Une retraite par répartition et solidaire, fruit des richesses créées

Les milieux gouvernementaux et patronaux, leurs experts, le rapport Moreau ont  signifié qu’il n’y a point de salut en dehors de mesures frappant les retraités et surtout les futurs retraités.

Cet article à été rédigé le 22 aout 2013, avant la prise de decision du gouvernement sur les refaites. Il reste d’actualité dans son raisonnement. MC

Le régime général des retraites de la Sécurité sociale ne sont plus que l’ombre d’eux même et son extrême précarité fait déjà saliver les fonds de pension qui rêvent de venir prendre la place et de présenter aux salariées qui en auront les moyens des systèmes de retraite par capitalisation.

Ainsi la France s’est couché devant les injonctions de Bruxelles qui réclame que partout les politiques d’austérité s’appliquent et que les systèmes de sécurité sociale mis en place en Europe à la Libération soient définitivement rayés de la carte dans une période de crise, dit-on, dans ces milieux de privilégiés.

Ainsi, sur France Inter, le « porte-parole du patronat », du journal les Echos, nous a fait le point des mesures que s’apprêterait à annoncer le premier ministre: une hausse de la CSG affecterait les retraités et les actifs, un allongement de la durée de cotisation.

Sarkozy et Filon ont rêvé d’une telle réforme et n’avaient pu l’obtenir en 2010 face à plus de 7 millions de personnes au total qui avaient manifesté durant plusieurs semaines à l’appel des organisations syndicales et des partis de gauche dont le Parti socialiste. Le commentateur de France Inter disait que les travailleurs risquent d’en prendre leur petit déjeuner de travers. Il a raison.

C’est certain, et en particulier pour tous ces jeunes précaires, ces jeunes chômeurs en attente parfois pendant des années d’un vrai boulot permettant de cotiser pour les retraites et d’obtenir un jour le droit de partir avec les trimestres nécessaires pour une retraite à 60 ans, comme les manifestants de 2010 l’exigeaient. Même chose pour les retraités qui vont voir leur niveau de vie reculer sérieusement et suivre les autres reculs remontant aux mesures Balladur de 1993.

Cette réforme est une grave faute du gouvernement. En voulant l’engager en parfait accord avec le patronat, il s’agit de mettre un terme, au bout, à la cotisation dite patronale déjà amputée par de multiples exonérations, et de la faire payer pour la quasi-totalité par le monde du travail avec la CSG et éventuellement la TVA. Pendant ce temps, les grandes entreprises s’engraissent et distribuent toujours plus de profit à leurs actionnaires avec ce qui est en sorte pris aux salariés et aux retraités, ne serait-ce que par les exonérations de cotisations sociales dont bénéficient ces grands groupes, jusqu’à 1,6 fois le Smic.

Le gouvernement, c’est grave, résilie ainsi 1945 et le système solidaire de la Sécurité sociale mis en place par Parodi, Croizat et Laroque, avec l’aide puissante de la CGT et de ses cinq millions d’adhérents ainsi que du Parti communiste qui représente alors près de 28 % des voix aux élections. Je rappellerai qu’Ambroise Croizat s’était opposé à une sécurité sociale basée sur l’impôt, contestant le système mis en place en Grande-Bretagne par Beveridge, qui faisait reposer la Sécurité sociale sur la fiscalisation.

La cotisation fut le choix du législateur à l’unanimité de l’Assemblée provisoire et Ambroise Croizat indiquait alors que cette cotisation était en lien avec le travail, la création de richesses de la classe ouvrière, et que la cotisation de l’employeur ne constituait en fait qu’une part de l’entreprise avec celle du salarié prise sur les richesses créées.

L’âge de la retraite était fixé à 65 ans, avec l’idée qu’au fur et à mesure de la reconstruction du pays détruit par la guerre, cet âge pourrait évoluer vers 60 ans. Cela est arrivé tardivement en 1982, grâce à l’union de la gauche et à son gouvernement après une formidable bataille de la CGT, argumentant qu’il vaut mieux payer des retraités que des chômeurs.

Ici, le gouvernement nous convie, hélas, aujourd’hui à un recul de civilisation. Ce choix doit être combattu avec opiniâtreté par tous les travailleurs et les retraités. Le 10 septembre doit marquer notre désaccord le plus complet par une participation massive.

En 1945, il n’y avait plus rien dans les caisses de l’État, la droite pétainiste avait mis le pays à genoux avec les nazis, il fallait reconstruire du social. Des hommes et des femmes l’ont fait avec la Sécurité sociale: ils ont choisi la cotisation sociale pour alimenter cette solidarité que nous a enviée le monde entier. Les Pierre Laroque, Alexandre Parodi, Ambroise Croizat, Georges Buisson, Henri Raynaud, dans leur diversité d’opinion politique et syndicale, n’ont pas hésité à donner les moyens de financement par cette cotisation sociale, clé de voûte du système que seul le patronat de l’époque avait contesté, lui qui avait collaboré avec les nazis en ruinant le pays et en faisant des affaires avec les forces occupantes. Le détruire aujourd’hui en privilégiant la CSG et la décroissance de la cotisation dite de l’employeur serait une honte et une offense à ceux qui nous ont légué cette Sécurité sociale et ce système de retraite.

Il faut que le départ à la retraite reste à 60ans pour tous et qu’il puisse s’effectuer avant pour les professions pénibles. Il faut avoir le courage; comme nos prédécesseurs, de fixer la cotisation salariale et celle de l’entreprise pour financer nos systèmes de Sécurité sociale. S’il y a encore quelque chose à attendre de ce gouvernement, c’est qu’il ait enfin le courage de s’attaquer à l’argent roi plutôt que de charger la barque du côté des salariés et des retraités.

J’en appelle donc directement au chef de l’État: Monsieur le président de la République, ne soyez pas le fossoyeur de la retraite par répartition et solidaire.

Bernard Lamirand, animateur du comité d’honneur national pour la reconnaissance d’Ambroise Croizat.

°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°

AJOUT DU 06 OCT 2013

L’allongement de la durée de cotisation n’est pas une fatalité

Selon le Conseil d’orientation des retraites (COR), les soins de financement du système par répartition pourraient atteindre 21,7 milliards d’euros en 2017. Si ce montant est considérable, il doit néanmoins être relativisé, au regard des 300 milliards d’euros consacrés chaque année au financement des retraites, tous régimes confondus.

Pour répondre à ces besoins de financement, les opposants à l’allongement de la durée de cotisation défendent des propositions alternatives.

À l’instar de syndicats, ils mettent en avant le lien étroit entre la situation financière de notre protection sociale et celle de l’emploi. Le chômage de masse, la précarité et les bas salaires ont en effet un double effet pervers. Ils tirent vers le bas les futures pensions de ceux qui les subissent, tout en privant le système de retraites de ressources considérables.

Celui-ci perd, selon les estimations, entre 500 et 800 millions d’euros de recettes à chaque fois que le pays compte 100000 chômeurs de plus.

Les politiques de gel des salaires réduisent aussi mécaniquement le montant des cotisations. La perte d’un point de masse salariale occasionne un manque à gagner de presque 1 milliard d’euros, tandis que celle générée par l’inégalité salariale hommes-femmes est estimée à 10 milliards d’euros. L’équilibre financier du système des retraites passe donc par une « autre politique de l’emploi », fondée sur la lutte contre la précarité, l’augmentation des sa­laires, la réduction du temps de travail ou encore l’interdiction des licenciements boursiers.

Les opposants à la réforme des retraites pointent aussi le fait qu’une part importante des revenus, comme l’intéressement ou la participation, n’est pas soumise à cotisations. Selon la Cour des comptes, cela représente un manque à gagner de 10 milliards d’euros.

Bien que l’État les compense, les exonérations de cotisations sociales patronales sont aussi dénoncées. Inefficaces et coûteuses pour la collectivité, elles participent d’une étatisation du financement de la protection sociale et contribuent à la diminution de la part des salaires dans la répartition de la valeur ajoutée en faveur de celle des profits.

À l’opposé de cette politique, dont le plusieurs organisations, proposent « une modulation des cotisations » en fonction de la politique salariale, d’emploi et de formation des entreprises.

Ainsi, une entreprise qui diminuerait la part de l’emploi et des salaires dans sa valeur ajoutée au profit de la rentabilité financière verrait son taux de cotisation augmenter.

La dernière piste défendue notamment par ATTAC est celle de la mise à contribution des revenus financiers des entreprises, qui atteignent 250 milliards d’euros.

Une cotisation équivalente à celle des retraites rapporterait 20 milliards d’euros par an. Cette proposition ne fait pas l’unanimité parmi les opposants à la réforme des retraites. L’économiste Bernard Friot est partisan d’une hausse des cotisations. « Taxer le capital, c’est en quelque sorte accepter sa domination. Au contraire, augmenter les cotisations, c’est affirmer la primauté du travail. »

Pierre-Henri. Lab – HD N°21267 – oct 2013