Cinq avis sur les vœux présidentielles 2014.

1)      Hollande : des vœux de social-libéral

Bredoux Lénaïg, Médiapart du 01 janvier 2014

(…)  François Hollande, (…) a martelé [lors de ses vœux aux français] que  [SA] politique économique choisie était la meilleure.

« Les résultats sont longs à apparaître mais ils sont là. J’ai confiance dans les choix que j’ai faits pour le pays », [a-t-il indiqué], indéfectible optimiste malgré tous les indicateurs dans le rouge. Croissance atone, chômage toujours en hausse, malgré les promesses présidentielles, augmentation de la TVA le 1er janvier : le bilan de François Hollande est désastreux.

Mais il reste convaincu que c’est en aidant les entreprises que l’économie repartira. (…) mardi soir 31 dec.2013 [il a posé] comme première de ses priorités de l’année 2014 la baisse des dépenses publiques. « Nous devons faire des économies partout où cela sera possible. C’est vrai pour l’État, pour les collectivités locales (…), et pour la Sécurité sociale, qui doit en terminer avec les excès et les abus. Nous devons dépenser moins pour réduire notre déficit et à terme baisser les impôts », a-t-il déclaré. Avant de jurer que le sens de la réforme fiscale promise par Jean-Marc Ayrault était non pas de mettre plus de justice dans le système, mais de diminuer les prélèvements obligatoires.

« Les impôts sont devenus lourds, trop lourds », a-t-il dit mardi soir. Il a également indiqué que sa deuxième priorité, avant la transition énergétique, balayée très rapidement, était de « simplifier la vie de chacun d’entre nous ». Pour que le pays soit « plus attractif, plus moderne, plus souple ». Trop de charges, trop d’impôts et trop de contraintes : c’est le discours, détonnant [d’une gauche très liberale], que François Hollande a servi pour ses vœux. (…)

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2)      2013-2014: les voeux de Hollande entre fracture sociale et facture électorale

Clavel Geoffroy, Le Huffington Post du 01 janvier 2014

A quand le changement?

Déjà mal en point il y a un an pour ses premiers vœux prononcés depuis l’Elysée, c’est un François Hollande exsangue qui a tourné la page d’une année 2013 minée par les déconvenues politiques et économiques. « Je n’entends pas vous dissimuler les difficultés qui nous attendent. Elles sont sérieuses« , prévenait-il au soir du 31 décembre 2012.

Sur ce point en tout cas, le vœu présidentiel a été exaucé au-delà de toutes attentes.

Malgré une année 2013 éreintante, le président s’est malgré tout montré optimiste pour l’avenir lors de ses vœux pour l’année 2014, sans chercher à dissimuler les difficultés de l’année qui s’achève.

Impôts « trop lourds« , chômage persistant, une « crise qui s’est révélée plus profonde que nous ne l’avions prévu« …. L’heure était visiblement aux aveux pudiques. « Les résultats sont encore long à apparaître […] mais j’ai confiance dans les choix que j’ai fait« , a-t-il insisté dans une allocution aux accents volontaristes longue d’une dizaine de minutes.

Priorité pour l’emploi avec un « pacte de responsabilité » Symbole de ces espoirs déçus, la promesse de François Hollande d’inverser en un an la courbe du chômage, engagement réitéré lors de ses vœux télévisés du 31 décembre dernier, n’a été tenue qu’au prix d’un grand écart de communication statistique, faisant fi de l’aggravation généralisée du marché de l’emploi.

S’il a reconnu à demi-mots que son pari n’avait pas été tenu, François Hollande n’en a pas moins érigé l’emploi comme sa seule priorité, proposant pour 2014 un « pacte de responsabilité » aux entreprises qui bénéficieront en 2014 d’un allègement de charges à hauteur de 20 milliards d’euros, financés par une hausse de la TVA au 1er janvier. (…)

2014 s’annonce comme celle de la fracture entre la gauche et ses électeurs. Et la facture est attendue dans les urnes des élections municipales et européennes. Si (…) les électeurs se [prononceront] davantage sur la personnalité de leur maire qu’en fonction de la conjoncture nationale, l’élection des députés européens fin mai s’annonce d’ores et déjà comme un chemin de croix pour les socialistes (…)

 Reste à déterminer qui conduira tous ces chantiers tout au long de l’année. Si François Hollande est apparu combatif, il n’a pas eu un mot pour son équipe gouvernementale ni pour son premier ministre. Or, si les rumeurs de remaniement se sont tues, le premier ministre Jean-Marc Ayrault reste « le maillon faible » de l’exécutif aux yeux de l’opposition et de certains socialistes. La perspective d’un remaniement gouvernemental pourrait du coup resurgir au premier revers conséquent encaissé par François Hollande. Au sein de la majorité, tout le monde garde les yeux rivés sur les européennes. De l’ampleur de la défaite dépendra l’ampleur du changement d’équipe.

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3)      De quels vœux parlons-nous ?

Patrick Le Hyaric, directeur du journal « L’Humanité », Député Européen.

Vivre mieux sur la planète n’a jamais été aussi possible. Et pourtant, cela apparaît comme inaccessible pour l’immense majorité tant ce pouvoir, comme l’a encore fait le Président de la République lors de ses vœux, ne fait que réciter et mettre en œuvre les directives européennes qui nous mènent dans le mur. Seule la nouvelle caste des 500 familles qui accaparent près de 20% des richesses produites y trouve son compte. Et, il a annoncé qu’il allait encore la servir ! Voilà, le grand problème !

Sans une inlassable action pour l’universelle justice sociale, se conjuguant avec un renouveau complet de la démocratie et pour une planète durable et vivable, sans tourner le dos au stupide dogme capitaliste de la concurrence prétendument libre, notre monde continuera à être menacé par de multiples tensions, fragmentations diverses et l’infernal fracas des armes. Les inégalités et la pauvreté que répand partout désormais le capitalisme est un fumier sur lequel se développent des divisions et des haines ; des intégrismes et des  extrêmes-droite menaçantes et de nouvelles guerres de religion ou impérialistes. Décidément comme au jour où Jean Jaurès écrivait l’éditorial fondateur de notre journal, « L’humanité n’existe point encore ou elle existe à peine ». Non pas que de considérables progrès n’aient pas été accomplis depuis cette date. Mais précisément, nous sommes désormais entrés dans une douloureuse période de régression. Elle s’apparente à de la « déshumanité ». Pourtant, il n’y a là rien de fatal. Tout est question de choix et de volonté politique qui appellent  la construction d’un nouveau rapport de forces culturel, politique, social, idéologique. Ce ne sera possible que dans le débat avec le plus grand nombre de celles et  ceux qui recherchent sincèrement une issue à leur situation, au premier rang desquels les jeunes et celles et ceux qui souffrent le plus. Dégager ensemble des solutions neuves qui produisent du mieux pour le plus grand nombre et ne plus galvauder l’étiquette de gauche pour plier nos vies aux canons du capitalisme financier, telle est l’alternative de la période.

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4)      Passé la trêve des confiseurs …

Extraits et interprétation, d’après un article de Serge Halimi – Le monde Diplomatique, Janvier 2014 – Permalien

En France, droite et gauche [PS] s’invectivaient en 2013 [et gageons qu’il en sera de même en 2014] au point de laisser imaginer que presque tout les opposait : le niveau de la fiscalité, la protection sociale, la politique de l’immigration…

Pourtant, alors que se précise pour l’Elysée la perspective d’un de ces matchs revanches dont les médias préparent déjà la mise en scène, si MM. Nicolas Sarkozy et François Hollande s’inspiraient de la franchise [« allemande »] de Mme Angela Merkel et de M. Sigmar Gabriel [SPD-CDU], de constituer ensemble un gouvernement qui [au fond, ne ferait qu’] à quelques détails près, prolonger les orientations générales prises depuis trente ans.

En 2006, dans un ouvrage opportunément intitulé Devoirs de vérité, M. Hollande avait déjà admis la convergence entre socialistes et droite libérale en matière de politique économique, financière, monétaire, commerciale, industrielle, européenne : « C’est, écrivait-il, François Mitterrand — avec Pierre Bérégovoy — qui a déréglementé l’économie française et l’a largement ouverte à toutes les formes de concurrence. C’est Jacques Delors qui a été, à Paris comme à Bruxelles, l’un des bâtisseurs de l’Europe monétaire avec les évolutions politiques qu’elle impliquait sur le plan des politiques macroéconomiques. C’est Lionel Jospin qui a engagé les regroupements industriels les plus innovants, quitte à ouvrir le capital d’entreprises publiques. Ce qui lui fut reproché. Cessons donc de revêtir des oripeaux idéologiques qui ne trompent personne (1). »

Huit ans plus tard, que dire de plus ?

Or c’est précisément ce manque de prise sur les orientations essentielles du pays qui explique la désaffection des Français envers le bruit et la fureur de leur classe politique, alors que deux courants rivaux autant que complices monopolisent la représentation nationale. Car les socialistes et la droite ont beau détenir 92,2 % des sièges de l’Assemblée nationale et 89 % de ceux du Sénat, les décisions gouvernementales provoquent un rejet profond, sans que l’opposition parlementaire éveille le moindre espoir. (…)

Mais les jacqueries se multiplient.

Le discrédit des responsables politiques y contribue, alimenté par leur incapacité à proposer au pays quelque perspective que ce soit. La médiocrité assumée de leur ambition personnelle n’arrange rien, d’autant que la presse relaie et amplifie leurs cancans et chamailleries. (…)

La coupure entre élus et électeurs tient pour une part à l’américanisation de la vie politique française : les principaux partis ne sont plus que des machines électorales, des cartels de notables locaux sans autre sève militante qu’une population vieillissante (2) on conçoit que les nouveaux adhérents ne se bousculent pas au portillon, puisque les instruments d’une autre politique semblent avoir été remisés pour l’éternité. (…)

Dix ans plus tôt, M. Laurent Fabius reprochait à un ministre des affaires sociales nommé François Fillon de ne pas relever suffisamment le salaire minimum. Et ce dernier lui répliquait aussitôt : « En 1999, vous n’avez pas augmenté le smic. En 2000, vous n’avez pas augmenté le smic. Et, en 2001, vous avez apporté un coup de pouce au smic de 0,29 %. »

Il n’y aura pas non plus de « coup de pouce » en janvier 2014… Mêmes acteurs, mêmes discours, même logique : pour prévoir, ayez bonne mémoire.

A l’échéance du mandat de M. Hollande, le « monde de la finance » redeviendra sans doute le « véritable adversaire » des socialistes français. Mais aujourd’hui, et de l’aveu même d’un ministre, Bercy sert de tanière au lobby bancaire. (…)

(1) François Hollande, Devoirs de vérité, Stock, Paris, 2006, p. 192.

(2) Lire Rémi Lefebvre, « Faire de la politique ou vivre de la politique ? », Le Monde diplomatique, octobre 2009.

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5)      Mon humble avis – MC

Français vous avez voté le 06 mai 2012 pour vous débarrasser de Sarkozy, vous m’avez élu avec de belles espérances et sur la foi de mon programme, mais en fait j’peux rien faire, les ordres viennent de Bruxelles et du Medef, aussi je peux qu’amuser la galerie, et comme pantin du Cac 40, j’tiens l’crachoir.

Passé sa rogne sur la prestation d’Hollande un soir de fin d’année 2013 ne fait pas de mal même si au moins ça soulage temporairement.

Reste que tant que les électeurs seront habillement divisés par d’habiles tribuns ou mouvements totalitaristes ou dictatoriales, tant que leur représentation politique ne soit contenue que dans cinq partis (extrême-gauche, gauche, centre, droite, extrême droite), tant qu’il n’y aura pas de gestion différenciée de la société, que la participation aux élections sera pas rendue obligatoire, tant que le résultat de toutes élections ne se fera pas au suffrage universel, il y aura de plus en plus d’abstentionnistes et ce n’est pas de comptabiliser les bulletins blancs qui changera l’indifférence constatée envers les élections et par voie de conséquence la défiance envers les élus.

Reste que nous avons la possibilité via les élections municipales, puis européenne et même si cela n’est pas une élection directe les sénatoriales après l’été, peuvent changer la représentation politique et influer sérieusement sur les orientations actuelles du gouvernement en place.