SAPO – Société Anonyme à Participation Ouvrière, vous connaissez ?

La SAPO, c’est bien autre chose que de l’autogestion. C’est l’intuition qu’ont eu, en fin de XIXème et début XXème siècle, des hommes politiques et des sociologues du besoin de changer les rapports de l’Homme à son travail. Il ont souhaité l’alliance du patrimoine financier et du patrimoine travail. La grande nouveauté de la loi de 1917 a été la création des « parts travail » représentant une partie du capital de la SA et donc des droits de vote correspondants, mais surtout l’attribution des ces « parts travail » à la collectivité des salariés constituée sous forme de Coopérative de Main d’Oeuvre. C’est la naissance de l’indivision de travail reconnue et valorisée, ouvrant droit à une participation des travailleurs à la gestion de la société.
Ahurissant que toutes les forces socialistes de ce pays soient passées à coté de cette vraie innovation sociale !

Un commentaire de Roger Daviau, « posté » le mercredi 24 sept 2013.

Chantal Galiberl, PDG en intérim. La quadragénaire est un chef d’entreprise particulier: sa société anonyme à participation ouvrière (SAPO), Ambiance Bois, est gérée collectivement. Une autre façon de travailler.

Située à 60 kilomètres de Limoges (Limousin), Ambiance Bois n’est pas une entreprise tout à fait comme les autres. Dans cette scierie, qui intègre les différentes étapes de la transformation du bois, de l’arbre à la maison, on fabrique des ouvrages de menuiserie, des ossatures de bois et des charpentes. Classique. À ceci près qu’Ambiance Bois est une SAPO: une société anonyme à participation ouvrière.

Son fonctionnement coopératif et la dynamique humaine d’une équipe réunie autour de valeurs et de projets qui dépassent la simple dimension économique, ont permis à cette entreprise, créée en 1988, de traverser deux décennies avec succès. Près de vingt ans plus tard, les six fondateurs ont fait des émules. L’équipe compte aujourd’hui dix-neuf personnes.

Chantal Galibert, quarante-trois ans, y travaille depuis six ans, avec son compagnon menuisier. « Dans l’Isère, nous avions monté une menuiserie associative. Une expérience collective que nous voulions poursuivre ici. Pour ces mêmes raisons, nous avons choisi de vivre en communauté, aux côtés de cinq couples de l’entreprise et de leurs enfants. Dans ce choix de vie au quotidien, nous retrouvons les mêmes valeurs de partage. Mais hormis les revenus de chacun mis en commun et les déjeuners pris ensemble, chaque famille vit dans une certaine indépendance. »

Comme la majorité des membres de l’équipe, Chantal n’avait aucune formation dans la menuiserie. « Ma seule certitude était une attirance pour le travail manuel. Aussi, dès mon arrivée, il m’a paru évident de travailler le bois. J’ai commencé sur les chantiers de poses de toitures et de lambris, en apprenant tout sur le tas », ajoute telle, vêtue de sa tenue de travail. Elle arrive tout juste de la production où elle travaille trois ou quatre jours par mois. Le reste du temps, elle gère le planning, accueille les clients, établit devis et factures, prépare et suit les commandes et les livraisons avec d’autres collègues.

« Ici, chaque salarié a un pied au bureau et l’autre à l’atelier, mais au fil du temps chacun se spécialise plus ou moins à un poste précis », explique Chantal, nommée PDG de la société en mai dernier. « Un poste sans prétention aucune, précise-t-elle. Mais comme pour des raisons juridiques, il est obligatoire de nommer un PDG, nous en choisissons un tous les ans par tirage au sort et sur la base du volontariat. Le titre s’arrête là, il n’a ni fonction, ni statut particulier. »

D’ailleurs, les décisions font toujours l’objet d’un consensus. Chaque jour notamment, de 10 heures à 10 h 30, une pause permet de faire circuler l’information. Le vendredi matin, le planning de la semaine définit les tâches de chacun selon les commandes (sciage, séchage, moulurage, livraison) et les décisions importantes pour la société sont alors discutées.

Car à Ambiance Bois, la hiérarchie n’existe pas. Polyvalence des tâches, gestion collective et salaires égaux la qualifient. « La plupart d’entre nous travaillons à temps partiel car nous avons à cœur de favoriser l’humain et non le chiffre d’affaires, poursuit Chantal. Chacun a besoin de temps pour lui-même, sa famille et pour s’investir dans la vie locale, municipale ou associative du plateau de Millevaches. »

Une qualité qui s’inscrit aussi dans le choix des matériaux qui séduisent les particuliers par l’origine écologique du produit fini. « En choisissant de travailler le bois, nous privilégions l’utilisation d’un matériau sain et naturel, écologique et renouvelable, reprend Chantal. Cela, par l’utilisation de deux essences régionales du massif forestier du Plateau de Millevaches, avec chacune ses résistances mécaniques: le mélèze qui sert à la fabrique de nos matériaux (lambris, parquets, bardage …) et le douglas pour les ossatures de maisons, charpentes, solivages … » Quant aux déchets issus des productions, ils sont tous recyclés.

Par exemple, la sciure chauffe les bâtiments communaux et l’école de Faux-la-Montagne. Les chutes de sciage sont transformées en panneaux de particules par une entreprise hors de la région.

Près de vingt ans après la création d’Ambiance Bois en terre limousine, Chantal et ses compagnons continuent à faire vivre une démarche originale. En terre limousine, la fibre écologique se cultive en groupe.

Eva Sala HD N°64 Numéro spécial – Cet  article a été « posté » sur un e mes anciens blogs le 19 juillet 2007. Permalien