans le budget municipal – et à Toulon dont la quasi-absence d’investissements est à l’origine d’un fort désendettement de la commune. Mais pas à Marignane et Vitrolles dont la situation financière, très délicate avant l’arrivée des maires FN, s’est dégradée après leur départ.

L’ épreuve municipale

Interrogée par Les Inrocks la semaine dernière, Marine Le Pen avait déclaré vouloir transformer les villes frontistes en “cités modèles” : « Une lourde responsabilité repose sur nos maires mais nous allons passer cet obstacle, Vous vous trompez si vous pensez que nous fuyons la gestion du pouvoir. Le FN n’est plus le parti contestataire des années 80. Nous avons envie de faire nos preuves en gérant des mairies. Je pense d’ailleurs que c’est le seul moyen pour nous de conquérir le pouvoir en 2017. Nos équipes sont prêtes »

Dans des villes qui seront scrutées à la loupe, le FN devra réussir à faire la différence sous peine de trainer un lourd boulet lors de l’élection présidentielle de 2017. C’est donc l’épreuve du quitte ou double pour le mouvement frontiste…

David Doucet – Les Inrocks – Permalien

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