L’intolérance extremisme …même pas un pléonasme.

La polémique autour de l’enseignement d’une prétendue « théorie du genre » à l’école interroge le lien réel ou fantasmé entre l’islam radical et les milieux catho intégristes.

Dimanche 2 février 2014, le flot des manifestants bleu blanc rose avance vers la place Denfert-Rochereau. Le cortège est très catho tradi. Au milieu, une maman voilée fend la foule avec ses deux filles. Malika, 42 ans, manifeste son opposition au mariage homosexuel et à la « théorie du genre ». Ça ne la dérange pas de marcher auprès de potentiels racistes? « Ha, c’est marrant, Paris Match m’a posé la même question », sourit-elle.

Depuis l’appel au boycott dans les écoles lancé par Farida Belghoul, ancienne militante de la Marche des Beurs, et son succès relatif dans certains quartiers populaires, une éventuelle convergence entre l’islam et les cathos intégristes excite les journalistes. Malika s’explique : « On est uni pour la cause, peu importe qui il y a derrière, même le FN. On se bat ensemble et après chacun repart de son côté. » (…)

Pour l’instant, la jonction entre islam et catholique traditionnel est plus que timide. Il y a Carnel Bechikh. Le président de l’association des Fils de France est un des porte-parole de la Manif pour tous. Proche des milieux de la droite souverainiste, il représente un courant musulman patriote. Hormis l’UOIF (Union des organisations islamiques de France), aucune instance musulmane n’a pris de position ferme pendant le gros des manifs contre la loi Taubira.

A la Pentecôte, en 2013, Frigide Barjot avait rencontré ses représentants justes avant d’être écartée. Avait-elle déplu à une partie du mouvement, à l’extrême droite raciste? L’ex-égérie de la Manif pour tous a appelé ses partisans à boycotter la marche du 2 février. « Il n’y a plus que des Versaillais catholiques », tranche-t-elle avant d’ajouter : « Un parti catho est en train de se former pour faire élire Ludovine de la Rochère (la nouvelle boss – NDLR) aux élections européennes. »

Si la jonction est quasi inexistante dans la manif, l’est-elle plus sur le terrain, notamment celui de l’école? « En une semaine, c’était l’apocalypse », lâche Jade (1) dans une sentence à résonance biblique. En une semaine, cette professeur des écoles a vu des parents avec qui elle entretenait de bons rapports insinuer qu’elle parlait homosexualité et sexualité avec ses élèves de 4 ans. Le 27 janvier, 40% des gamins manquaient à l’appel. Jade exerce dans une commune des Hauts-de-Seine, une ancienne cité ouvrière en mutation où classe populaire et classe moyenne cohabitent. « Mais la majorité des parents d’élèves de mon école est issue de l’immigration », explique-t-elle. (…)

Dans le giron des associations de défense de la famille traditionnelle, on trouve le collectif Touche pas à mes-gosses. Lequel invite Farida Belghoul à s’exprimer sur « la théorie du genre » et l’ABCD de l’égalité lors d’une conférence dans le quartier nord d’Asnières, le 11 janvier. Zouhair Ech Chetouani et Alix, ses fondateurs, se sont rencontrés à la Manif pour tous. (…) Il résume la ligne de Touche pas à mes gosses : « Casser certains clivages entre catholiques et musulmans, quartiers chics et pauvres. On ne va pas régler les problèmes des banlieues en disant à mon fils qu’il peut choisir de vivre avec un homme. Et si défendre les enfants, c’est être FN, je prends ma carte tout de suite. »

Au-delà de l’aversion des milieux religieux face à la remise en cause des rôles soi-disant sexués, le succès du boycott dans certains quartiers populaires s’explique aussi par la dégradation du lien entre les familles issues de l’immigration et l’école publique. Et plus généralement par la montée d’un sentiment anti-système dont le déclassement des quartiers est le terreau principal. Dieudonné ou Farida Belghoul en font commerce : « Le capital de confiance envers l’école comme moyen d’ascension sociale s’est effrité. Avec l’échec scolaire et les débats sur le voile, l’école apparaît comme l’endroit qui discrimine », analyse Franck Frégosi, directeur de recherche au CNRS. (…)

Belghoul est surtout une prise de guerre du polémiste Alain Soral, fondateur d’Égalité et réconciliation, qui se revendique « national socialiste », lui-même grand pote de Dieudonné et partisan d’une alliance avec la base. (…)

Anne Laffeter – Les Inroks N° 949 (Extraits)

1. Le prénom a été modifié.

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