Faire avancer la démocratie ou banaliser le racisme ?

Voilà bien une solution à l’intégration qui mérite que l’on si attarde. MC

Le report de la mise en oeuvre du cinquantième engagement du candidat Hollande après les municipales de 2014 ressemble à un renvoi sine die. Pourtant, il n’a rien d’excessif : être électeur, et éligible sans mandat exécutif, aux seules élections municipales, au bout de cinq ans de présence en situation régulière sur le territoire national.

 Cette abolition d’une discrimination entre résidents étrangers citoyens européens et résidents étrangers extra communautaires, ça poserait un insurmontable problème de constitutionalité. Puisque la majorité des trois cinquièmes du Parlement n’est pas acquise d’avance, on abandonnerait sans vote ni débat !

Ainsi, et sans doute le poids de notre passé colonial n’y est pas pour rien, la France renoncerait à cette avancée de la démocratie que la plupart des pays d’Europe ont déjà faite…

Mais beaucoup d’élu-e-s, au PS et chez les Verts, comme les communistes et tout le Front de gauche, demandent que la question soit inscrite à l’ordre du jour de l’Assemblée nationale. 70% des électeurs de Hollande en 2012 se déclarent favorables début 2013 au droit de vote des résidents étrangers aux élections locales. Certes, le clivage gauche-droite s’accentue (19% des électeurs de Sarkozy favorables, 6% de celui de Le Pen, selon le même sondage IFOP pour la Lettre de la citoyenneté).

Le déferlement du discours xénophobe et islamophobe d’une droite F haineuse a fait des ravages, et sur les questions de l’immigration, depuis un an, le gouvernement n’a guère fait autre chose qu’emboîter le pas de Sarkozy. Son refus d’engager la procédure pour le droit de vote contribue à banaliser le racisme, fonds de commerce de l’extrême droite, au lieu de le combattre.

On s’apprête à trahir encore une fois la promesse, faite déjà en 1981 par François Mitterrand, de donner le droit de vote aux parents de jeunes Français à qui on reproche de ne pas « s’intégrer», de ne pas voter.

Beaucoup de ces hommes et de ces femmes, qui ont choisi de garder leur nationalité d’origine, ou pour qui accéder à la nationalité française relève d’un humiliant parcours du combattant, ne sont pas des étrangers à la cité, ils sont électeurs et actifs dans des entreprises, des syndicats, des associations…

Pour eux, avec eux, ne lâchons rien !

André Landrain