Élucubrations d’une journaliste naïve et canadienne …

Quand une journaliste canadienne « naïve » découvre la France depuis les beaux quartiers parisiens et qu’elle étend son jugement à toute la France. Voir la France à travers les « beaux quartiers » ça donne un raisonnement très surréaliste de la mentalité française et proprement irréaliste.

Au résultat ; est-ce vraiment de la naïveté ? Auquel cas le responsable du journal (ou revue) aurait dû réagir (me semble-t-il) à moins que cela soit une volonté délibérée de dénigrer la France et les Français sur le territoire canadien. Toujours est-il que je trouve ces inepties savoureuses dans l’énormité fortement réductrice de l’esprit français véhiculé. MC

Les Français ne sont pas comme vous et moi. Pour commencer, ils sont mieux élevés. « On peut commander un hamburger, m’explique mon amie Sarah, mais il faut toujours le manger avec un couteau et une fourchette. Les Français trouvent dégoûtant de toucher la nourriture avec les doigts. »

Sarah vit et travaille à Paris, elle a bien de la chance. Sa mère et moi sommes allées lui rendre visite pendant quelques jours le mois dernier, pour savoir si elle ne se sentait pas trop seule. Elle a passé le plus clair de son temps à nous tirer d’embarras. « Il ne faut jamais faire signe à un taxi dans la rue, nous a-t-elle appris, c’est illégal. » Pour prendre un taxi, il faut d’abord trouver une station de taxis.

Mais, même si vous en dénichez une, le chauffeur peut estimer que votre course n’est pas pratique pour lui. « Non, non, non* », nous a dit l’un d’entre eux pour nous chasser tout en allumant une cigarette. Nous lui avons demandé si, d’après lui, un de ses collègues passerait bientôt. « Peut-être », a-t-il répondu.

Sarah nous a révélé que l’idée de profit ne jouait pas le même rôle dans la société française que chez nous. Par exemple, beaucoup de restaurants n’ouvrent pas le dimanche, même au plus fort de la saison touristique. Il est plus important de faire une pause que de faire de l’argent. Il en va de même au mois d’août, où la capitale est pour ainsi dire fermée tandis que ses habitants prennent tous de longues vacances.

Pour les Français, le capitalisme a quelque chose d’un rien vulgaire. Ce qui compte vraiment, ce sont les relations. Si vous commencez à acheter vos baguettes chez le boulanger au coin de la rue, pas question de les acheter ailleurs, vous risquez de faire de la peine au boulanger.

Maîtrise de soi. Tous les Français se considèrent comme les égaux de tout le monde, et ils sont prompts à vous faire savoir que vous les avez offensés. Un jour, dans un café élégant des Champs-Elysées, nous avons entendu la chef de salle, tirée à quatre épingles, rappeler à l’ordre un client américain devant toute sa famille.

Il avait commis l’erreur, ce mufle, de claquer des doigts pour réclamer l’addition. « Vous m’avez blessée, lui a-t-elle lancé. Je ne suis pas une servante. Je suis fière de ce que je fais Ce n’est pas bien de me traiter de cette façon. « L’Américain était tout penaud.

Les Parisiens sont de fervents partisans de la correction, du bon comportement, de l’ordre et de la maîtrise de soi. « Calme-toi* », disent-ils quand un enfant n’est pas sage et, si ça ne suffit pas : « Tu te calmes* ! » Un jour, nous avons effectivement vu une mère donner à sa fille qui braillait une tape sur le derrière avant de faire semblant de s’éloigner. Ça n’a pas raté, la petite s’est calmée. Le résultat, c’est que les enfants français sont étonnamment bien élevés. Ils ne consomment pas de malbouffe non plus. Eux, ils mangent du foie gras*.

Sarah adore Paris, et c’est bien normal. Mais elle n’est pas sûre d’y rester pour toujours. Tout d’abord, il y a ces messieurs les Français, superficiels et toujours en manque d’affection. Ils consacrent plus d’attention qu’elle à leurs vêtements et à leurs cheveux. Chez eux, il est à la mode d’avoir du vague à l’âme.

Un séduisant jeune collègue lui envoie souvent des textos avec des messages du style : « Je suis tout le temps si triste. » Elle lui a donné quelques conseils pour retrouver le moral, en vain. Et ils n’arrêtent pas de tromper leur petite amie.

Leurs vies amoureuses regorgent de drames romantiques orageux et complètement inutiles qui, aux yeux des jeunes femmes à l’esprit pratique d’Amérique du Nord, passeraient pour une perte de temps absolue. Paris est un endroit merveilleux à visiter, mais il ne fait peut-être pas si bon y vivre. Un appartement exigu à la plomberie capricieuse et sans ascenseur peut coûter dans les 2 millions de dollars (canadiens, soit 1,47 million d’euros).

Le pays part à vau-l’eau, et personne n’a l’air de vouloir y remédier. Les jeunes adultes titulaires de bons diplômes sont condamnés à enchaîner les contrats précaires tandis que leurs aînés jouissent de la sécurité de l’emploi à vie. Des millions, en gros, ne font rien, mais il est impossible de les virer à cause du droit du travail français.

Tout le monde est en colère contre le gouvernement, empêtré dans les scandales et la cor­ruption. L’ancien ministre du Budget fait l’objet d’une enquête pour avoir planqué des centaines de milliers d’euros sur un compte secret en Suisse.

François Hollande, le président en exercice, est tellement impopulaire qu’à côté la popularité de notre Premier ministre, Stephen Harper, paraît phénoménale. « Il est faible, commente le guide qui nous fait découvrir Versailles. Personne ne sait où il va. »

La vie privée du président semble tout droit sortie d’un vaudeville. Pendant des années, il a vécu avec Ségolène Royal, 59 ans, la mère chic et superbe de ses quatre enfants, qui se trouve être, comme lui, une socialiste ambitieuse.

Puis il s’est mis avec Valérie Trierweiler, mère de trois enfants deux fois divorcée qui, en tant que journaliste, a rédigé des portraits dithy­rambiques de lui. Elle aussi est chic et superbe, et les deux femmes se haïssent ouvertement. En plus de ça, Hollande et Royal sont désormais des rivaux politiques acharnés. L’air est lourd de trahison et d’amertume. « Je pardonne, mais je n’oublie pas* », a déclaré Royal il y a peu.

Les Français ne se soucient guère de savoir que leurs politiciens sont adultères – à vrai dire, ils s’y attendent un peu. Mais ils n’apprécient pas le désordre. « Il n’arrive pas à contrôler ses femmes, et les gens le méprisent à cause de ça », nous a affirmé notre guide.

La vie amoureuse chaotique de Hollande ne fait que confirmer le fait que la France est gouvernée par une minuscule élite incestueuse du monde politique, des affaires et des médias, qui mange, boit et couche ensemble sans avoir l’ombre d’une idée sur les moyens de résoudre les terribles problèmes du pays. Les choses en sont à un tel stade que quelques commentateurs radicaux recommandent même à la jeune génération de partir. Ce qu’elle fait, de plus en plus. C’est une évolution troublante dans un pays dont tous les habitants, ou presque, sont persuadés de se trouver au pinacle de la civilisation.

« Alors, quand penses-tu rentrer ? » demande je à Sarah pendant le dîner, tandis que nous dévorons du foie gras*, du magret de canard* et des fraises d’une fraîcheur impeccable accompagnées de crème Chantilly. C’est une délicieuse soirée parisienne. A quelques pas de là, la tour Eiffel brille de nouveau de tous ses feux, après une grève courte mais brutale, qui a plongé entre dix mille et vingt mille touristes dans le désarroi.

« Je ne sais pas encore », me répond-elle, avant d’ajouter: « Ne touche pas ta nourriture, c’est mal élevé. »

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The Globe and Mail Toronto – Margaret Mate Publié le 6 juillet Lu dans courrier international N° 1186

(*) En français dans le texte.

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