Le PS : La reforme des retraites, un ecueil !

La réforme des retraites agite le Parti socialiste, où l’on s’inquiète de ses éventuelles conséquences électorales à moins d’un an des élections municipales et des européennes de 2014.

Vu sur le Blog Atlantico : Alors que commence la concertation avec les partenaires sociaux, le texte d’orientation sur les retraites adopté le Parti socialiste, mardi 9 juillet au soir, plaide pour une réforme des retraites a minima et fixe des bornes à l’exécutif. Cette stratégie est-elle vraiment la bonne ? Va-t-elle handicaper le gouvernement ?

Gérard Grunberg : Oui de ce point de vue-là, ce texte d’orientation ne peut que handicaper le gouvernement. Maintenant, on ne sait pas encore ce que va faire le gouvernement sur la question, il faudra attendre le mois de septembre. Après tout, est-ce que le gouvernement a lui-même une vision d’une réforme a minima ?

Ça paraît plutôt probable par rapport à ce que l’on sait aujourd’hui mais on ne sait pas exactement à quel niveau. Il est clair que le Parti socialiste à une vision très minimaliste sur la question de la réforme des retraites. C’est un texte qui manque de sérieux du point de vue des vrais problèmes qui se posent pour les retraites.

Comme toujours avec le PS : c’est un problème de négociation entre l’aile gauche du parti, fortement représentée dans les instances dirigeantes socialistes, et le reste du parti. Le Parti socialiste essaie toujours de créer des consensus même lorsqu’il n’y en a pas de possible.

Est-ce que le gouvernement tiendra compte de l’avis du PS ? Est-ce il va quand même aller plus loin ? C’est difficile à dire.

Par rapport à l’Allemagne, à l’Europe, une réforme a minima serait sans doute perçue comme un signe très négatif et pourrait mettre en danger la crédibilité de la France à faire de véritables réformes. Le gouvernement est coincé. Est-ce que le souci de l’union du PS va l’emporter sur la crédibilité du gouvernement vis-à-vis de nos partenaires européens à engager une réforme difficile, on aura la réponse au mois de septembre.

Bruno de La Palme : Le gouvernement socialiste en annonçant qu’il veut ouvrir le vaste chantier des retraites a recueilli jusqu’ici un scepticisme généralisé. Il faut dire que l’équipe de Hollande s’est illustrée depuis son arrivée au pouvoir il y a un an par sa pusillanimité pour ne pas dire son immobilisme face à tous les dossiers qui nécessiteraient de l’audace et du courage politique.

Ce 14 juillet à la télévision, François Hollande a répété qu’il était favorable à un allongement progressif de la durée de cotisation, de 41,5 ans pour la génération 1955, ajoutant qu’il n’avait jamais caché cette position.

Ainsi le chef de l’Etat nous annonce solennellement quelque chose qui a déjà été décidé sous son prédécesseur puisque un décret publié au Journal officiel du 2 août 2011 a porté la durée de cotisation nécessaire pour bénéficier d’une retraite à taux plein à 166 trimestres c’est-à-dire 41,5 ans pour les assurés nés en 1955.

Ce décret est dans la droite ligne du principe instauré par la loi Fillon de 2003, selon lequel la durée de cotisation requise pour bénéficier d’une retraite à taux plein évolue proportionnellement à l’espérance de vie à 60 ans.

Avant ce décret d’aout 2011, le Conseil d’orientation des retraites (COR) avait rendu le 6 juillet précédent un avis technique qui concluait à la nécessité, pour la génération née en 1955, de l’allongement de la durée de cotisation à 166 trimestres (41,5 ans).

Ceci est plutôt la confirmation qu’Hollande se mouillera le moins possible sur ce dossier explosif des retraites où il a tout les coups à prendre.

Tout en voulant Privilégier « le dialogue il a expliqué ce 14 juillet que « des mesures immédiates » seront nécessaires en raison de « l’ardoise » de 20 milliards d’euros prévue en 2020.

« Tout le monde fera un effort, chacun peut le comprendre », a-t-il prévenu. « Ce ne sera pas d’un seul coup (…) Chacun sera appelé à faire un effort selon les ressources dont il peut disposer ».

On verra plus bas que cela est annonciateur de nouveaux impôts.

S’il est bien une réforme majeure, que Nicolas Sarkozy avait d’ailleurs appelée la mère des réformes et qu’il avait démarrée, c’est bien celle sur l’avenir du régime des retraites et de son financement.

Un bref rappel : cette bombe à retardement du financement des régimes de retraite, problème dont Michel Rocard disait déjà dans les années 80 qu’il avait de quoi faire sauter plusieurs gouvernements, est le pire héritage laissé par François Mitterrand. Obsédé par le fait de vouloir entrer dans l’histoire des conquêtes sociales et d’ajouter son nom à la liste de celles du Front populaire, il décrète sans aucune concertation début 1982 que l’âge de la retraite est avancé de 5 ans. On passe de 65 à 60 ans. Au même moment nombre de pays européens songent au contraire à repousser cette limite, voyant bien se profiler le choc démographique inéluctable de l’allongement de la durée de la vie. La France était déjà à contre courant il y a 40 ans.

Face à l’ouverture d’une réflexion sur les retraites par le gouvernement Ayrault, La position du PS était donc attendue. Avec intérêt pour ceux qui espéraient sinon un soutien , du moins une certaine neutralité vis à vis de la volonté affichée par le gouvernement de faire quelque chose pour tenter de régler le problème du financement des retraites. Rappelons que le déficit pourrait dépasser 20 Milliards en 2020. Et qu’on parle de 100 Milliards en 2050.

La plupart des analystes qui suivent la gauche française n’en attendaient pas grand-chose. Ils n’ont donc pas été surpris.

Le long texte du PS peut se résumer à deux positions de principe : pas de désindexation des pensions, les socialistes voulant écarter une moindre revalorisation des retraites. Logique mais vague, cela relève du vœu pieu « les retraites ne doivent pas baisser ». Sa seconde position en revanche qui est de ne pas toucher à la durée de cotisation, constitue la clef de voute du raisonnement socialiste. C’est le refus proclamé d’accélérer le « calendrier d’allongement des durées de cotisation ». Or c’est le point crucial.

Il faut noter qu’on ne parle même pas du départ de l’âge de la retraite, véritable ligne rouge pour les socialistes qui ont tant combattu la remontée à 62 ans effectuée par Nicolas Sarkozy en 2010. Toucher à la sacro sainte retraite à 60 ans avait été considéré comme un affront par l’ensemble de la gauche et des syndicats. Les socialistes et Hollande en tête claironnaient dans les défilés d’alors qu’ils abrogeraient cette loi « injuste » en cas de retour au pouvoir. Ce qu’ils n’ont d’ailleurs pas fait, même si pour la partie de la pénibilité du travail, le départ à la retraite a été ramené en 2012 à 60 ans. Ainsi le premier acte des socialistes face à un besoin de financement criant a donc été d’alourdir la barque d’1,3 Milliard d’€ supplémentaire. Un signal désespérant vu du côté de nos partenaires européens, mais qui a ravi la CGT, trop heureuse de coup d’arrêt à la hausse de l’âge du départ à la retraite.

Or, si on ne touche pas à l’âge de départ il faut bien trouver un autre curseur. Il n’ y en a plus qu’un si l’on veut faire « bouger les lignes », c’est la durée de cotisation. C’est précisément la voie retenue dans le rapport Moreau .

Cette hâte du PS à dénoncer l’essentiel de ce rapport pour verrouiller cette question de la durée de cotisation montre l’ampleur de l’idéologie qui les guide.

Ainsi le PS se laisse une fois de plus glisser dans la délicieuse illusion de la négation de la réalité. L’aile gauche des socialistes explique benoitement que la réforme n’est « ni urgente ni opportune », ajoutant que « rien ne justifie socialement, économiquement et financièrement d’en demander plus aujourd’hui ». Il faut se frotter les yeux. Voilà qui illustre une fois de plus la totale déconnexion de la gauche française face aux réalités économiques. Le PS accepte seulement que les durées de cotisation augmentent mais précise son communiqué « après 2020 et à une vitesse égale à la moitié de la progression de l’espérance de vie ». Comme celle-ci progresse nettement moins vite que lors des 30 dernières années voire stagne, on est tranquille, rien ne bougera. On croit rêver !

Enfin il est un sujet absolument tabou, celui des différences criantes de traitement dans le calcul des retraites entre public et privé. Chacun sait qu’est prise en compte dans le calcul des retraites la moyenne des 6 derniers mois de salaires pour les fonctionnaires, forcément au plus haut en fin de carrière, contre la moyenne des… 25 dernières années dans le privé ! Le scandale devient absolu avec les fameux régimes spéciaux hyper protégés, SNCF, RATP, EDF. Evidement il n’est pas dit un seul mot ni au PS, ni par Hollande, sur ce sujet bouillant. Depuis quelques semaines certains Ministres se succèdent dans les radios et les télévisions pour préparer le terrain en distillant l’idée qu’il ne faut pas stigmatiser à l’avance les fonctionnaires, car « ce n’est pas le problème ». Cela laisse augurer l’absence totale de volonté chez les socialistes de toucher aux privilèges de leur base électorale.

La nuit du 4 Aout pour les fonctionnaires, ce n’est pas pour demain. Que faire alors ? Et bien les socialistes ont déjà tracé la route et vont suivre leur penchant habituel : ce sera l’impôt et les prélèvements.

Ainsi c’est sur les entreprises et les actifs qu’Hollande comme le PS comptent pour boucher les trous du régime des retraites. Compétitivité, vous avez dit compétitivité ? On peut donc craindre que la vraie réforme soit mort-née.

Le PS privilégie une nouvelle hausse des impôts pour financer la réforme. Est-ce vraiment raisonnable en période de forte pression fiscale ?

Gérard Grunberg : En ce qui me concerne, je pense que la décision d’augmenter les prélèvements pour financer les retraites n’est pas du tout raisonnable. Cette position est très critiquable. Cette annonce veut dire qu’une fois de plus on veut garantir les avantages acquis de toutes les catégories plutôt que de réformer profondément le système.

Bruno de La Palme : C’est évidemment de la folie pure après la pluie de hausse d’impôts sans précédents opérés depuis mai 2012. Le choc fiscal a été rude pour les Français mais les socialistes sont aveuglés par un principe : il y a des riches, des classe moyennes et ils doivent payer. N’oubliez pas qu’en 2007, ce n’est pas si vieux, François Hollande disait publiquement à la télévision détester les riches et annonçait le niveau de la toise : on est riche à 4000 € par mois. Aucun journaliste ne lui avait rétorqué qu’à l’époque il était entre 6 et 7 fois au dessus du seuil. Mais l’argent public des fonctionnaires doit être plus propre à ses yeux que celui gagné dans le secteur privé, les entreprises sans lesquelles il serait depuis longtemps au chômage et le pays ruiné.

On va donc pressurer un peu plus les actifs. Les retraités seront aussi mis à contribution, le tout de passe-passe consistant à ne pas toucher leurs retraites, mais à augmenter leur niveau d’imposition et de cotisation, ce qui revient au même. Les entreprises vont être une fois de plus concernées par ce tout de vis. Tant pis pour leur compétitivité qui va reculer encore de quelques marches. Tout est fait à l’envers du but recherché.

Il faut évidemment craindre un nouveau tour de vis fiscal lorsque François Hollande nous parle de « mesures immédiates » à prendre et élude la question de savoir s’il y aura de nouveaux impôts… « Uniquement si nécessaires » répond il alors qu’ils sont déjà programmés. A-t-il mesuré l’état réel de nos entreprises comme des particuliers qui subissent son matraquage fiscal depuis un an ?

Pas le moins du monde puisqu’il nous a annoncé que la reprise industrielle était déjà là. Il est bien le seul à la voir.

Sur le plan électoral, Il est certain que les élus socialistes craignent par-dessus tout les effets ravageurs d’une réforme des retraites. Ils en nient la nécessité depuis des décennies ! Comment expliquer à leurs électeurs qu’un gouvernement socialiste fasse seulement mine de s’y atteler ? Cela dit, la réforme des retraites inexistante dans le débat depuis un an n’a pas empêché la succession de revers électoraux du PS – 8 défaites sur 8 législatives partielles. Ces échecs à répétition montrent l’ampleur du désenchantement des Français face à celui qui voulait ré enchanter leur rêve.

Beaucoup d’élus redoutent qu’une réforme des retraites cet automne soit synonyme de lourde défaite électorale aux élections municipales de mars 2014. Faut-il voir dans ce texte une manœuvre politique ? Le prix électoral à payer risque-t-il d’être d’autant plus lourd ?

Gérard Grunberg : On peut qualifier ce texte d’orientation de calcul politique. A tort ou à raison, le Parti socialiste doit penser, comme il est très concentré sur la fonction publique, qu’il ne doit surtout pas porter atteinte aux groupes sociaux qui le soutiennent traditionnellement. C’est un calcul qui peut être payant mais c’est un calcul à courte vue d’autant que dans le cas d’une réforme a minima la question des retraites va se reposer dans deux ou trois ans. C’est toujours la logique de repousser les échéances et montrer que l’on est incapable de faire de grandes réformes. Alors peut-être que les fonctionnaires sont contents mais ce je trouve que c’est un calcul qui ne porte pas bien loin.

Lionel Jospin avait regretté de ne pas avoir eu le courage de réformer les retraites. Le PS ne devrait-il pas au contraire assumer son réformisme sur cette question ? Ce tabou est-il propre à la gauche française ? Qu’en est-il dans les autres pays européens ?

Gérard Grunberg : La réalité est qu’une grande partie de la gauche est devenue conservatrice, elle ne souhaite pas remettre en cause les avantages acquis et qui plus est lorsque cela concerne son électorat. Le gouvernement est pris entre deux feux car il ne peut pas ne rien faire. Une nouvelle réforme des retraites même a minima est incontournable. Sur le plan européen, il est clair que le Parti socialiste français est l’un des plus conservateurs du continent.

Bruno de La Palme : Dans mon livre « 100 ans de la gauche française » j’ai relevé un épisode méconnu. En 2000 Lionel Jospin vient d’instaurer les désastreuse 35 heures. Il se laisse convaincre par Michel Rocard, par l’idée qu’il faut lancer une réforme des retraites. Rocard est le seul socialiste qui se soit préoccupé de ce sujet brulant car il avait vu se profiler l’obstacle démographique dès 1988 à Matignon. Evidement ligoté par Mitterrand, il n’avait rien pu faire. Alors il convainc Jospin de lancer le chantier. Mais c’est compter sans François Hollande qui dirige le PS. Ce dernier va mettre toute son poids dans la balance, et menacer de mettre le Parti en travers pour barrer cette velléité de réformes des retraites. Un de ses arguments ? La gauche pourrait voir la présidentielle de 2002 lui échapper s’il touche aux retraites. Et comme il sait qu’il sera candidat, Jospin cale. On connait la suite : Jospin ne sera même pas au second tour ! Et pourtant il n’y a pas eu de réformes des retraites, tout au plus un Fonds de réserve des retraites a été créé, à mettre au crédit de Jospin.

Sans cet épisode on ne peut pas comprendre l’ampleur de la capacité de nuisance de François Hollande sur l’évolution des mentalités à gauche. Ses propres amis le savent : en 10 ans passé à la tête du PS, il n’a rien fait. Avec lui tout espoir de Bad Godesberg est enterré. Ce congrès du SPD allemand qui a renoncé à la lutte des classes et au marxisme date de 1959. Le bagage idéologique du PS a plus de 50 ans de retard.

Leurs camarades socio démocrates allemands ne contestent pas la volonté de l’Allemagne de passer à 67 ans l’âge du départ à la retraite, alors même qu’ils sont dans l’opposition et que les élections approchent. Cela s’appelle réalisme et courage politique.

Comment l’aparatchik du PS qui pressait Jospin de renoncer à la réforme des retraites, faisant perdre 10 ans à la France, pourrait il se muer, devenu Président de la République, en homme d’Etat capable de décisions fortes et impopulaires sur le même sujet ? Il est permis de se poser la question, surtout quand l’on sait que le modèle politique de Hollande s’appelle Henri Queuille. Ce Président du Conseil de la IV ème République était régulièrement appelé au pouvoir parce qu’il ne faisait rien et ne dérangeait personne. L’une des formules favorites de Queuille était : « il n’y a pas de problèmes qu’une absence de solution ne vienne à bout ». Hollande applique cette règle depuis un an.

A défaut de réformes en profondeur, il ne fait qu’acter des décisions déjà prises avant lui, l’augmentation en douceur de la durée de cotisation, un moindre mal pour éviter un blocage du système. Mais on restera à mi chemin de la réforme de Sarkozy dont la logique voulait que le deuxième volet passe d’un âge de départ à la retraite de 62 à 65 ans.

En quoi les débats sur la réforme des retraites, après celui sur l’Europe, illustrent-ils une nouvelle fois les divisions idéologiques qui minent le PS ? L’exécutif de sensibilité social-démocrate est-il en phase avec la majorité socialiste plus à gauche ?

Gérard Grunberg : Globalement, l’ensemble de la gauche française reste extrêmement pusillanime face au réformisme – pour ne pas dire plus. Nous verrons en septembre s’il y a réellement un décalage entre le gouvernement et le PS. Nous pourrons apprécier si le gouvernement se démarque franchement du texte socialiste et souhaite aller plus loin et d’une certaine façon affronte d’une certaine façon le Parti socialiste, ou si lui-même a décidé de faire une réforme a minima. Réponse en septembre.

Bruno de La Palme : Il y a un parallèle évident à faire sur la manière dont la plupart des socialistes critiquent , pour ne pas dire rejettent le rapport Moreau et l’accueil glacé reçu par le rapport Gallois à l’automne dernier. Le mot Compétitivité des entreprises heurtaient les oreilles de socialistes, habitués à ne voir chez les patrons que des ennemis de classe aux poches pleines. Compétitivité était donc un mot inventé par le patronat pour réclamer une pause dans la pression fiscale. La litanie des slogans comme les « cadeaux aux entreprises » revenait au galop ! La doxa de la gauche française nie les problèmes de nos entreprises face à la concurrence étrangère comme elle nie qu’il y ait une nécessité de travailler plus longtemps.

Les socialistes ont toujours cette vieille fausse idée mise en avant dès le Front populaire et jamais abandonnée depuis malgré l’évidence. Pour eux le marché du travail est comme un gâteau dont il suffit de multiplier les parts pour augmenter le nombre des bénéficiaires. Depuis 1936, c’est l’argument qu’ils ressassent pour baisser le temps de travail. Quelques Verts ont déjà avancé les 32 Heures comme remède miracle. Au PS beaucoup pensent que repousser l’âge des cotisations augmenterait mécaniquement le chômage, avec des vieux salariés prenant la place des jeunes. Comme si le marché du travail n’avait pas sa dynamique propre ? En suivant leur logique, pourquoi ne pas préconiser la généralisation de la retraite à 55 ans ? Et pour le financement on trouvera toujours des taxes.

De la même manière que le rapport Gallois a accouché d’une souris- un hypothétique crédit d’impôt pour les entreprises- il est à craindre que la prétendue réforme des retraites du gouvernement Ayrault ne suive la même voie. Il y a cependant quelques voix réformistes au sein du PS pour dénoncer cet aveuglement. Elles sont bien rares, mais elles ont le mérite d’exister. Le député Christophe Caresche dénonce le manque d‘ambition de son parti et juge tout simplement leurs conclusions mauvaises. Il considère « injuste et déraisonnable de faire porter l’effort exclusivement sur les actifs et le travail ». Le député de Paris conclut désabusé « ce n’est pas parce que le Medef le dit que c’est forcément faux ». Sa phrase donne une idée du niveau idéologique de ses camarades…

Gérard Collomb va encore plus loin. Partant du constat que « la France perd pied avec des prélèvements obligatoires insoutenables de 57% contre 46% en Allemagne», le Maire PS de Lyon préconise une désintoxication fiscale pour arrêter de pénaliser la marge nécessaire des entreprises, et un système de retraite par points qui tienne compte mécaniquement de la hausse de l’espérance de vie. Baisser les charges des entreprises, de quoi provoquer des évanouissements chez nombre de ses amis. On se prend à rêver qu’il puisse prendre le contrôle du PS. Mais le putsch contre les idéologues de la rue de Solferino n’est pas pour demain.

De son côté, Jean Marie Le Guen autrefois bras droit de DSK dénonce l’absence de cap de la gauche.

Comment pourrait-il y avoir un cap en effet, puisque le gouvernement oscille et varie en fonction des différents chapelles idéologiques du PS ? Combien sont-ils à vouloir résister aux chants des sirènes socialistes ? Combien sont ils à vouloir reprogrammer le logiciel de la gauche française pour le débarrasser définitivement de ses vieilles lunes marxistes et des oripeaux de la lutte des classes ? Ils sont évidemment minoritaires et hors du gouvernement . Rappelons que Vals n’a recueilli que 5 % lors des primaires socialistes. Mais Vals est devenu muet sur ces chapitres depuis qu’il a rallié Hollande pendant sa campagne et surtout depuis qu’il est au gouvernement. Il faut dire qu’il brigue de plus en plus ostensiblement la place d’Ayrault à Matignon. Le bateleur Mélenchon fait peur, alors les surenchères de la gauche du PS menacent de fuser de toutes parts y compris des Verts.

Hollande dirige donc la France en arbitrant entre les différentes tendances du Parti Socialiste. Le 5 ème pays industrialisé du monde est conduit comme un congrès du PS.

C’est comme cela qu’il faut décrypter la stratégie qui va être employée pour la réforme des retraites à l’automne. Comme il est permis de douter de l’autonomie politique du N°1 du PS Harlem Desir face à François Hollande qui l’a propulsé à ce poste – Martine Aubry avait plus d’envergure- la question se pose d’un scénario écrit à l’avance.

Le plan serait machiavélique :

  1.  le PS allume un contre feu en gardien du temple socialiste, c’est ce qu’on vient de voir.
  2.  les négociations avec les partenaires sociaux dont on connait la position et l’immobilisme s’enlisent logiquement et ne donnent rien.
  3.  Le gouvernement annonce alors la synthèse. On repousse les vraies décisions à plus tard mais on affiche une fermeté de façade avec maintien de la hausse de la durée des cotisations déjà prévue mais surtout un nouveau matraquage fiscal. Seul remède puisqu’on n’a pas eu le courage de faire la vraie réforme. Voici le discours déjà écrit: « l’heure est grave nous allons financer le régime de retraite par des impôts et des cotisations d’entreprises pour pallier les trous de financement dus aux gouvernement de droite précédents qui ont laissé le système dériver ».

Tout ceci est rigoureusement faux puisque c’est la droite seule qui est à l’origine des réformes successives des retraites –Balladur en 1993, Fillon en 2003, Sarkozy en 2010 . Les socialistes s’y sont systématiquement opposés dans une position parfaitement stérile et rétrograde quasi alignée sur celle de la CGT. Ils ont tout fait pour empêcher celle de 2010 et l’ont stoppé dès leur arrivée au pouvoir en 2012.

Mais c’est ce discours que vont nous servir le champion du monde de la désinformation, la gauche française.

Avant d’applaudir le pseudo réformiste François hollande, il faut avoir cela en tête. Le remède d’une réformette préconisée par un gouvernement qui s’affiche plus social démocrate qu’il n’est en réalité socialiste, va être pire que le mal.

Naturellement le problème du financement des régimes des retraites va rester entier, non résolu et remis aux générations futures.

Les actifs et les retraités, seront un peu plus asphyxiés, tout cela au détriment de la consommation qui subirait alors un nouveau recul.

La compétitivité de nos entreprises baissera d’un nouveau cran. Quant aux entrepreneurs, face à cette insécurité fiscale devenue la règle, qui obscurcit toutes leurs prévisions, ils seront encore un peu plus tentés de ne pas investir, en tous cas pas sur notre sol.

La France verrait alors sa croissance encore plus durablement encalminée. La machine à perdre continue.

Titre original de l’article :  » Le PS face au casse-tête de l’attitude à adopter sur la réforme des retraites  »

Source Atlentico permalien

Laisser un commentaire