Un exemple l’ économie sociale allemande, mon œil !

En découvrant avec la crise bretonne que la faillite de son secteur agroalimentaire passait aussi par l’Allemagne où les salariés du secteur touchent de 2 à 3 euros de l’heure. Cette concurrence a même effrayé le très libéral FMI. Du coup, la création d’un SMIC est à l’ordre du jour. Mais elle provoque un « Kolossal » bras de fer entre patrons et monde du travail.

C’est la dernière ligne droite. Les négociations entre l’Union conservatrice (chrétiens-démocrates, CDU, et l’Union chrétienne-sociale, CSU) et les sociaux-démocrates (SPD), qui ont débuté le 23 octobre, pour former une future coalition gouvernementale doivent s’achever avant la fin du mois. Une situation qui pourrait permettre au SPD d’obtenir sa principale condition à sa participation au cabinet Merkel: un salaire minimum interprofessionnel à 8,50 euros de l’heure brut.

La chancelière qui l’a confirmé dans une annonce devant le patronat allemand, le 21 novembre, a donné le ton de cette réforme: « Nous allons décider de choses qu’au vu de mon programme je ne considère pas comme justes. Parmi elles, un salaire minimum généralisé », a expliqué Angela Merkel, avant d’ajouter. « Je vais tout faire pour en minimiser les effets. » La « révolution » du modèle économique allemand lancée par certains médias apparaît donc prématurée.

Rien n’est acté. Tout dépendra de la forme et des modalités du salaire minimum (niveau du futur salaire minimum et date d’introduction) que le prochain gouvernement allemand adoptera après de longues négociations entre le SPD, la CSU et la CDU, le patronat et les syndicats. Cette réforme concernerait 6 millions de travailleurs sur 40 millions d’actifs.

Aujourd’hui, un salarié sur huit (12,9 %) et une salariée de l’Est sur quatre (25 %) touchent moins de 8,50 euros de l’heure, en Allemagne.

D’après l’Office pour l’emploi, 1,317 million de salariés touchaient fin juin un « complément de revenu » de l’État, pour ne pas tomber sous le niveau des minima sociaux, tout en travaillant (1).

Si les négociations débouchent sur les 8,50 euros brut de l’heure souhaités par le SPD, il apparaît bien en dessous des 9,43 euros brut de l’heure en France mais dans la moyenne européenne.

L’Allemagne serait le 22e des 28 pays au sein de l’UE à adopter une rémunération plancher légale et généralisée, et il ne resterait alors que six pays (Italie, Danemark, Finlande, Suède, Autriche et Chypre) à ne pas l’appliquer.

Cette mesure mettrait fin à une course des salaires vers le bas, notamment dans l’industrie et dans l’agroalimentaire où l’Allemagne a récemment gagné beaucoup de parts de marché grâce à une forte pression sur les salaires.

L’OCDE et le FMI ont donc salué cette initiative qui permettrait de stimuler la demande intérieure allemande et espèrent ainsi un effet boomerang sur les échanges commerciaux au sein de l’Union européenne.

Une décision réclamée depuis des lustres par Die Linke (le Front de gauche allemand) qui va dans le bon sens pour la Confédération européenne des syndicats, pour « contrer l’Europe de la concurrence et de la déréglementation ». Car « les salaires, comme les droits fondamentaux contribuent à la sortie de crise tandis que la déréglementation a contribué à l’augmentation du chômage, creusé les inégalités au point de créer une situation économique mais aussi politique intenable ».

Mais les écarts de salaire minimum légal au sein de l’UE, publiés par Eurostat en juillet, laissent encore la part belle à une concurrence déloyale entre le SMIC bulgare qui est le plus bas avec 159 euros brut par mois et celui en vigueur au Luxembourg à 1.874 euros. La France se situe à la cinquième place (1.430,22 brut/ mois pour 35 heures) et avec 60 % du salaire médian contre 48 % en moyenne dans l’OCDE.

La probable introduction de la mesure provoque déjà un vif débat outre-Rhin malgré la quasi-unanimité pour considérer que la question des bas salaires est devenue centrale, seules quelques branches et certains métiers ayant déjà un salaire minimum.

Le patronat, lui, est déjà lancé dans cette bataille pour limiter les gages donnés au SPD. Depuis l’annonce, il ne cesse d’affirmer que près de 2 millions d’emplois disparaîtront s’il est appliqué (2).

Un SMIC à la française semble quasi exclu. Une bonne chose pour le journaliste des « Échos », Jean-Marc Vittori (3), qui avance sans sourciller que « le SMIC, ayant fortement augmenté au cours des décennies, a été destructeur d’emplois, notamment pour les jeunes » !

C’est surtout que l’Allemagne se dirigerait, selon plusieurs économistes, vers un salaire minimum par branche.

Le puissant syndicat de la métallurgie IG Metall, favorable au salaire minimum, reste sceptique sur la mise en place d’une commission paritaire chargée d’en fixer le montant.

D’autres y sont hostiles au nom de leur « autonomie tarifaire » qui leur permet d’obtenir des augmentations conséquentes.

Au final, Angela Merkel, Horst Seehofer (dirigeant de la CSU bavaroise) et Sigmar Gabriel (chef du SDP) se rencontreront pour discuter des derniers points les plus litigieux. Ce dernier a promis de faire voter ses militants, une fois le programme de la coalition validé.

En cas de oui lors du dépouillement prévu le 14 décembre, Merkel pourrait alors réunir le Bundestag le 17 décembre pour former son troisième gouvernement.

VADIM KAMENKA

Note

  1. « Le Temps », quotidien suisse du 22 novembre.
  2. De 1,5 à 1,8 million d’emplois supprimés selon le ministère des Finances.
  3. « Les Échos » du 22 novembre 2013.

Autres sources d’infos

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