Le Foot pro menace de grève

Le Foot pro menace de grève :

Je ne suis pas à meugler dans le même sens que les Jean-François, Marine, etc. reste que si revirement –un de plus– il y avait de la part du gouvernement je pense comme disait quelqu’un, que la chienlit (du mot ancien « Chie en lit » qu’il conviendrait littéralement d’attribuer dans ce cas) ferait son œuvre.

Après tant de retournement du gouvernement en faveur de ces seigneurs aisés, c’est l’art de tondre un peu plus le bas peuple que nous sommes, sur qui retomberait, comme le (soit disant) report de la taxe carbone et d’autres, le manquement de rentrée de finances dans le budget de la nation. MC

Entretien avec Nicolas Bonnet, spécialiste des questions sportives, s’exprimant sur la taxe à 75 %.

En décrétant une « journée blanche » fin novembre, en réaction à la taxe à 75 %, les clubs professionnels mettent la pression sur le gouvernement. Que pensez-vous de ce lobbying?

Nicolas Bonnet. Ce chantage mis en place par le foot pro est intolérable. Cette taxe est un engagement de campagne du président de la République, tout le monde le savait, ça ne tombe pas du ciel. Le vote sur cette taxe a été débattu à l’Assemblée nationale et là, on assiste à une action qui va à l’encontre de la démocratie… On assiste au comportement hors cadre de gens qui se croient tout permis d’autant qu’il s’agit d’une question qui ne concerne que 14 clubs et une minorité de joueurs pros, c’est injustifiable.

Selon vous, les clubs pros ne devraient pas être reçus à l’Élysée?

Nicolas Bonnet. Pour commencer, les Français sont favorables à une très large majorité à l’application de cette taxe (85 % d’après un sondage « Tilder-LCI-OpinionWay » publié le 24 octobre — NDLR). Ils ne doivent pas comprendre que le président les reçoive, et s’il devait lâcher sous cette pression, ils comprendraient encore moins. Ensuite, le président de la République devrait plutôt s’inquiéter des difficultés financières que rencontrent les collectivités territoriales pour faire face aux besoins d’équipements sportifs de proximité (gymnases, stades, piscines…ce qui serait nécessaire aussi dans le cadre périscolaire !) ou de sport de haut niveau, alors qu’on assiste de plus en plus à la création d’équipements privés. Il y a la question du statut des bénévoles dont on n’entend plus parler et de la possibilité pour les associations de développer les emplois pérennes. Autre point, le coût de la licence et de la pratique pour tout licencié. François Hollande ne devrait-il pas plutôt se préoccuper de l’accès au sport pour tous plutôt que d’écouter pleurer des patrons de club?

Les clubs pros disent qu’avec cette taxe, ils vont perdre encore en compétitivité au niveau européen…

Nicolas Bonnet. Oui, leur argument c’est de dire que si on ne verse pas ces salaires aussi élevés, les joueurs vont partir à l’étranger… Je me rappelle la ministre (Marie-George Buffet — NDLR) qui était face à la problématique du dopage en plein Tour de France en 1998 et qui a eu le courage de dire: « On va arrêter ça et mettre en place une agence française de lutte contre le dopage ». La France avait alors été un aiguillon avec cette proposition qui avait ensuite été reprise internationalement avec la création de l’AMA (Agence mondiale antidopage). Aujourd’hui, on voit d’ailleurs que l’affaire Armstrong a été rendue possible pat l’existence de l’agence américaine antidopage et l’intervention de l’État américain.

Le football, lui, est gangrené par beaucoup de corruption, beaucoup d’argent circule qui va souvent dans des paradis fiscaux. Il y a un besoin urgent de transparence et d’intervention publique. Au niveau européen, Michel Platini (président de l’UEFA — NDLR) a déjà fait des propositions avec le « fair-play financier ». Je crois que la France doit être un aiguillon en portant l’idée d’une régulation des salaires et des transferts qui pourrait être reprise en Europe. Les clubs retrouveraient alors une compétitivité européenne au lieu de cette fuite en avant vers des salaires toujours plus hallucinants et indécents…

C’est dans ce sens que nous allons organiser, le 22 et 23 novembre, des assises citoyennes pour le sport et faire des propositions concrètes.

Selon l’Union des clubs professionnels de football (UCPF), cette taxe mettrait en péril l’économie du ballon rond Français…

Nicolas Bonnet. Ce sont les clubs eux-mêmes qui se sont mis dans l’impasse en allant vers le statut de société anonyme alors qu’ils étaient avant sur le modèle de société à objet sportif. Ils ont voulu quitter leur mission de service public pour aller vers le modèle d’entreprise et avoir la possibilité d’être cotés en Bourse. Il est donc normal qu’ils soient taxés comme toute entreprise. Quant à leurs déficits, tous les rapports le pointent : ils sont dus à la masse salariale trop importante et notamment à l’argent investi dans les transferts. Enfin, j’ajoute que les présidents de club critiquent cette taxe, mais ils oublient au passage que beaucoup de stades de l’Euro 2016 vont être construits avec des financements publics, notamment pour des questions de voirie, d’acheminement du public… Et ces stades vont profiter en priorité à qui? Aux clubs pros.

Interview réalisée par Nicolas Guillermin

°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°

AUTRE FAÇON DE VOIR :

Taxe à 75% : une grève du football professionnel, une mauvaise réponse à un vrai problème

Les clubs professionnels de football menacent de faire grève du championnat de Ligue 1 pour protester contre la taxe à 75 % des salaires dépassant un million d’euros. Leur colère contre une taxe mal ficelée dans sa version actuelle est compréhensible. Mais la riposte envisagée sera incomprise par l’opinion et ne fera pas reculer le gouvernement. Elle sera présentée comme la volonté de privilégiés de rester à l’écart de l’effort collectif.

Dans sa version initiale, la taxe portait sur les revenus et n’était donc payée que par ceux qui les percevaient. Le Conseil constitutionnel l’ayant censurée, le gouvernement est revenu avec une nouvelle mouture où celui qui doit payer est désormais l’employeur, dans le cas du football, le club.

Une taxe injuste

Les clubs professionnels qui déclarent avoir déjà payé 255 millions d’euros de charges sociales sur les salaires et 89 millions d’euros en impôts et taxes l’an dernier, qui déclarent verser annuellement 120 millions d’euros au sport amateur, et qui ont déjà vu la suppression du droit à l’image collective, estiment qu’ils sont soumis à une trop rude épreuve. Ils n’ont pas tort.

Cette taxe est injuste. Elle va porter sur des contrats à durée déterminée déjà signés, elle a donc un effet rétroactif.

Elle va déséquilibrer le budget des clubs. Si le PSG et Monaco n’auront pas de problème, elle mettra en danger Lille, Saint-Étienne, Bordeaux ou Lyon. Elle concerne principalement dans le domaine sportif les footballeurs, tennismen, pilotes automobile, golfeurs ne payant pas leurs impôts en France. Une fois encore on taxe ce qui n’est pas délocalisable.

Enfin, elle exonère tous ceux qui sont payés en honoraires et non pas en salaires : chanteurs, artistes, chirurgiens, avocats y échapperont.

Modifier le rapport de force

La grève est une mauvaise réponse. Elle ne risque pas de faire reculer le gouvernement qui aura à cœur de faire preuve de fermeté. La suppression d’une journée de football fera débat mais ne modifiera pas le rapport de force et ne créera pas de dysfonctionnement. Elle sera spectaculaire mais inefficace. Les footballeurs sont considérés comme trop payés.

Les déclarations du jeune Florian Thauvin faisant la grève de l’entraînement et se déclarant « smicard du football » alors qu’il avait un revenu de 45.000 euros par mois n’ont certainement pas arrangé cette perception.

Mais ces excès regrettables ne doivent pas justifier le football bashing qui est devenu l’un des sports les plus fréquentés dans les milieux politiques et médiatiques. Patrice Evra, attaqué par les journalistes, se voit fustiger car ayant voulu exercer son droit de réponse.

Qu’auraient dit les médias et politiques, si comme lors des J.O de Londres, les footballeurs s’étaient lancés dans un affrontement physique après la défaite, comme les basketteurs contre l’équipe d’Espagne ou avaient démoli un studio de télévision comme les handballeurs après leur médaille d’or ?

Mobiliser les parlementaires

La très grande visibilité du football est à la fois sa force et son talon d’Achille. Les milieux du football ont longtemps jugé inutile d’organiser la riposte médiatique en réactions aux attaques souvent injustifiées. S’il faut organiser cette riposte, encore faut-il bien l’évaluer et tenir compte des rapports de force avant de vouloir les modifier.

Il serait plus avisé pour les clubs professionnels de mobiliser les parlementaires pour saisir le Conseil constitutionnel.

Il n’est pas certain que cette seconde version de la taxe passe. À la fois rétroactive et ne portant que sur les salaires sans porter sur les revenus son fondement juridique est loin d’être inattaquable.

Si le monde du football n’est pas exempt de comportements critiquables, il faut quand-même réaliser que la paresse intellectuelle et les comportements moutonniers conduisent à le critiquer en bloc, sans faire la part des choses.

Au monde du football de savoir livrer la bataille de l’opinion, la grève n’aidera pas à la gagner.

Pascal Boniface, Directeur de l’IRIS, paru dans « Le Plus/ Nouvel Obs. com »,  Permalien