Mélenchon existe-t-il sans le Parti communiste ?

Atlantico : Interrogé sur les récentes sorties de Jean-Luc Mélenchon à l’égard de l’exécutif, le leader du PCF Pierre Laurent a déclaré qu’il refusait « la provocation et l’invective » vis-à-vis des socialistes. Une manière à peine masquée de désavouer un tribun devenu de plus en plus gênant depuis la campagne de 2012. Jean-Luc Mélenchon doit-il s’inquiéter de ce désamour croissant du PCF, véritable bras armé du Front de Gauche ?

Christophe Bourseiller : Il est certain que le PCF a toujours adopté vis-à-vis de Jean-Luc Mélenchon une attitude loyale, mais teintée de méfiance. Certains communistes ont très vite craint de voir Mélenchon s’emparer du leadership de la gauche de la gauche. Ses résultats aux présidentielles, ainsi qu’aux législatives, les ont quelque peu rassurés. Il se pourrait en effet qu’en 2012, Mélenchon ait électoralement atteint son zénith. Son échec a Hénin-Beaumont est évidemment signifiant. Quoiqu’il en soit, il suffit de lire quotidiennement L’Humanité pour constater que Jean-Luc Mélenchon y fait rarement les gros titres. Son actualité semble minimisée. Il se voit traité de même façon que les Verts ou le Parti socialiste.

Peut-on dire qu’actuellement l’entente des huit partis constituant le Front de gauche soit la même que celle qui régnait il y a un peu plus d’un an ?

Avant les élections présidentielles de 2012, un débat animait une partie du PCF. Celui-ci devait-il à terme se dépasser dans un Front de gauche pérennisé ? La fusion du PCF, du Parti de gauche et des autres formations semblait alors envisageable. Aujourd’hui, la dynamique est tout autre. Chaque composante du Front de Gauche joue sa propre carte. Dès lors, le Parti communiste n’a plus besoin de jouer la seule carte de Mélenchon. D’où l’idée de se distinguer de ses foucades. D’autant plus, peut-être, que les élections municipales approchent et que le PCF a besoin pour ses candidats d’une bonne entente avec le PS.

Pierre Laurent a par ailleurs été reçu par François Hollande à l’Élysée le 23 juillet dernier, probablement en vue des prochaines municipales. Doit-on y déceler une volonté du pouvoir d’écarter Jean-Luc Mélenchon de la course politique ?

Le gouvernement n’a bien entendu aucun intérêt à voir croître la désunion à gauche. Surtout dans la perspectives des municipales. Quant au PCF, il n’a plus guère « besoin » d’un personnage comme Mélenchon, et pourrait considérer la carte comme déjà jouée. Il ne lui reste qu’à maintenir des liens diplomatiques avec un allié minoritaire, qui campe sur des positions proches.

Doit-on en déduire pour autant que l’âge d’or politique de Jean-Luc Mélenchon est derrière lui ? Peut-il rebondir ?

L’avenir politique de Mélenchon dépend de deux paramètres : d’un côté, les résultats des futurs scrutins : le Parti de gauche parviendra-t-il à s’imposer, notamment aux municipales ? De l’autre, l’éventualité d’une crise sociale ; si d’aventure une crise éclatait, Mélenchon pourrait en apparaître comme le leader politique naturel.

L’actualité sociale pourrait ainsi modifier la donne politique.

Atlantico du 23 août 2013  – Christophe Bourseiller– Permalien  http://www.atlantico.fr/decryptage/jean-luc-melenchon-peut-exister-sans-parti-communiste%C2%A0-christophe-bourseiller-822374.html