L’ égalité s’ apprend dès l’ alphabet !

Depuis quelques semaines, la droite, à l’instar de Jean François Copé, l’extrême droite et des mouvements fondamentalistes religieux sont passés à une offensive grave à la fois contre l’école et contre l’égalité femmes-hommes.

En encourageant les familles à retirer les enfants des écoles, en attaquant personnellement des parents d’élèves (FCPE à Paris), en mettant en cause des bibliothèques publiques, la droite, gênée par ses convergences économiques avec le gouvernement, marque son opposition sur les questions sociétales. C’est à la fois une stratégie pour séduire les franges radicalisées de l’électorat, mais aussi un glissement politique des plus dangereux.

L’instrumentalisation des ABCD de l’égalité et du débat sur la prétendue théorie du genre a choqué la militante progressiste que je suis. Au nom d’une nature immuable, la nébuleuse réactionnaire nie toute référence au social et à la raison. Pour elle, l’ordre social est donné et dépasse de loin la question politique.

Plus préoccupant encore, elle reconnaît la responsabilité éducative aux seules familles, c’est-à-dire à la sphère privée, comme si la question de l’égalité femmes-hommes était l’affaire de points de vue, tant culturels que cultuels. Pourtant, pour que l’égalité devienne réelle, il convient de permettre aux jeunes de comprendre les causes des inégalités, qui justifient la hiérarchie sociale des sexes par des différences biologiques.

L’école doit prendre toute sa place pour promouvoir une société de l’égalité. Elle est bien le lieu des la transmission de la connaissance, des savoirs et de la mémoire d’une société, mais aussi de la construction des valeurs, de liberté, d’égalité et de solidarité et d’une culture fondée sur la raison, la laïcité et l’ouverture au monde. Elle a donc une responsabilité éducative qu’elle partage avec les parents et le reste de la société.

Aujourd’hui, tout le monde constate, comme l’énonce l’inspection générale de l’éducation natio­nale, que « les stéréotypes de sexe pèsent sur les attentes, les ambitions, les orientations, et finalement la place des filles et des garçons » dans la société.

Rappelons que seulement 27 % des diplômes d’ingénieur-e-s sont délivrés à des filles et que seulement 26 % des garçons se retrouvent dans des classes préparatoires aux grandes écoles littéraires.

Les dégâts sont encore plus grands dans la voie professionnelle, où plus de 80 % des filles se retrouvent dans des formations d’aide à la personne, un peu dans la continuité du travail domestique, au nom de leurs prétendues, qualités innées: douceur, sens du dévouement… Les garçons se retrouvent, quant à eux, à plus de 60 % dans la production ou le bâtiment au nom de leur prétendue force physique. Et ceux et celles qui veulent assumer une orientation atypique se retrouvent victimes de harcèlement, voire de violence.

Il faut donc bien d’un même pas ‘transformer la réalité et les mentalités. Le langage n’est donc pas un sujet secondaire, car, comme le rappelait Pierre Bourdieu, « mettre un mot pour un autre, c’est changer la vision du monde social et, par là, contribuer à le transformer ». Dans un monde où les femmes étaient mineures socialement et juridiquement, puisqu’elles étaient même exclues du suffrage dit universel, la langue se faisait l’écho de cette situation.

Aujourd’hui, l’égalité est proclamée dans la loi, pourquoi alors maintenir dans la grammaire une forme symbolique de cette hiérarchie entre les sexes? Il est temps de ne plus apprendre aux enfants que « le masculin l’emporte sur le féminin » et de considérer comme correcte là règle de proximité qui accorde l’adjectif avec le nom le plus proche.

Non seulement il convient de continuer d’expérimenter les ABCD de l’égalité, mais l’égalité femmes-hommes doit devenir une priorité pour l’éducation nationale. Cela suppose une réforme des programmes, des manuels scolaires et de la formation des enseignant-e-s.

Nous fêtons cette année les 70 ans du droit de vote des femmes. Les luttes des femmes ont permis des avancées importantes pour ouvrir de nouveaux possibles. Dans le combat pour l’égalité, il est important que la dimension culturelle soit investie par l’ensemble des militant-e-s progressistes.

Auteure : Henriette Zoughebi, vice-présidente de la région Ile-de-France; présidente de l’association l’égalité, c’est pas sorcier.