Syrie – Les attaques chimique venaient des rebelles !

Après les mensonges sur l’Irak et les armes de destruction massive en 2003, un rapport vient remettre en cause les arguments avancés en septembre dernier pour intervenir militairement on Syrie. Rien n’indique avec certitude que l’attaque chimique ayant entraîné la mort de dizaines de personnes dans la banlieue de Damas venait des forces de Bachar Al Assad.

Le 27 février, le secrétaire d’État, John Kerry, accusait Moscou de renforcer son aide au régime de Bachar Al Assad et indiquait à mots couverts n’avoir pas renoncé à une intervention militaire occidentale :

Barack Obama « réexamine en permanence les options à sa disposition, et il n’en exclut aucune. Aucune », insistait-il dans un entretien accordé à la chaîne MSNBC. Pour convaincre des bienfaits d’une nouvelle croisade auprès du Congrès et des militaires américains, les communicants de la Maison-Blanche vont pourtant devoir déployer des trésors d’imagination, à l’heure où la propagande déployée en septembre dernier pour justifier un bombardement de la Syrie prend des allures de mensonge de guerre.

DES ERREURS ÉNORMES

Ames chimiques en SyriePassé sous silence par la quasi-totalité des médias (1), un rapport publié à la mi-janvier par deux experts de renommée internationale (Richard Lloyd, ancien expert auprès de l’ONU, et Theodore Postol, professeur au Massachusetts Institute of Technology) bat ainsi en brèche les affirmations des exécutifs américain et français. Selon ces derniers, les missiles de type GRAD chargés de gaz toxique qui se sont abattus le 21 août dans la banlieue de Damas (2) n’ont pas pu être tirés des positions gouvernementales, mais bien des zones tenues par la rébellion : « Ces renseignements erronés auraient pu provoquer une intervention militaire injustifiée. Quelles que soient les raisons de ces énormes erreurs, leur source demande une explication », écrivent-ils.

Interpellé au sujet de ce rapport, le 4 février 2014, à l’occasion des Mardis de l’Essec, le ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius, refusait de son côté toute « explication » : « Il y a eu une enquête des Nations unies qui a établi de la façon la plus ferme qu’il y avait eu un massacre chimique, et que ce massacre trouvait son origine dans le rang du régime. Il y a toujours des gens pour contester l’évidence, mais l’évidence est incontestable. »

En réalité, le rapport de l’ONU n’a jamais pointé les responsables de l’attaque, puisqu’il n’avait pas mandat pour le faire. Et ses conclusions rejoignent en partie celles de Richard Lloyd et Theodore Postol, lesquels se gardent d’ailleurs bien d’accuser nommément les rebelles. « Le pouvoir syrien est tout à fait capable d’avoir infiltré un dispositif en territoire rebelle pour mener l’attaque chimique », relève Alain Chouet, ancien chef du service de renseignement et de sécurité de la DGSE et spécialiste de la Syrie. « Mais les rebelles aussi avaient accès à des substances chimiques et à des vecteurs pour les utiliser. La synthèse attribuée aux services de renseignement français pour accuser le régime syrien n’en était pas une, ajoute-t-il.

Il y avait huit pages qui contiennent des informations anciennes sur les capacités chimiques du régime et trois pages d’élucubrations avec des formules comme « nous estimons que… nous évaluons que… «  Quand un service comme la DGSE emploie ce genre de vocabulaire, c’est qu’il n’a pas de preuve. »

L’accès à des armes chimiques par des groupes armés de l’opposition est effectivement connu de longue date, même si les administrations américaine et française ont tout fait pour étouffer l’information. « Quand les attaques (chimiques) ont eu lieu, insistait Seymour Hersh au mois de décembre (3), le Front al-Nosra, affilié à al-Qaida, aurait dû faire partie des suspects, mais le gouvernement a sélectionné avec soin les renseignements qui pouvaient justifier une frappe contre Assad. »

UN ARTICLE CENSURÉ

L’article extrêmement fouillé du journaliste, célèbre pour avoir révélé le massacre de My Lai au Vietnam ou les tortures dans la prison d’Abu Ghraib en Irak, et qui accuse l’administration Obama d’avoir sciemment menti au grand public pour tenter d’entrer en guerre, n’a pas pu être publié aux Etats-Unis. Refusé par le « New Yorker » et le « Washington Post », il a trouvé refuge dans les colonnes du « London Review of Books », au Royaume-Uni. Une pudeur qui s’explique sans doute par l’enthousiasme délirant des médias occidentaux à soutenir une intervention militaire en Syrie, et qui permet également de comprendre pourquoi le rapport de Lloyd et Postol a rencontré un écho si faible, en particulier en France.

MARC DE MIRAMON HD N°21373

  1. À la notable exception du « Point »: « Attaque chimique en Syrie: le rapport qui dérange »,19 février 2014.
  2. Les bilans des victimes oscillent entre 322 et 1 729 morts..
  3. Le sarin de qui ? », « London Review of Books », 11 décembre 2013.