Étonnante et troublante similitude.

La crise mondiale atteint la France en 1931

Les pesanteurs du monde rural à l’écart de la modernisation, la faible croissance démographique et la stagnation des revenus ouvriers freinent la consommation intérieure et accordent un rôle vital aux exportations qui chutent brutalement après les dévaluations de la livre (1931) et du dollar (1934).

Les premières victimes de la crise sont les chômeurs, réduits aux aides versées par les municipalités. La plupart sont des ouvriers peu qualifiés de la grande industrie (textile, automobile et sidérurgie) qui pâtissent de la rationalisation du travail. Cette crise sociale concerne les autres couches de la population française. Les agriculteurs sont touchés par l’effondrement des cours, les fonctionnaires victimes de la déflation, et les petits commerçants et industriels voient leur statut menacé par la baisse générale du pouvoir d’achat et la charge des impôts. Difficile alors de réagir sans interpeller l’État.

Encadrés par les syndicats (CGT, CGTU), les chômeurs organisent des marches de protestation de ville à ville qui donne à voir le spectacle de la misère ouvrière.

En novembre 1933, sous l’impulsion de la CGTU, des chômeurs et des travailleurs du Nord se mettent en route vers Paris pour réclamer une assurance-chômage et le maintien des salaires pour ceux qui travaillent.

Au départ de la marche, ils sont 65 avec, dans leur disette, « une chemise, les mouchoirs, un peigne, du savon, des chaussettes et, si possible, deux couvertures ».

Petit à petit, le cortège s’étoffe. Quand ils arrivent aux portes de Paris en décembre, ils sont près de 18 000. Ils ne reçoivent pas tout de suite l’autorisation d’entrer dans la capitale et se replie d’abord vers Saint-Denis où la municipalité leur réserve un accueil chaleureux.

Le lendemain, des parlementaires communistes radicaux reçoivent une délégation, et le gouvernement finit par les entendre. En partie satisfait, ils sont rapatriés chez eux aux frais de l’État qui les fait voyager de nuit pour éviter les manifestations de liesse à l’arrivée.

La politique de déflation et celle du franc fort empêche la reprise économique. (…)

Les ligues renaissent autour d’intellectuels idéologues et rassemble les Français déclassés par la crise aussi bien que les anciens combattants déçus par les atermoiements du régime.

L’affaire Stavisky déclenche une crise politique. Responsable de détournement de fonds public et recherché par les polices, ce financier qui bénéficiait de soutien chez les radicaux trouve la mort dans des conditions suspectes. Les ligues croient à un assassinat. Le journal l’action française appelle « le peuple de Paris » à se mobiliser contre « la république des voleurs et des assassins ».

En le mois de janvier, les ligueurs prennent l’habitude de semer le trouble dans les rues à la nuit tombée. Ils arrachent bancs et grilles d’arbres et dressent des barricades. (…) Daladier est décidé à réprimer l’agitation des ligues.

Le 6 février 1934, les ligues appellent à manifester contre cette injustice. La foule se rassemble place de la Concorde. Se succèdent : charge policière, intervention des pompiers coups de feu.

Rive Droite, les émeutiers, mobilisés par l’action française, solidarité française et les jeunesses patriotes, s’efforce de franchir la Seine par le pont de la Concorde. Assailli, la police réclame des renforts. Rive Gauche des Croix-de-feu, sans armes et coiffée pour certains de leurs casques de tranchée, arrivent par la rue de Bourgogne derrière le Palais-Bourbon, en chantant « la Madelon ». Deux camions leur barrent la route. …

Extrait du très beau livre « Aux armes Citoyens » – Auteurs, Pierre-Louis Basse et Carole Bitoum sous titre « Barricades et manifestations de rue en France de 1871 à nos jours » Edition Hugo Doc –  www.hugoetcie.fr

 Note: en italique, des raccourcis de texte effectués par MC