Hollande : Président guerrier, re-collonise l’Afrique !

Le président français a annoncé la création d’une « fondation franco-africaine pour la croissance », parrainée par le Medef. Objectif: regagner des parts de marché sur le continent.

Les entreprises françaises sont en perte de vitesse sur le continent africain et il faut inverser la tendance. C’est, en substance, le message délivré par François Hollande devant un parterre de patrons français et africains, mercredi, à Bercy, en prélude au sommet de l’Élysée sur la paix et la sécurité en Afrique. « Nous pouvons évaluer à 200.000 le nombre d’emplois en France qui pourraient être créés en cinq ans si nous doublions nos exportations vers le continent africain », a fait valoir le président français.

Auparavant, la ministre du Commerce extérieur, Nicole Bricq, a dépeint un tableau noir des positions économiques françaises en Afrique. « Notre part de marché diminue nettement dans les pays d’Afrique francophone, où elle a été divisée par deux en vingt ans, passant de 31 % à 13 % en Côte d’Ivoire, ou encore de 36 % à 14 % au Cameroun, par exemple », a-t-elle regretté.

Pour tenter de contrer l’érosion de son influence économique dans ses ex-colonies, Paris va lancer une « fondation franco-africaine pour la croissance », parrainée par le Medef, et dont les rênes seront confiées au banquier d’affaires franco-béninois Lionel Zinsou. « Nous aurions, à ce moment-là, les intérêts publics et privés français qui pourraient se retrouver pour promouvoir les talents des entreprises de nos deux continents », a exposé François Hollande.

Cette démarche s’inscrit dans la droite ligne de la stratégie de reconquête économique défendue par les sénateurs Jean-Marie Bockel et Jeanny Lorgeoux dans un volumineux rapport intitulé « L’Afrique est notre avenir ».

Ces parlementaires invitent assez cyniquement à « se départir des préventions postcoloniales » pour « assumer le fait que l’Afrique n’est pas seulement partie prenante de notre histoire, mais aussi un élément clé de notre avenir ». Il faut « renforcer nos liens économiques avec l’Afrique, qui décolle », et « accentuer notre regard sur les opportunités économiques qu’offre le décollage d’une partie du continent africain », poursuit ce rapport en déclinant plusieurs axes pour « développer des stratégies de conquête des marchés africains » et défendre les « intérêts de la France en Afrique en matière d’approvisionnement » en ressources minières et énergétiques.

Ce qui implique, insistent les auteurs, de « contribuer à la stabilité et à la sécurité du continent » en maintenant, voire en resserrant, le maillage de « points d’appui militaires » français avec un « dispositif global où les effectifs de chaque base évoluent en fonction des besoins ». Quand la notion de « guerre économique » prend tout son sens.

Rosa Moussaoui . Titre original de l’article : « Paris veut sa part du gâteau africain »

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FRANÇOIS HOLLANDE, CE CHEF DE GUERRE QUE PERSONNE N’ATTENDAIT

Surprise, le chef de l’État creuse le sillon tracé par son prédécesseur. Comment l’expliquer?

A Nicolas Sarkozy la Côte d’Ivoire et la Libye (2011), à François Hollande la Centrafrique et le Mali ?

Dans les chancelleries et les médias du monde entier, on s’interroge sur l’appétence guerrière de François Hollande, son intransigeance sur le nucléaire iranien, sa volonté presque irrationnelle de bombarder la Syrie, sur le discours qu’il prononça à Bamako le 2 février après l’opération « Serval » au Mali (« la journée la plus importante de (sa) vie politique », lâcha-t-il), ou encore sur l’hommage qu’il rendit lors de son investiture à Jules Ferry, père de l’école républicaine mais aussi de l’exploration du Congo et surtout apologue de l’expansion coloniale (« une faute morale et politique », concéda-t-il).

« Comment un gouvernement français « socialiste de gauche » peut-il réjouir les néoconservateurs américains et, dans le même temps, désespérer les médias progressistes de ce même pays? » résumait le 25 novembre Pierre Guerlain, professeur de civilisation américaine à l’université Paris-Ouest-Nanterre (1), relevant que, désormais, les plus va-t-en-guerre se gargarisent que « Paris soit à la droite de Washington ». Si le président de la République, fin connaisseur de la politique intérieure française mais relativement inexpérimenté sur la scène internationale, s’inscrit à ce point dans l’héritage de son prédécesseur, c’est peut-être aussi parce qu’il s’appuie sur le même chef d’état-major particulier.

Issu de la droite catholique traditionaliste, le général Benoît Puga a accompagné l’expédition catastrophique de Nicolas Sarkozy en Libye, avant de mettre sa riche expérience au coeur de l’ex-pré carré françafricain au service de François Hollande. L’homme a ainsi fait ses classes au Zaïre (devenu la République démocratique du Congo), au Gabon, à Djibouti, au Tchad, sans oublier la Centrafrique…

A l’occasion du sommet africain organisé par l’Élysée les 6 et 7 décembre 2013, consacré à l’économie, l’environnement et la sécurité, ce dernier volet occupera l’essentiel des discussions.

En proie à une déstabilisation inédite, l’Afrique voit ses énormes perspectives de croissance menacées par la multiplication des conflits (voir carte ci-dessous), alimentés par la concurrence de la mondialisation. Entre l’irruption des pétromonarchies du Golfe (Qatar, Arabie saoudite) au Maghreb, en Libye, au Mali, au Niger et jusqu’à la pointe de la Corne de l’Afrique, la Turquie en Côte d’Ivoire, et surtout la Chine qui multiplie les partenariats commerciaux sur l’ensemble du continent, la France voit sa sphère d’influence menacée comme jamais.

Dans ce contexte, le gouvernement compte sur sa modeste capacité de projection militaire, qui fait de la France un modeste gendarme de l’OTAN, pour rester dans le jeu.

Marc de Miramon – HD N°21310 05 dec 2013

(1) « Iran: à quoi joue la France », Huftington Post.

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