» Lettre à ses commettants « 

S’il faut expliciter le texte de Robespierre ci-dessous, disons qu’il dénonce les citoyens quittant la France afin de « planquer » leurs sous, avoirs et biens divers dans des pays à l’imposition plus douce en considérant dans le même temps qu’il faut rester avec la nationalité française, en espérant des jours meilleurs, pour son seul et égoïsme bien être. Qu’importe l’idée de solidarité envers ses concitoyens. Robespierre dénonce leurs retours et demande confiscation et imposition alourdie. MC

C’est le sujet de l’article publié dans son journal « LETTRES A SES COMMETTANTS » en mars 1793, Robespierre réclamant un ren­forcement des lois contre les émigrés :

« La facilité avec laquelle les émigrés rentrent en France, et la confiance avec laquelle ils reparaissent au milieu de nous, prou­vent l’insuffisance des lois portées contre eux. Elles sont tout au plus des toiles d’araignées où se prennent les plus faibles d’entre eux mais dont se dégagent aisément les plus considérables par la fortune, par le crédit, et par le talent de l’intrigue »

Constamment soucieux du respect des droits de l’homme, Robespierre reconnaît que :

« … ces mesures révolutionnaires ont leurs dangers, mais elles n’en sont pas moins justes et nécessaires. … Le régime des temps de paix et de concorde ne peut être en tout celui des temps de guerre et d’ora­ges… »

Puis il démontre pourquoi :

« Jamais loi ne fut plus exposée à plus d’infractions que celle-ci. On pourrait citer un assez grand nombre des de municipalités, de directoires où les émigrés rencontrent parmi leurs juges, leurs amis : leurs parents, leurs anciens courtisans, leurs avocats, leurs baillis, leurs fermiers, leurs procureurs fiscaux… La faiblesse seule du cœur humain, la faiblesse seule de nos mœurs, et de nos caractères aurait suffi pour multiplier les infractions à la loi. »

« Combien de gens aux yeux de qui les émigrés sont encore des nobles et des gens comme il faut. »

« Combien de gens ne s’attendrissent qu’aux tragédies qui représentent les catastrophes des princes et des rois, et pour qui les malheurs des hommes obscurs et les calamités des peuples ne sont que de vaines déclamations. »

« Il faut une force de caractère beaucoup plus grande qu’on ne pense pour résister aux prières d’un homme insinuant, qui dé­ploie toutes ses ressources, pour excuser toutes ses faiblesses et conserver une grande fortune…»

« Rien de si commun que la sensibilité qui pardonne aux oppresseurs ; rien de si rare que la sensibilité qui les immole coura­geusement aux opprimés…»

Puis Robespierre exige plus de rigueur dans la confiscation des biens de émigrés qui sont nécessaires à la patrie :

« … pour vaincre les ennemis qu’ils lui ont suscités; pour soulager le peuple qu’ils ont réduit à la misère, pour sauver la fortune pu­blique qu’ils ont voulu ruiner; pour acquitter la dette de l’Etat qu’ils ont accrue et créée en grande partie, pour nourrir les veuves et les enfants des héros de la liberté qui meurent pour l’arracher à la fureur des tyrans leurs complices .Voilà les seuls objets de notre commisération. Ils sont à la patrie ces biens réclamés par ses anciens oppresseurs; je veux bien les plaindre, mais je plains plus encore leurs victimes. »

« Non je n’arracherai pas à mes concitoyens malheureux, le pain arrosé du sang de leurs pères, pour restituer l’opulence à leurs lâches assassins. »

« Quand les larmes des mères de famille et des citoyennes seront essuyées, quand le peuple sera heureux, qu’on s’attendrisse si l’on veut pour les marquises de Coblentz et qu’on s’occupe de donner des consolations à l’aristocratie. En  attendant préférons la république à ses ennemis, l’innocence et le malheur au crime, l’humanité à l’indulgence ».

Source L’Incorruptible – Bulletin des amis de Robespierres P10, N°61, Sept 2007.