Qatar et Qataris vers la perversion du monde par pétrodollars interposés ?

Si tout va bien, la version 2022 de la Coupe du monde de football aura lieu en hiver (la Fifa pourrait en décider ainsi au vu des 50 degrés enregistrés au Qatar en été).

Il ne reste qu’une petite question gênante à résoudre : combien de personnes devront-elles perdre la vie pour qu’elle puisse être à la hauteur de sa réputation d’événement sportif le plus suivi de la planète ? « Il y aura plus de victimes parmi les ouvriers qui travaillent sur les chantiers des sites que de joueurs pour disputer la compétition », prédit Sharan Burrow, secrétaire générale de la Confédération syndicale internationale (CSI).

La monarchie absolue du Qatar, dirigée par le clan Al-Thani, aussi incroyablement mystérieux que fabuleusement riche, ne tient pas plus de statistiques sur les questions de santé et de sécurité qu’elle ne tolère d’élections libres.

La CSI a dû se débrouiller pour compter les cadavres par elle-même. Elle a découvert que cette année, pour l’instant, 83 Indiens avaient trouvé la mort.

Le petit État du Golfe sert également de sépulture à 119 ouvriers népalais des travaux publics. Deux cent deux travailleurs émigrés ayant en outre perdu la vie au cours des neuf derniers mois, Mme Burrow s’estime en droit d’affirmer que l’on enregistre au moins un décès par jour. Et ce chiffre ne peut qu’augmenter, le Qatar venant d’annoncer qu’il accueillerait 500.000 immigrés supplémentaires pour construire ses stades, ses hôtels et ses routes avant 2022.

Lorsqu’on s’extasie sur la fortune qui permet aux membres de la famille royale qatarie d’acheter le village olympique et les Chelsea Barracks (zone résidentielle de Londres), on ignore à la fois le martyre des travailleurs immigrés et l’étrangeté de ces États riches en pétrole.

Comment définir le Qatar ?

La « monarchie absolue » est encore bien loin de la réalité de cette société où les immigrés représentent jusqu’à 99 % de la main-d’œuvre du secteur privé.

On pense à l’Afrique du Sud de l’apartheid. Les 225 000 citoyens du Qatar ont le droit de fonder des syndicats et de faire grève ; pas les immigrés, qui sont environ 1,8 million. Les immigrés et leurs employeurs sont liés par la kafala (un système qui maintient le travailleur immigré dans une relation de dépendance vis-à-vis de son tuteur). Les travailleurs immigrés doivent ainsi obtenir le consentement de leur patron s’ils souhaitent changer d’emploi. Si un travailleur démissionne, ses employeurs, considérés comme ses parents adoptifs, peuvent l’accuser de fugue et le faire arrêter par la police.

Mais le Qatar n’est pas un phénomène isolé. La corruption et l’immense gâchis engendré par la Coupe du monde 2014 au Brésil ont ainsi provoqué de graves émeutes.

Et la Douma (le Parlement russe) de Poutine a déjà voté une loi restreignant les droits des travailleurs affectés aux chantiers de la Coupe du monde 2018.

La Fédération internationale de football association (Fifa) est une organisation décadente au sens politique du terme. C’est une institution dont le comportement va à l’encontre de tous les beaux principes qu’elle revendique. Si la Fifa aimait vraiment le football, elle n’aurait jamais pensé à organiser un tournoi en plein été au Qatar.

Combien de temps les journalistes sportifs vont-ils continuer à taire ces abus couverts par la Fifa ?

La Coupe du monde fait voler en éclats tous les clichés. Les gens disent que « le football est une question de vie ou de mort », et « bien plus que ça ». Le sport, c’est « la guerre, les coups de fusil en moins », disait Orwell. Il n’y aura pas de coups de fusil au Qatar, mais de nombreux immigrés y trouveront la mort.

Kick Cohen – Publié le 27 septembre, The Observer (extraits) Londres

Dans un article intitulé « Les esclaves de la future Coupe du monde au Qatar » et publié le 25 septembre, The Guardian a révélé que 44 immigrants népalais avaient trouvé la mort sur les chantiers de sites qui doivent accueillir les matchs du Mondial 2022 au Qatar, d’après des documents confiés au quotidien britannique par l’ambassade du Népal à Doha.Le Qatar a démenti les informations du journal britannique, tandis que la Fifa a indiqué que la question serait abordée lors de la prochaine réunion de son comité exécutif, les 3 et 4 octobre, à Zurich. De son côté, la presse arabe a préféré éviter ce sujet.

°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°

Ajout du soir ….

Le Qatar champion mondial de l’exploitation des salaries!

En Allemagne, en Colombie, en Belgique, en France, au Burkina Faso, aux États-Unis et dans les 315 pays où la Confédération syndicale internationale (CSI) est présente, le 7 octobre est une journée de mobilisation contre le travail asservissant. Au Qatar, où il est pratiqué sans bornes, 44 ouvriers sont morts, en 3 mois, sur les chantiers des futurs stades de la Coupe du monde de foot en 2022.

Depuis 2008, la Confédération syndicale internationale (CSI) organise le 7 octobre la Journée mondiale du travail décent. Décent, cela signifie qu’un travailleur puisse vivre de son travail, subvenir à ses besoins quotidiens, comme manger, avoir un toit et être en mesure de donner une éducation à ses enfants. L’objectif de cette journée, c’est de rappeler ces fondamentaux. Le nombre de travailleurs pauvres explose. Entre 2 et 3 millions en France et 633 millions dans le monde, selon le Bureau international du travail.

Cette journée est aussi l’occasion, pour les organisateurs, de donner du sens à la solidarité internationale. Les syndicats du monde entier seront mobilisés sur une même cause. Cette année, c’est au tour de la syndicalisation. « Seulement 7 % des travailleurs sont syndiqués en France et dans le monde. Organiser de nouveaux membres est la tâche la plus cruciale à laquelle est confronté le mouvement syndical », souligne la CSI. En effet, le syndicat représente un contre-pouvoir.

La journée du 7 octobre va se décliner en actions différentes selon les pays: des manifestations en Colombie, des conférences en Allemagne… En Belgique, les syndicats vont organiser une campagne de solidarité pour les travailleurs migrants qui construisent les stades de la Coupe du monde de foot 2022 au Qatar dans des conditions dignes de l’esclavage : 44 morts entre juin et août. Et ce n’est pas une première dans le pays: en 2010, 19 ouvriers népalais sont morts dans des accidents du travail, selon l’ambassade du Népal, en 2012 plus de 1000 ouvriers ont été blessés à cause de chutes.

Avec cinq accidents du travail pour 100 000 employés, le Qatar affiche un taux huit fois supérieur à celui de la Grande-Bretagne. Au Qatar, les salariés migrants n’ont pas le droit de s’organiser librement. Le 7 octobre sera donc l’occasion pour les salariés européens de se réunir dans le quartier européen de Bruxelles et d’interpeller les institutions européennes sur le drame que vivent ces travailleurs. D’ores et déjà, la campagne a été lancée. Les citoyens peuvent apporter leur soutien aux salariés du Qatar via Internet (1).

« Si les autorités du Qatar ne respectent pas les travailleurs, alors la Coupe du monde de football ne peut se faire dans ce pays. Il y a plus de gens qui vont mourir en construisant les stades qu’il y aura de joueurs sur la pelouse », s’insurge Mathieu Debroux, le porte-parole francophone de la CSI. « Le Qatar construit des stades dans des régions où la température dépasse les 50 degrés. Les conditions de sécurité ne sont pas réunies. Le Qatar importe plus de 90 % de la main-d’œuvre, les salariés viennent principalement d’Inde, de Bangladesh et du Pakistan. Ils sont parqués à 14 dans une même chambre, n’ont plus droit à leur passeport », dénonce-t-il. Lorsqu’ un salarié est engagé, il appartient à son employeur. C’est lui qui dispose du passeport et qui peut décider si le salarié a un visa de sortie. La FIFA, fédération qui organise l’événement footballistique, reste silencieuse sur la santé des travailleurs.

L’année dernière, plus de 500 actions dans 120 pays ont été réalisées aux quatre coins de la planète. Les syndiqués, qu’ils soient au Burkina, en France ou aux États-Unis, ne sont pas seuls car la CSI regroupe 315 organisations dans le monde.

CHRISTOPHE BARETTE – HD N°21267 – OCT

(1) www.rerunthevote.org.

FRANCE: 250 EUROS POUR 70 HEURES

La France n’est pas épargnée par le travail « indécent ». Le travail informel explose, comme dans l’agriculture ou la viticulture. Dans le sud de la France, chaque année les syndicats mènent campagne pour que les salariés migrants, qu’ils viennent du sud de l’Europe ou d’Afrique, soient informés de leurs droits. Le syndicat CGT de Narbonne va se saisir de la journée du 7 octobre pour animer un débat sur le thème « Travail décent et protection sociale ». « Nous avons le cas de trois salariés qui ont travaillé pendant quatre mois pour un viticulteur du département. Ils étaient payés entre 250 et 450 euros pour 70 heures par semaine », dévoile ce syndicat. Les plaintes sont en cours d’instruction. Ce n’est pas une première, les salariés migrants subissent des conditions d’exploitation extrêmes. Le syndicat CGT veut à cette occasion coordonner son action avec la CGTP, l’une des principales centrales syndicales portugaises. CHRISTOPHE BARETTE