Tous unis contre le règne de l’anglais

Né en1941, au sortir de la guerre l’unité du pays français était de mise et gare à ceux qui entendaient revendiquer leur divergence territoriale. Ainsi Alsacien et Lorrain étaient fiers après un épisode allemand d’être de nouveau rattaché au sol français. Certes Bretons, Basques, Auvergnats, Catalans, Niçois, Corses, Dauphinois, Alsaciens, etc. pratiquaient, du moins pour les plus anciens généralement, un dialecte (sans parler des mots ou appellations spécifiques liés à une action, un objet particulier) mais aucune revendication d’expression régionaliste existait bien que des limites territoriales abstraites, restaient souvent en vigueurs et toujours largement entretenues aujourd’hui.

Puis vint les premières volontés de garder une trace des langues régionales, sauvegarde d’un passé d’abord puis volonté de se démarquer par un dialecte comprit par les initiés puis volonté de marquer une indépendance.

Il est étrange (mais est-ce si étrange ?) qu’une volonté administrative gouvernementale; démontant la France Unie et solidaire, détruisant la péréquation égalitaire en acte, fiscalité et décisions sur l’ensemble du territoire; organiser par les gouvernements d’après-guerre, administre une décentralisation qui par quel miracle retrouve maints limites régionalistes ancestrales.

Toujours est-il qu’après avoir « râlé » contre ces « séparatistes-régionalistes » à mes yeux destructeurs de l’unité de la France, je m’en veux de ne pas avoir « râlé » de l’envahissement de l’anglais dans notre langage. Aussi je souscris au texte qui suit et invite le/la lecteur/lectrice à réagir à tous anglicismes tout en étant absolument persuadé qu’apprendre une langue étrangère est nécessaire. Pour autant est-on forcé d’adhérer à l’apprentissage de la langue pratiquée et dominante dans le monde : aujourd’hui l’anglais, mais l’espagnol et portugais ne sont pas si loin et demain le mandarin et que deviendrons le français allemand, italien, des langues mortes et seulement connues de quelques initiés ?

En lisant la presse internationale, fortement attaché non pas uniquement à la différence culturelle comme certains ont voulus le faire croire, mais bien sur les valeurs des racines linguistiques, culturelles et cultuelles d’un état et par la même créé sa délimitation – voire les nouveaux (ou renouveaux plutôt) des états Balkans.  MC

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Auteur Ovidiu Pecican.Paru dans : România liberă Bucarest

Face à l’engouement croissant des Européens pour l’adoption de l’anglais comme lingua franca, un intellectuel roumain lance un signal d’alarme et appelle à la mobilisation en faveur de la sauvegarde des langues nationales.

J’écrivais, récemment, sur le danger qui guette la langue roumaine dans ses propres contrées. Et ce non pas à cause d’une quelconque baisse de ses locuteurs — imputable à la dégringolade du nombre de naissances ou à la migration massive des Roumains —, mais bien à cause des politiques actuellement menées dans l’Education nationale.

Le fait que de nombreux travaux de post doctorat soient déposés en anglais, et qu’on ne valorise que les travaux publiés dans les revues étrangères et écrits en langue véhiculaire, a largement contribué à accentuer le désintérêt pour les publications scientifiques roumaines. Mais aussi à déprécier la langue, à moyen et long terme, au sein de l’intelligentsia.

L’anglicisation critiquée en Europe

La Roumanie a déjà connu cela par le passé. Les boyards [aristocrates] de la fin du XIXème siècle méprisaient tout ce qui était roumain, et copiaient les centres de pouvoir de l’époque : Paris, Moscou, Istanbul. [Le personnage] de “Coana Chiriţa” des oeuvres de Vasile Alecsandri était ainsi inspiré des manières “à la française”. De même, les pièces de théâtre de Ion Luca Caragiale montaient en ridicule le fait de copier les modèles occidentaux. Et vers le début du 20ème siècle, l’historien Nicolae Iorga avait pris la tête d’une grande manifestation bucarestoise pour protester contre les représentations théâtrales exclusivement en langue française.

Je reviens aujourd’hui sur ce sujet car l’anglicisation actuelle est également montrée du doigt dans d’autres Etats européens, pas seulement en Roumanie. Mais ces pays ne passent pas pour autant pour rétrogrades ou anti-occidentaux.

La dernière lettre d’information de l’Observatoire européen du plurilinguisme (OEP) note qu’actuellement, la bataille pour le plurilinguisme, et donc contre la domination insidieuse des langues hégémoniques, est menée partout en Europe.

Ainsi, au printemps, l’Institut Polytechnique de Milan avait décidé que ses masters et doctorats devaient être passés uniquement en anglais. Et ce au nom de l’internationalisation des études et pour améliorer la compétitivité des universités italiennes. Mais le Tribunal administratif de Lombardie en a décidé autrement : il a acté que le fait d’employer l’anglais n’avait aucune influence ni sur la qualité ni sur la valorisation à l’international des enseignements. La même instance a précisé qu’en obligeant ses professeurs à enseigner en anglais, l’Institut Polytechnique portait atteinte à la liberté des enseignants.

Protéger un patrimoine inestimable

Dans la même lettre, l’OEP constate que, en termes d’anglicisation de son enseignement supérieur, l’Allemagne — qui a avancé beaucoup plus vite que la France et l’Italie mais reste loin derrière les pays scandinaves et les Pays-Bas — dispense presque 10% de ses programmes de masters et doctorats uniquement en anglais. Un chiffre qui fait réfléchir aux conséquences de cette politique. Certes, l’anglais permet aux recherches allemandes de gagner en visibilité à l’international, mais l’allemand peut tout aussi bien en favoriser le succès.

La France, elle, a développé des programmes similaires pour attirer davantage d’étudiants étrangers, et en premier lieu les Chinois. Mais aujourd’hui, elle constate que bon nombre d’entre eux parlent le français ou sont désireux d’en faire l’apprentissage ! En outre, l’Assemblée nationale française, puis le Sénat, ont décidé qu’il fallait revoir à la baisse le nombre d’enseignements dispensés en anglais, et que les travaux de fin d’études devaient être écrits en français.

Enfin, le British Coucil, dans le cadre de son programme Language Rich Europe, a fait état de la prédominance de la langue anglaise. Dans les conclusions de son rapport sur la situation linguistique de l’Europe, il s’est ainsi montré favorable au multilinguisme.

En luttant pour que la langue roumaine retrouve au moins chez elle la dignité et la considération qu’elle mérite — tout en ne sous-estimant pas l’importance des langues de grande circulation internationale —, nous contribuons à pondérer les effets insidieux de la mondialisation. Nous contribuons à protéger l’inestimable patrimoine immatériel dont nous sommes dépositaires et qu’il convient de transmettre dans toute sa richesse.

[Cette lutte] patriotique, loin d’être de l’ordre du fétichisme nationaliste, apporte quelque chose de très positif à notre culture ainsi qu’à notre civilisation. Et à l’Europe en général.

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