A l’index, les bricoleurs du dimanche.

Grand-père, Ils sont devenus fous. Toi qui as bataillé sans relâche avec des milliers d’autres pour obtenir deux journées consécutives de repos hebdomadaire, toi qui a participé aux revendications pour ne pas travailler plus de 8:00 par journée ouvrée, tu dois te retourner dans ta tombe.
Dans les années 80, lorsque j’écoutais ma grand-mère parler de l’emploi de son temps, elle insistait sur la durée et l’exploitation rationnelle dont elle a fait l’objet dans sa jeunesse. Elle commença à travailler à 12 ans en apprentissage (1) et passa « artisan » dès ces 20 ans (2), parce que la famille n’était pas riche, elle se rendait à son lieu de travail à pied. Elle ajoutait avec un son œil malicieux, ce n’était pas bien difficile, nous habitions alors dans le 13e arrondissement et je me rendais dans le 4e ; c’était bien plus long lorsque nous avons déménagé dans la banlieue qui ne s’appelait pas à l’époque le 94. Toujours est-il que les journées faisaient au minimum 9 h, voir 10 h et qu’il nous fallait du temps pour nous y rendre et revenir le soir et cela six jours par semaine, sans congés payés.
S’il y a bien des valeurs qui m’ont été donné, c’est à la fois de respecter et faire respecter un contrat de travail. J’ai toujours été contre toutes heures supplémentaires même si elles contenaient un surcoût payé par le patron, de même j’ai toujours respecté les week-ends chômés.
Franchement, quel est ce type de revendication qui veut que l’on travaille le dimanche pour augmenter sa rémunération, alors que c’est la revendication d’une réévaluation salariale qu’il faut faire valoir pour contrer à la fois l’austérité et les indécentes augmentations des dirigeants d’entreprises. MC

Non au dimanche travaillé 001Les agités du dimanche

Bien loin de la défense des travailleurs, des collectifs qui n’en ont que le nom organisent avant tout un lobbying patronal et libéral.

« On ne fait pas la manche, on veut le dimanche », lancent une poignée de salariés de Leroy Merlin et de Castorama. Ceux de Sephora, pas plus nombreux, sont dans la rue pour travailler la nuit… On se frotte les yeux ! Car aux cris de « yes week-end », et à grand renfort de tee-shirts et de « like » sur Facebook, il aura suffi de quelques jours d’agitation médiatique organisée par un Collectif des bricoleurs du dimanche pour que le gouvernement annonce une mission. La énième du genre : elle a en effet été confiée à Jean-Paul Bailly, ex-PDG de La Poste, qui s’était déjà exprimé sur le sujet dans un rapport de 2007, partisan d’aménagements… en faveur du travail du dimanche.

La mission Bailly répondra au coup de gueule organisé par des groupes créés en quelques heures sur les réseaux sociaux. Pourtant, le collectif Yes week-end, celui « des bricoleurs du dimanche », ainsi qu’une certaine Marie-Cécile, porte-parole des salariés de Sephora « qui veulent travailler de nuit », sont les vitrines d’un seul et même lobbying libéral.

Yes week-end a pour jeune porte-parole des « travailleurs méprisés » Jean-Baptiste Jaussaud, qui, en coulisse, est aussi le représentant de la très libérale association Liberté chérie, dont la vocation est de « réformer » le modèle social français et d’être antisyndicale…

Jean-Baptiste Jaussaud cumule les casquettes de promoteur en France du mouvement ultraconservateur des Tea Party et d’entrepreneur marseillais averti. Il a soutenu en 2012 le mouvement des « Pigeons entrepreneurs », qui a fait reculer le gouvernement socialiste sur la taxation des plus-values de titres de société, et dont Yes week-end s’est inspiré.

Les « bricoleurs du dimanche » sont quant à eux représentés par Gérald Fillon, employé au Leroy Merlin de Gonesse (95), qui surfe sur la vague du collectif et de la pétition avec sa page Facebook.

Reçu à Matignon en lieu et place des syndicats représentatifs du personnel, ce prétendu collectif bénéficie des conseils d’une agence de communication, rétribuée par les directions de Castorama et de Leroy Merlin, des enseignes condamnées à fermer leurs magasins le dimanche en Île-de-France.

Et le surprenant mouvement né autour de l’enseigne Sephora et de son magasin des Champs-Élysées, condamné à respecter la loi sur le travail de nuit, est animé par Marie-Cécile Cerruti, militante UMP qui s’affiche en compagnie de Jean-François Copé.

La jeune femme est membre du bureau national du Mouvement des étudiants (MET, classé à droite), la branche universitaire du syndicat UNI. Avec ses messages réactionnaires parés de vertus, ce lobbying 2.0 n’a d’autre objectif que de manipuler l’opinion publique et de « faire bouger le gouvernement ». Loin de la défense collective des « travailleurs méprisés ».

Article paru dans Politis n° 1272

couv politis 1272

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Notes

1)      Comme « polisseuse en joaillerie »

2)      Elle le quitta à 72 ans, soit 60 ans après, et en tant qu’Artisan, (seule possibilité pour exercer ce très noble métier), avec comme retraite les « économiquement faible »