Étiquettes

, , , , , , , , , , , , ,

Est-ce une constante du Parti socialiste ?

Après sa dernière conférence de presse en forme de grande offensive de l’An II, François Hollande nous refait le coup de Mitterrand.

Pour la deuxième fois en vingt ans, un président « de gauche » tente de nous vendre l’idée que la seule gauche capable de gouvernée rejetant de facto Font de gauche, NPA, LO dans l’extrême gauche incapable d’être aux commandes de l’état d’une part et d’autre part d’une Europe, idéologie de substitution en lieu et place des références sociales abandonnées.

On ne dit pas : « Je suis devenu néolibéral », mais « je suis européen ». Ce qui a plus fière allure.

Pour Mitterrand, cela s’est concrétisé par le traité de Maastricht et l’essai d’absorption du Parti communiste qui pourtant était l’artisan commun d’un programme populaire jamais mis en route et ayant permis son élection

Pour son lointain successeur, voilà le « gouvernement économique européen ».

Ce machin, déjà suggéré par Jacques Delors en 1989, puis repris par Angela Merkel et Nicolas Sarkozy en 2011, n’aurait de sens que si les chefs d’État en profitaient pour récupérer le pouvoir d’agir sur la monnaie. Ce qui signifierait briser le dogme allemand de la Banque centrale européenne indépendante, et jeter aux orties le traité de Maastricht.

Ou s’il permettait de mutualiser les dettes européennes. Ce dont l’Allemagne ne veut pas entendre parler !

Faute de quoi, le gouvernement européen en question n’aurait pour effet que de conférer aux politiques néolibérales une légitimité qu’elles n’ont pas quand elles sortent de la manche de M. Barroso.

Ce ne serait guère qu’une étape de plus dans le déplacement du lieu de pouvoir. C’est déjà ce qui nous a frappé le 16 mai : François Hollande a beaucoup dit « j’ai décidé… » pour annoncer des mesures qu’en vérité Bruxelles lui impose – dont, bien sûr, la réforme des retraites -, illustrant ainsi la phrase fameuse de Cocteau : « Puisque ces mystères nous dépassent, feignons d’en être l’organisateur. » L’étonnant, c’est que le président de la République ne témoigne pas du même esprit de décision pour mettre en œuvre des mesures qui ne dépendent que de lui et de sa majorité. La grande réforme fiscale, par exemple, ou une vraie séparation des activités d’affaires et de dépôt dans les banques, ou encore l’interdiction des licenciements boursiers.

Par défaut plus que par volonté, François Hollande est donc un néolibéral ou un gestionnaire du système. Ce qui revient au même. Faute de donner de vrais signes d’ancrage à gauche par sa politique économique et sociale, il semble avoir rallié cette nouvelle espèce qui prolifère un peu partout, à l’instar d’un Mario Monti, ou d’un Enrico Letta, en Italie : un technicien, qui gère l’État comme une entreprise. Le seul problème, c’est qu’il avait promis autre chose à son électorat.

Ce glissement n’empêche pas la droite et les économistes médiatiques d’affubler François Hollande de l’étiquette « social-démocrate ». Et tant pis si la social-démocratie, au sens historique de la IIe Internationale, de Léon Blum, ou du modèle scandinave, ce n’est pas cela, mais un courant du mouvement ouvrier anti-révolutionnaire et réformiste.

On cherche en vain le réformisme dans l’An I de François Hollande, si bien sûr on remet à l’endroit le mot « réforme », synonyme d’un progrès social, même modeste.

Mais l’appellation « social-démocrate » permet à ceux qui en usent, et en abusent, de préserver un jeu de rôle gauche-droite, et de rappeler qu’il existe aussi bien, plus libéral et plus à droite que François Hollande mais aussi et pas seulement sur le papier, bon nombre d’électrices et électeurs attendant une société sociale et révolutionnaire ne délaissant pas les salariés sur les batailles pour le pouvoir d’achat, l’éducation, la santé, l’énergie, l’eau.

D’après l’Edito de Denis Sieffert (Extraits) – Politis N°1254 Permalien revisité par MC