Même en période de fêtes, on peut en parler …

Si la lutte contre le sida a fait l’objet d’immenses progrès ces trente dernières années, depuis la découverte du virus en 1983, l’infection par le VIH reste un problème mondial majeur. Qu’il s’agisse de mieux prévenir ou de traiter les personnes infectées, les pistes suivies sont nombreuses.

Dépister plus et mieux

Seul le dépistage peut conduire à un traitement précoce, une meilleure qualité et espérance de vie. De plus, comme l’indique Marina Karmochkine, médecin immunologiste à l’hôpital européen Georges-Pompidou (Paris), « une personne dépistée et traitée est aussi moins contagieuse pour la population». Des actions sont donc menées pour cibler les populations où l’on trouve une prévalence plus élevée du VIH, et diversifier l’offre de dépistage (consultations de gynécologie, à l’occasion d’une grossesse ou d’une IVG, dans les Centres de dépistage anonyme et gratuit – CDAG, via les associations de lutte contre le sida). En parallèle, un nouvel outil est attendu pour faciliter l’accès au dépistage : l’autotest salivaire

La vaccination thérapeutique à l’étude

Du côté des traitements, pour l’heure, aucun ne permet de guérir (ils doivent être pris à vie). Mais ils sont de plus en plus faciles à prendre, efficaces et mieux tolérés.

De nouvelles molécules, encore plus puissantes, sont attendues pour 2014. Et, dans un avenir proche, certains antirétroviraux pourraient être administrés en injection mensuelle à libération prolongée, ce qui rendrait le traitement plus confortable. « Il y a une vraie relation entre l’efficacité du traitement et la diminution de la transmission», souligne Constance Delaugerre, chercheuse au laboratoire de virologie à l’hôpital Saint-Louis (Paris) et présidente du Comité scientifique et médical de Sidaction. D’autre part, des protocoles de vaccination thérapeutique destinée à stimuler la réponse immunitaire sont à l’essai : « Une personne séropositive pourrait ainsi être en rémission et interrompre temporairement son traitement, pour souffler un peu», résume Marina Karmochkine.

Vers un traitement plus précoce

« Les experts recommandent désormais de traiter toutes les personnes séropositives, sans attendre par exemple que certains marqueurs biologiques diminuent ou que la charge virale augmente », déclare Olivier Schwartz, chef de l’unité de recherche Virus et Immunité et directeur du département de virologie à l’Institut Pasteur. Chez certains patients dépistés dès l’acquisition du virus (stade de primo-infection) et traités très précocement, l’essai Visconti mené par l’Agence nationale de recherches sur le sida (ANRS) a montré qu’une interruption des traitements est parfois envisageable. « Cependant, ce contrôle de l’infection après arrêt du traitement ne concerne qu’un faible pourcentage de personnes infectées », modère Olivier Schwartz.

Des antirétroviraux testés en prévention

Pour le moment, la meilleure protection reste le préservatif. Des recherches d’autres armes préventives sont néanmoins en cours. « En France, un essai de grande envergure, appelé lpergay, étudie l’utilisation des antirétroviraux avant de s’exposer et de prendre des risques pour empêcher l’infection», précise Constance Delaugerre. Ce qui pourrait également contribuer à diminuer la propagation du virus. Enfin, quid d’un vaccin en prévention ? « Il est encore à l’état de recherche. On en est loin», répond Marina Karmochkine.

Claire Reuillon – Revue Valeurs Mutualistes N° 287

En France, l’épidémie de VIH concerne environ 150.000 personnes et le nombre de nouvelles contaminations, s’élève à environ 7.000 par an.

Parmi les personnes estimées infectées, 121.000 sont réellement dépistées et diagnostiquées et de 20 à 30.000 ignorent qu’elles sont porteuses du virus.

Parmi les personnes diagnostiquées, 110.0000 sont entrées dans les soins.

Sur 90.000 personnes traitées, 90% ont une charge virale (quantité de virus qui circule) indétectable.

Sources : Sida info service et conseil national du sida.

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Act Up, victime de l’austérité, pourrait disparaitre …

Le 23 décembre, l’association de lutte contre le sida a tiré la sonnette d’alarme.

Sa situation financière, mise à mal par l’austérité, l’oblige à hypothéquer son avenir. « En cette fin d’année 2013, les salariées d’Act Up Paris et les membres de l’association se sont collectivement résignées à entamer les démarches de mise en chômage partiel pour le mois de janvier », dit le communiqué de l’association. (…)

La crise financière et son impact sur le pouvoir d’achat des Français ont affecté le nombre et le montant des dons privés. Ainsi, Sidaction, qui collecte et redistribue cette manne, prévoit d’attribuer moitié moins d’argent à Act Up qu’il y a trois ans, passant de 116.000 euros en 2011 à seulement 55.000 euros en 2014. Mais c’est surtout la politique d’austérité du gouvernement qui met à mal le tissu associatif.

La baisse des dépenses publiques va lourdement se répercuter sur les subventions générales aux associations. Et en 2014, les crédits du ministère de la Santé consacrés à la prévention sont en baisse de 14 %, passant de 140 à 120 millions d’euros. Une goutte d’eau dans le budget de l’Etat « alors même que la stratégie nationale de santé du gouvernement affirme solennellement « faire le choix de la prévention » », dénonce la Société française de santé publique (SFSP).

Act Up a ainsi reçu, le jour de Noël, un courrier de l’Inpes l’informant de l’abandon de la convention de subvention prévue sur trois ans à 35.000 euros annuels. Elle sera remplacée par une convention annuelle au montant moindre. (…)

Dans les prochains mois, Act Up devra se séparer du local historique occupé depuis 1995. Trop cher « Les pouvoirs publics font le tri par le fric et abandonnent la lutte contre le sida, juge Ludovic Chene. Ils cherchent surtout à n’avoir que des associations professionnelles, pour faire ce que l’État ne fait plus, comme une délégation de service public sans projet associatif. Les structures militantes et bénévoles comme la nôtre sont les premières à payer les coupes budgétaires. »

Benoit Delrue

 

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