Le financement menace les rythmes scolaires et périscolaires.

Pour Sébastien Sihr, (secrétaire général du Snuipp), la réforme des rythmes scolaires fabrique de nouvelles inégalités entre les communes.

Si certaines communes ont les moyens de proposer un périscolaire de qualité et gratuit, beaucoup d’autres n’offriront qu’un service de « garderie » ou des activités payantes.

Sébastien Sir considère que réformer les temps scolaires n’était pas la mesure la plus urgente ni la plus efficace pour lutter contre l’échec scolaire.

Le Snuipp a enquêté sur la réforme des rythmes scolaires (1). Le 26 août, vous aviez reçu les réponses de 8 186 écoles, dont 2 342 passant à la réforme dès 2013. Que ressort-il de cette consultation?

Sébastien Sihr  Le Snuipp a ouvert un espace de mutualisation pour que chaque école puisse communiquer sur son prochain emploi du temps. Le bilan est en cours mais apparaît déjà un patchwork d’organisations. Le modèle le plus courant pour le (re)passage à la semaine de 4 jours et demi, ce sont des journées d’école qui termineront à 15 h 45 au lieu de 16 h 30, avec trois heures de classe le mercredi matin.

  • Première évidence : cette réforme va entraîner de nouvelles inégalités entre les communes qui ont les moyens d’organiser un périscolaire de qualité avec des activités artistiques, culturelles et sportives à partir de 15 h 45 et celles qui devront se contenter de « faire de la garderie ».
  • Deuxième évidence : si l’idée était de raccourcir la journée d’école pour que l’enfant fasse d’autres activités éducatives, que penser des communes comme Tours qui « saucissonnent » les trois quarts d’heure de périscolaire quotidien supplémentaire avec un quart d’heure le matin, le midi et le soir ?
  • Troisième évidence : la gratuité, engagement de départ du ministère, n’est pas obligatoire. Des villes comme Grolles, Saint-Nazaire ou Donges annoncent des activités payantes.

Quelles sont les collectivités qui passent à la réforme dès 2013?

Celles qui en ont les moyens jouent le jeu. D’autres choisissent des modèles décevants. Mais 80 % ne passeront à la semaine de 4 jours et demi qu’en 2014. Pour celles-ci, tout reste à faire avec la tentation de tout boucler en trois mois avant les municipales. Cette réforme doit s’inscrire dans une concertation avec tous les acteurs, notamment les enseignants.

Le financement reste le nerf de la guerre. Mais le fonds prévu pour 2013 ne sera pas reconduit en 2014. Ne resteront que les 40 euros par élève pour les communes en difficulté. Pour le reste, l’État renvoie sur la Caisse nationale d’allocations familiales (Cnaf). Or, la Cnaf ne peut aider les communes que si celles-ci facturent des activités.

Le système interdit donc la gratuité. Très présente dans les discours, la gratuité n’est finalement pas réglementaire : personne ne peut contraindre les collectivités à proposer du périscolaire gratuit. Pour l’heure, les temps éducatifs sont riches dans les communes riches. Était-ce le but ?

Les enseignants se sont beaucoup opposés à cette réforme. Pourquoi?

Les enseignants sont ouverts à la réforme des temps scolaires. Mais elle a été mal engagée avec des inégalités et des incohérences telles que même des fervents défenseurs de la réforme sont passés de l’indulgence à la déception, voire à la crispation. Et puis résumer la lutte contre l’échec scolaire au retour de l’école le mercredi matin, cela fait un peu court. Les rythmes ont relégué au second plan les questions pédagogiques comme les programmes, les effectifs et la formation continue. Commencer par les temps scolaires a été une erreur de diagnostic. On sait que le noyau de l’échec scolaire se situe dans les territoires en difficulté. Il aurait fallu d’abord lancer un grand plan pour l’éducation prioritaire.

Quelle influence la réforme a-t-elle sur les relations entre scolaire et périscolaire?

Depuis toujours, il existe des collaborations fortes entre écoles et communes. Aujourd’hui, plus de deux millions d’enfants bénéficient déjà d’activités périscolaires dans le cadre de projets éducatifs locaux. Il s’agit de mieux articuler les temps de l’enfant du matin au soi parfois bien après l’école. Tout cela nécessite un dialogue entre les enseignants, la ville et le monde associatif. Dans certains endroits, c’est totalement nouveau. Des cohérences sont à construire mais dans le respect des compétences de chacun.

Qu’en est-il du nombre de postes à la rentrée et de la mise en place des écoles de formation des enseignants (ESPE) ?

Après les années de suppressions, l’école bénéficiera de 3 021 nouveaux postes. Pour absorber 30 000 élèves supplémentaires, près de 900 classes ont été ouvertes, des postes de remplaçants recréés, et environ 900 postes ont été attribués au dispositif « plus de maîtres que de classes ».

C’est une première rupture mais le chemin est long tant le primaire a été malmené et sous-investi. Le ministère doit amplifier son effort en 2014 avec une formation réabondée et revivifiée.

La création des nouvelles ESPE se fait dans le flou et la précipitation. Les universités intégrant ces ESPE ne sont pas toujours armées pour former des enseignants du pri­maire. L’apprentissage de la lecture et la maternelle, par exemple, nécessitent des compétences spécifiques. C’est là un vrai défi.

Interview de Sébastien Sihr – Propos recueillis par Ingrid Merckx – Politis N°1266 – Titre original « Le financement reste le nerf de la guerre ».

Notes :  (I) « Rythmes, où en est-on? Et chez vous comment ça se passe ?», sur http://www.snuipp.fr

 

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